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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 18:35

   Nouvel épisode de notre confrontation entre St Augustin et l'Islam. Nous avons vu précédemment un auteur musulman accuser les chrétiens d'avoir déformé la religion voulue par Dieu. Restons sur ce sujet, et ouvrons aujourd'hui un troisième livre islamique s'adressant aux chrétiens : "Les chrétiens essayent-ils de suivre l’exemple de leur seigneur Jésus ? (...) Jésus Christ ne mangeait surtout pas de porc, et vous ? (...) Nul besoin d’être islamologue pour savoir que les musulmans, eux, font tout cela" (M. A. Alibhaye, Islam et Christianisme : Logique de rapprochement)

   Les chrétiens se voient donc reprocher de ne plus respecter l'interdit du porc. Voyons à ce propos ce que nous donne à lire le Coran : Mangez donc de ce que Dieu vous a attribué de licite et de bon. Et soyez reconnaissants pour les bienfaits de Dieu, si c'est Lui que vous adorez. Il vous a, en effet, interdit la bête morte, le sang, la chair de porc, et la bête sur laquelle un autre nom que celui de Dieu a été invoqué. Mais quiconque en mange sous contrainte, et n'est ni rebelle ni transgresseur, alors Dieu est Pardonneur et Miséricordieux. Et ne dites pas, conformément aux mensonges proférés par vos langues : "Ceci est licite, et cela est illicite", pour forger le mensonge contre Dieu. Certes, ceux qui forgent le mensonge contre Dieu ne réussiront pas (Coran XVI, 114-116)

   Reprenons maintenant le Livre VI du Contre Faust de St Augustin : "Mais comment n'y a-t-il aucune contradiction entre l'Ancien Testament, qui défend l'usage de la chair de certains animaux, et ces paroles de l'Apôtre : "Tout est pur pour ceux qui sont purs" (Tt I, 15) et "Toute créature de Dieu est bonne" (1 Tm IV, 4) ? Que nos adversaires comprennent, si leur intelligence peut aller jusque-là, que l'Apôtre entendait parler des natures mêmes, et que les Livres saints n'ont déclaré impurs certains animaux que quant à leur signification, et non quant à leur nature, pour en tirer quelques figures propres à ces temps primitifs. Prenons, par exemple, le pourceau et l'agneau : par nature l'un et l'autre sont purs, parce que toute créature de Dieu est bonne ; mais par signification on dira que l'agneau est pur, et le pourceau immonde. De même, quand vous prononcez ces mots, fou et sage, sous le rapport des lettres, des syllabes et du son qui les constituent, les deux mots sont purs ; mais on dira que le mot fou est impur, non dans sa nature, mais dans sa signification, parce qu'il représente quelque chose d'impur. Ne pourrait-on pas voir dans l'homme fou la réalité de la figure attachée au pourceau, en sorte que cet animal et les trois lettres du mot fou désigneraient un seul et même objet ? La loi a déclaré le pourceau impur, parce qu'il ne rumine pas : ce n'est point sa faute, c'est la nature qui l'a fait ainsi. Or, il est des hommes représentés par cet animal, impurs par vice, et non par nature ; je veux dire ces hommes qui écoutent volontiers les paroles de la sagesse, et ensuite n'y pensent plus jamais. Ramener par le charme du souvenir, pour ainsi dire, des entrailles de la mémoire à la bouche de la réflexion, ce que l'on a entendu d'utile, n'est-ce pas en quelque sorte ruminer spirituellement ? Ceux qui ne le font pas, sont désignés par ce genre d'animaux. En nous prescrivant de nous abstenir de leur chair, l'Ecriture voulait nous prémunir contre un pareil défaut. Comme la sagesse est un trésor précieux, c'est ainsi que dans un autre endroit elle fait ressortir la pureté attachée à cette action de ruminer, et l'impureté de la condition contraire : "Un trésor précieux réside toujours dans la bouche du sage ; mais l'homme insensé l'engloutit" (Pr XXI, 20). Ces sortes de rapprochements qui se trouvent dans les locutions et les observances figuratives, procurent aux esprits sérieux un exercice utile et agréable, en les forçant à chercher les rapports et à établir la comparaison. Sous l'Ancien Testament un grand nombre de prescriptions semblables furent non seulement données au peuple pour son instruction, mais imposées comme pratiques obligatoires. C'était alors le temps où il fallait annoncer, aussi bien par des faits que par la parole, les mystères qui devaient être dévoilés dans les siècles postérieurs. Maintenant qu'ils ont été révélés par la bouche et dans la personne du Christ, les prescriptions onéreuses de la loi n'ont pas été imposées à la foi des nations, mais cette foi doit conserver le respect dû à l'autorité des prophéties. Voilà comment nous ne sommes pas en contradiction avec l'Ancien Testament, qui déclare impure la chair de certains animaux, tout en ne regardant aucune chair comme impure, conformément au témoignage du Seigneur et de l'Apôtre : à vous maintenant de nous dire pourquoi vous réputez toute chair impure"

