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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 17:00
   L'Oeuvre d'Orient, association catholique française dont on ne remettra pas en cause la sincérité de son engagement pour nos frères chrétiens persécutés, et le Service des Relations avec l'Islam, voix officielle des évêques de France souvent attaquée injustement sur ce même point, viennent de publier un communiqué commun lançant le même avertissement aux catholiques français que celui de l'assemblée des Ordinaires de Terre Sainte que nous rappelions dans un récent billet listant les nombreux messages de soutien des musulmans de France à ces mêmes chrétiens d'Orient. Le voici :

   "Les chrétiens, les Yézidis, les chiites, des sunnites refusent le prétendu Etat islamique, les turcomans ont fait l’objet de persécutions et ont été chassés de chez eux. Les cris de détresse et d’injustice doivent être replacés dans ce cadre. 

   Ce prétendu Etat islamique est un groupe d’une grande cruauté, condamné unanimement par les responsables musulmans en France et par les principales autorités musulmanes hors de France. Des musulmans ont été abattus parce qu’ils voulaient aider les chrétiens. De nombreux autres musulmans sont exécutés parce qu’ils refusent d’adhérer au prétendu Etat islamique.
   Cette situation tragique ne peut être instrumentalisée pour nuire en aucune manière au dialogue islamo-chrétien. Ce dernier est plus nécessaire que jamais. Les chrétiens n’auraient pas d’avenir en Orient sans ce dialogue"

P. Christophe Roucou

Directeur du Service pour les relations avec l’islam

Mgr Pascal Gollnisch
Directeur Général de l’Œuvre d’Orient
 

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 19:14
   Voici qu'est venu le moment pour le pape François d'effectuer son pèlerinage en Terre Sainte. Après nous être intéressé à son message pour l'Aïd el-Fitr et à son exhortation apostolique, et de la même façon que nous avions suivi Benoît XVI lors de son passage en Jordanie et à Jérusalem, découvrons maintenant quelques-uns des propos de François en cette occasion ayant un rapport avec le dialogue islamo-chrétien :

Rencontre avec les autorités jordaniennes [Amman, 24 mai]
   "Ce pays fait un accueil généreux à un grand nombre de réfugiés palestiniens, irakiens, et provenant d’autres régions en crise, en particulier la Syrie toute proche, bouleversée par un conflit qui dure depuis trop longtemps. Un tel accueil mérite, Majesté, l’estime et le soutien de la communauté internationale (...) Je profite de cette occasion pour renouveler mon profond respect et mon estime pour la communauté musulmane (...) J’exprime ma reconnaissance à la Jordanie pour avoir encouragé diverses initiatives importantes en faveur du dialogue interreligieux pour la promotion de la compréhension entre Juifs, Chrétiens et Musulmans, parmi lesquelles le Message Interreligieux d’Amman, et pour avoir promu au sein de l’ONU la célébration annuelle de la Semaine d’Harmonie entre les Religions.
   Je voudrais maintenant adresser un salut plein d’affection aux communautés chrétiennes, accueillies par ce Royaume, communautés présentes dans le pays depuis les temps apostoliques : elles offrent leur contribution au bien commun de la société dans laquelle elles sont pleinement insérées. Bien qu’étant aujourd’hui numériquement minoritaires, elles peuvent développer une action qualifiée et appréciée dans les champs éducatif et sanitaire, par des écoles et des hôpitaux, et elles peuvent professer avec tranquillité leur foi, dans le respect de la liberté religieuse qui est un droit humain fondamental et que je souhaite vivement être tenu en grande considération partout au Moyen Orient et dans le monde entier. Celui-ci
«comprend à la fois au niveau individuel et collectif, la liberté de suivre sa conscience en matière religieuse et la liberté de culte… la liberté de choisir la religion que l’on juge être vraie et de manifester publiquement sa propre croyance» (Benoît XVI, Exort. Ap. Ecclesia in Medio Oriente, n. 26). Les chrétiens se sentent et sont citoyens à part entière, et ils entendent contribuer à la construction de la société avec leurs concitoyens musulmans, en offrant leur contribution propre et spécifique"