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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 16:02

null   Invitons à nouveau un auteur musulman contemporain dans notre anachronie confrontant St Augustin à l'islam. Il s'agira aujourd'hui d'un extrait d'“Apostasie par Ignorance” de Maître Ahmad Simozrag (nous aurons l'occasion de revenir également sur cet écrit). Voici ce qu'on peut y lire : “La religion qui prône la soumission à Dieu est la seule religion révélée. En effet, pour les gens du Livre, il y a une seule religion, celle d’Abraham, basée sur la croyance en un Dieu Unique et désignant Satan comme le seul ennemi de l’Homme. Cette religion a malheureusement été accaparée ou privatisée par les Juifs et déformée par les Chrétiens. Il a fallu donc un dernier message pour rétablir la vérité de cette religion. D’où la révélation du Coran et sa transmission par le prophète Muhammad”

   Nous voyons ici que la défense de la véracité de l'Islam passe chez cet avocat par une accusation d'infidélité lancée, entre autre, aux chrétiens qui auraient déformé la religion voulue par Dieu. Accusation déjà contenue dans le Coran : Et de ceux qui disent : "Nous sommes chrétiens" ...Nous avons pris leur engagement. Mais ils ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé... (Coran V, 14). Et, de fait, le christianisme n'observe pas, par exemple, les rites du judaïsme.


   Laissons St Augustin, dans son Contre Faust, nous éclairer sur le lien existant entre ces deux religions. Ainsi, au Livre IV, nous pouvons lire : "Nous savons tous que l'Ancien Testament renferme les promesses des biens temporels, et que c'est pour ce motif qu'il est ainsi appelé; nous savons que la promesse de la vie éternelle et du royaume des cieux fait partie du Nouveau. Mais ces biens temporels étaient la figure des biens futurs qui devaient nous être donnés, à nous qui vivons à la fin des temps. C'est là, non pas ma pensée, mais l'enseignement même des Apôtres ; car saint Paul dit à ce sujet : "Toutes ces choses ont été pour nous autant de figures", et un peu plus loin : "Toutes ces choses qui leur arrivaient étaient des figures ; elles ont été écrites pour nous qui vivons à la fin des temps" (1 Co X, 6)
    Si nous recevons l'Ancien Testament, ce n'est donc pas pour recueillir l'effet des promesses qu'il renferme, mais pour y trouver l'intelligence de celles du Nouveau. Les témoignages du premier établissent la foi au second. Ainsi quand, après sa résurrection, le Seigneur se fut montré aux yeux de ses disciples, et se fut fait toucher de leurs mains ; dans la crainte qu'ils ne s'arrêtassent à la pensée que leurs sens charnels et infirmes étaient le jouet d'impressions trompeuses, il les affermit dans leur foi par les témoignages des anciennes Ecritures : "Il fallait, leur dit-il, que tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes, s'accomplît" (Lc XXIV, 44)

    Notre espérance ne repose donc pas sur la promesse des biens temporels, de ces biens auxquels nous ne croyons même pas que les hommes saints et spirituels de cette époque, les patriarches et les prophètes, bornaient leurs désirs. Eclairés par l’Esprit de Dieu, ils savaient comprendre ce qui convenait à leur temps, et comment, par la disposition de la Providence, les événements et les témoignages de l'ancienne loi devenaient autant de figures et d'annonces des choses futures ; leur désir se portait principalement vers le Testament Nouveau ; seulement les anciennes promesses, pour mieux signifier les mystères futurs de la loi nouvelle, recevaient une application actuelle et sensible. C'est ainsi que ces grands hommes prophétisèrent, non seulement par la parole, mais par leur vie tout entière. Quant au peuple charnel, il ne s'attachait qu'aux promesses de la vie présente ; et néanmoins il fut encore une image des choses à venir"


   Complétons son explication en allant au Livre VI (le passage entre crochet a été ajouté)  : "[Les Musulmans] n'ont pas compris que toutes les prescriptions cérémonielles imposées par Dieu à son peuple étaient la figure des choses à venir, et parce qu'elles ont cessé d'être observées, ils (...) critiquent (...) ce qui s'observe de nos jours, sans penser qu'elles étaient convenables pour ces temps primitifs, alors qu'elles étaient autant de figures prophétiques des mystères qui sont maintenant dévoilés. Mais qu'ont-ils à opposer à ce témoignage de l'Apôtre : "Toutes ces choses qui leur arrivaient étaient des figures ; elles ont été écrites pour nous qui vivons à la fin des temps" (1 Co X, 6) ? Par ces paroles, l'Apôtre révèle d'un côté le motif qui nous fait admettre ces Ecritures, et de l'autre, la raison qui a fait cesser pour nous l'obligation d'observer ces rites symboliques. En disant que "ces choses ont été écrites pour nous", il enseigne clairement avec quelle sollicitude nous devons nous attacher à les lire et à les comprendre, et quelle autorité nous devons leur reconnaître, puisqu'elles ont été écrites pour nous. Et quand il ajoute que "ces choses étaient pour nous autant de figures", (...) c'est déclarer qu'une fois en possession de la réalité dévoilée, il n'est plus nécessaire que nous soyons astreints à l'observation des figures prophétiques. C'est ce qui lui fait dire dans un autre endroit : "Que personne donc ne vous condamne pour le boire et pour le manger, ou au sujet des jours de fêtes, des nouvelles lunes et des jours de sabbat, puisque toutes ces choses n'ont été que l'ombre de celles qui devaient arriver" (Col II, 16-17). Par ces paroles : "Que personne ne vous condamne au sujet de ces pratiques", l'Apôtre nous apprend qu'elles ont cessé d'être désormais obligatoires ; et par ces autres : "Elles étaient l'ombre des choses à venir", il montre que c'était un devoir indispensable de les observer à cette époque, où les mystères qui nous ont été depuis révélés, étaient annoncés sous le voile de ces diverses figures"

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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 11:20

   Afin de poursuivre notre rencontre entre St Augustin et l'islam, introduisons aujourd'hui notre anachronie par une citation d'un pamphlet sur lequel nous reviendrons sans doute un jour : “L'Islam est basé sur la raison et il ne faut pas l'accepter aveuglément” (Dr Hassan M. Baagil, “Dialogue entre un Musulman et un Chrétien”). L'affirmation est catégorique ; le Coran permet-il de l'étayer ?

    C'est ainsi qu'Allah vous explique Ses versets, afin que vous raisonniez ! (...) Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s'est distingué de l'égarement. Donc, quiconque mécroit au Rebelle tandis qu'il croit en Allah saisit l'anse la plus solide, qui ne peut se briser. Et Allah est Audient et Omniscient 
(Coran II, 242.256)
   Par la sagesse et la bonne exhortation appelle au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon...
(Coran XVI, 125)
   Et si l'un des associateurs te demande asile, accorde-le lui, afin qu'il entende la parole de Dieu... (Coran IX, 6)
   ...Ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t'est venue... (Coran V, 48)
   C'est ainsi, car c'est avec la vérité que Dieu a fait descendre le Livre ; et ceux qui s'opposent au sujet du Livre sont dans une profonde divergence (Coran II, 176)

  Au Chapitre I du De l'Utilité de la Foi, nous pouvons lire (les passages entre crochet ont été ajoutés) : "Tu sais (...) que si nous sommes tombés dans les piéges de ces sectaires, c'est uniquement parce que, écartant une autorité redoutable, ils disaient se servir de la raison pure et simple pour mener à Dieu [par le bon chemin] ceux qui voudraient les entendre, et pour les délivrer de toute espèce d'erreur [ou d'égarement]. En effet, quel motif m'a fait, pendant près de neuf ans, mépriser la religion que mes parents m'avaient inculquée dans ma première enfance, et suivre assidûment les leçons de ces docteurs ? N'est-ce pas parce qu'ils prétendent (...) qu'on exige de nous la foi avant la raison [et donc de suivre des passions], tandis que eux ne contraignent personne à croire, si l'on n'a pas d'abord discuté et vu clairement la vérité ? Quel homme ne serait attiré par de telles promesses, surtout s'il est jeune, passionné pour la vérité (...) et désireux d'acquérir et de posséder ce qu'ils promettent, la vérité claire et sans mélange ? Mais, d'un autre côté, quel motif m'engagea à ne pas m'attacher entièrement à eux (...) ? N'est-ce pas parce que je les trouvais, eux aussi, avec leur éloquence infatigable, plus habiles à réfuter les doctrines des autres, qu'à prouver et asseoir solidement les leurs propres ? (...) Tu sais à quelles longues et véhémentes discussions ils se livraient sans cesse sur les erreurs des ignorants, ce qui est bien facile pour le premier demi-savant venu, comme je l'ai reconnu un peu tard. S'ils nous infusaient en même temps quelques-unes de leurs erreurs, nous croyions devoir par nécessité les adopter, faute d'autres doctrines plus satisfaisantes"

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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 18:24

   Suite de notre débat anachronique entre St Augustin et l'islam. Après s'être demandé si Dieu pouvait tromper ses créatures, ou si les chrétiens avaient altéré leurs écrits, reprenons aujourd'hui le Contre Faust, manichéen pour nous pencher sur un troisième point qui découle d'une certaine manière du précédent. Le Coran affirme en effet :

    “Ô enfants d'Israël, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés (...) Et croyez à ce que J'ai fait descendre, en confirmation de ce qui était déjà avec vous ; et ne soyez pas les premiers à le rejeter (...) Et ne mêlez pas le faux à la vérité. Ne cachez pas sciemment la vérité”
(Coran II, 40-42)
   Dieu (...) a fait descendre sur toi le Livre avec la vérité, confirmant les Livres descendus avant lui...
(Coran III, 2-3)
   Ce Coran n'est nullement à être forgé en dehors de Dieu, mais c'est la confirmation de ce qui existait déjà avant lui, et l'exposé détaillé du Livre en quoi il n'y a pas de doute, venu du Seigneur de l'Univers. Ou bien ils disent : “Il l'a inventé ?” Dis : ”Composez donc une Sourate semblable à ceci”... (Coran X, 37-38)

   Au Livre XI du Contre Faust, nous pouvons lire ce commentaire de St Augustin (le passage entre crochet a été modifié) : "Qu'on ne reçoive point un livre, et qu'on en décline absolument l'autorité, comme le font les païens pour tous nos livres saints, les Juifs pour le Nouveau Testament, comme nous le faisons nous-mêmes pour [le vôtre] et ceux que patronnent les autres sectes hérétiques, ou pour ces livres qui sont réputés apocryphes, lesquels n'ont aucun titre d'autorité même secrète, et qui, privés de toute preuve certaine d'authenticité, sont sortis de je ne sais quelle plume inconnue, ou de quels esprits présomptueux ; ne pas admettre, dis-je, l'autorité de certains livres ou de certains hommes, c'est chose bien différente que de dire : “Tout ce qu'a écrit cet homme juste est la vérité ; il est l'auteur de cette lettre ; mais dans cette même lettre ceci est de lui, et cela n'en est pas”. Si on vous invite à le prouver, au lieu d'en appeler à des exemplaires plus fidèles, plus nombreux, plus anciens, ou appartenant à l'idiôme sur lequel la traduction a été faite, direz-vous : “Je prouve que ceci est de lui, et que cela n'en est pas, parce que cette partie est conforme à ma doctrine, et que l'autre y est contraire” ? Etes-vous donc la règle de la vérité ? Tout ce qui sera contre vous, ne sera donc pas vrai ? Qu'un adversaire, par une folie semblable à la vôtre, et cependant bien propre à briser votre opiniâtreté, vienne vous dire : “Tout au contraire, ce qui vous favorise est faux, et ce qui vous est opposé est vrai”, que ferez-vous ? Vous produirez peut-être un autre livre où tout ce que vous lirez puisse s'interpréter dans votre sens ? Si vous le faites, votre adversaire, non-seulement sur un passage en particulier, mais sur tous, vous contredira en s'écriant : “Votre livre est faux”.
Que faire ? Quelle raison invoquer ? Quelle origine, quelle antiquité, quelle preuve de tradition constante assigner à votre livre ? Essayer ne serait de votre part qu'une vaine tentative"

   Nous poursuivrons prochainement notre anachronie en revenant au De l'Utilité de la Foi...

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 14:10

null   Nous voilà de retour en Afrique du Nord, cadre de notre anachronie, pour assiter à la suite du débat -à deux siècles de distance- entre St Augustin et l'islam. Nous avions précédemment mis en présence un florilège coranique et des extraits du Contre Faust, manichéen. Plutôt que de revenir tout de suite à ce dernier livre, poursuivons sur le thème de la fausseté et de la dissimulation. Laissons cette fois le Coran poser l'accusation.

    Et quand Jésus fils de Marie dit : “Ô Enfants d'Israël, je suis vraiment le Messager de Dieu à vous, confirmateur de ce qui, dans la Thora, est antérieur à moi, et annonciateur d'un Messager à venir après moi, dont le nom sera Ahmad ["Le Glorifié"]” Puis quand celui-ci vint à eux avec des preuves évidentes, ils dirent : “C'est là une magie manifeste” Et qui est plus injuste que celui qui invente un mensonge contre Dieu, alors qu'il est appelé à l'Islam ? Et Dieu ne guide pas les gens injustes
(Coran LXI, 6-7)
   “Ô gens du Livre, pourquoi mêlez-vous le faux au vrai et cachez-vous sciemment la vérité ?”
(Coran III, 71)

   L'exégèse islamique rattache souvent ces paroles de Jésus rapportées par le Coran aux passages évangéliques suivants : 
   Moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. C'est lui l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous (...) Le Paraclet, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit (Jean XIV, 16-17.26)
   Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi ; et à votre tour, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement (Jean XV, 26-27)
   Cependant je vous ai dit la vérité : c'est votre avantage que je m'en aille ; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; si, au contraire, je pars, je vous l'enverrai. Et lui, par sa venue, il confondra le monde en matière de péché, de justice et de jugement (...) Lorsque viendra l'Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu'il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir (Jean XVI, 7-8.13)
   Les exégètes arabes ont souvent défendu la thèse selon laquelle le mot grec "parakletos" est une lecture corrompue de "periklytos" ("Glorieux").

   Tournons-nous aujourd'hui vers le De l'Utilité de la Foi de St Augustin. Au Chapitre III, nous pouvons ainsi lire sa réponse (les passages entre crochets ont été modifiés) : "Mais voici à ce sujet ce qu'il m'en semble, et je te prie d'examiner avec moi la chose tranquillement et avec tout le calme de la réflexion. Tu sais que les [Musulmans], cherchant à faire mettre leur maître [Muhammad] au nombre des apôtres, disent que [le Paraclet], que le Seigneur a promis d'envoyer à ses disciples, est venu à nous en la personne de [Muhammad] lui-même (...) Ils veulent, en effet, qu'il y ait eu avant [Muhammad] même je ne sais quels corrupteurs des Livres saints (...) Or, ils ne peuvent soutenir que le passage concernant le Saint-Esprit est corrompu, à moins d'affirmer que ces corrupteurs ont lu dans l'avenir, et inséré dans leurs livres un fait qu'on invoquerait plus tard contre [Muhammad], quand celui-ci déclarerait que le [Paraclet]
a été envoyé en sa personne"

   Nous poursuivrons le raisonnement en revenant prochainement sur le Contre Faust...

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 14:17

   La Tunisie, pays musulman, semble être aujourd'hui un lieu privilégié de la réforme de la pensée islamique. Mais l'Afrique du Nord fut également, en son temps, le lieu d'une tout aussi bouillonnante pensée chrétienne. Qu'aurait dit l'un des représentants les plus prolifiques de cette Afrique antique s'il avait pu franchir deux siècles et lire le Coran ? Prenons le risque de l'anachronie, tout en gardant en tête les limites de cet artifice de la pensée...

   C'est ainsi que Dieu est Lui le Vrai, alors que ce qu'ils invoquent en dehors de Lui est le faux... (Coran XXII, 62)
   C'est Lui qui a envoyé Son messager avec la guidée et la Religion de Vérité, pour la placer au-dessus de toute autre religion, en dépit de l'aversion des associateurs (Coran LXI, 9)
   
Certes, la religion acceptée de Dieu, c'est l'Islam (...) Et quiconque ne croit pas aux signes de Dieu... Alors Dieu est prompt à demander compte ! S'ils te contredisent, dis leur : "Je me suis entièrement soumis à Dieu, moi et ceux qui m'ont suivi"...
(Coran III, 19.20)
   Sont-ils à l'abri du stratagème de Dieu ? Seuls les gens perdus se sentent à l'abri du stratagème de Dieu (...) "Ceux qui traitent de mensonges Nos enseignements, Nous allons les conduire graduellement vers leur perte par des voies qu'ils ignorent. Et Je leur accorderai un délai, car Mon stratagème est solide !" (Coran VII, 99.182-183)
   ...Le Christ, Jésus, fils de Marie, (...) ils ne l'ont ni tué ni crucifié ; mais ce n'était qu'un faux semblant ! (Coran IV, 157)

   Imaginons maintenant que St Augustin lise ce florilège de versets ; pour lui donner la parole, lisons ce qu'il écrivit au Livre V de son Contre Faust, manichéen (les passages entre crochets ont été modifiés) :

   "A quoi bon nous vanter la perfection avec laquelle vous accomplissez, dites-vous, les préceptes de
[la religion acceptée de Dieu] ? Et quand même vous les accompliriez véritablement, quel avantage vous en reviendrait-il, à vous qui n'avez pas la vraie foi ? (...) Quand cesserez-vous enfin d'envelopper votre foi de tous ces mensonges, par lesquels vous débitez que [Dieu] a combattu [par des stratagèmes] contre ses ennemis qui conservaient leur même nature, et vous insinuez que de la part de [Celui] qui a dit [être le Vrai], [la] mort [du Christ] sur la croix (...) n'ont été que des apparences mensongères ? Vous vous placez au-dessus de [Dieu], si, Lui n'étant qu'un fourbe, vous annoncez la vérité. Et si vous prétendez suivre ses traces, comment ne pas soupçonner en vous l'imposture, et ne pas voir dans la manière dont vous prétendez observer ses préceptes, une pure supercherie ?"

   Nous reviendrons sur ce livre, qui nous offre de nombreuses opportunités "anachroniques"...

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