Rencontre avec les autorités palestiniennes [Bethléem, 25 mai]
   "Le Moyen Orient, depuis des décennies, vit les conséquences dramatiques du prolongement d’un conflit qui a produit tant de blessures difficiles à cicatriser ; même quand heureusement la violence ne se déchaîne pas, l’incertitude de la situation et l’incompréhension entre les parties produisent insécurité, droits niés, isolement et exode de communautés entières, divisions, carences et souffrances de tout genre. En manifestant ma proximité à tous ceux qui souffrent le plus des conséquences de ce conflit, je voudrais dire du plus profond de mon cœur qu’il est temps de mettre fin à cette situation (...) Que redoublent donc les efforts et les initiatives destinés à créer les conditions d’une paix stable, basée sur la justice, sur la reconnaissance des droits de chacun et sur la sécurité réciproque. Le moment est arrivé pour tous d’avoir le courage de la générosité et de la créativité au service du bien, le courage de la paix, qui s’appuie sur la reconnaissance, de la part de tous, du droit de deux Etats à exister et à jouir de la paix et de la sécurité dans des frontières internationalement reconnues. Je souhaite vivement qu’à cette fin on évite de la part de tous des initiatives et des actes qui contredisent la volonté déclarée d’arriver à un vrai accord et qu’on ne se lasse pas de poursuivre la paix avec détermination et cohérence. La paix apportera avec elle d’innombrables bénéfices pour les peuples de cette région et pour le monde entier. Il faut donc marcher résolument vers elle, même en renonçant chacun à quelque chose (...)
  
J’exprime mon appréciation pour l’engagement en vue d’élaborer un Accord entre les Parties, concernant divers aspects de la vie de la Communauté catholique du pays, avec une attention spéciale à la liberté religieuse. Le respect de ce droit humain fondamental est, en effet, une des conditions inaliénables de la paix, de la fraternité et de l’harmonie ; il dit au monde qu’il est nécessaire et possible de trouver un bon accord entre cultures et religions différentes ; il témoigne que les choses que nous avons en commun sont si nombreuses et si importantes qu’il est possible de trouver une voie de cohabitation sereine, ordonnée et pacifique, dans l’accueil des différences et dans la joie d’être frères parce que enfants d’un unique Dieu"

Arrivée à l'aéroport [Tel Aviv, 25 mai]
   "Sur les traces de mes prédécesseurs je suis venu comme pèlerin en Terre Sainte, où s’est déroulée une histoire plurimillénaire et où se sont produits les principaux événements liés à la naissance et au développement des trois grandes religions monothéistes, le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam ; c’est pourquoi elle est le point de référence spirituel pour une bonne partie de l’humanité. Je souhaite donc que cette Terre bénie soit un lieu où il n’y ait aucune place pour celui qui, en instrumentalisant et en exacerbant la valeur de sa propre appartenance religieuse, devient intolérant et violent envers celle d’autrui (...)
   Nous savons tous combien la nécessité de la paix est urgente, non seulement pour Israël, mais encore pour toute la région. Par conséquent, que se multiplient les efforts et les énergies en vue d’arriver à une résolution juste et durable des conflits qui ont causé tant de souffrances. En union avec tous les hommes de bonne volonté, je supplie tous ceux qui sont investis de responsabilité de ne laisser passer aucune tentative pour la recherche de solutions équitables aux difficultés complexes, de manière qu’Israéliens et Palestiniens puissent vivre en paix. Il faut entreprendre toujours avec courage et sans se lasser la voie du dialogue, de la réconciliation et de la paix. Il n’y en a pas d’autre. Par conséquent, je renouvelle l’appel que, de ce lieu, Benoît XVI a lancé : qu’il soit universellement reconnu que l’État d’Israël a le droit d’exister et de jouir de la paix et de la sécurité dans des frontières internationalement reconnues. Qu’il soit également reconnu que le Peuple palestinien a le droit à une patrie souveraine, à vivre avec dignité et à voyager librement. Que la ‘‘solution de deux États’’ devienne réalité et ne demeure pas un rêve
"

Rencontre avec le grand mufti [Jérusalem, 26 mai]
   "Mon pèlerinage ne serait pas complet s’il ne prévoyait pas aussi la rencontre avec les personnes et les communautés qui vivent en cette Terre, et donc je suis particulièrement heureux de me retrouver avec vous, fidèles Musulmans, chers frères. En ce moment, ma pensée va vers la figure d’Abraham, qui vécut comme pèlerin sur ces terres. Musulmans, Chrétiens et Juifs reconnaissent en Abraham, bien que chacun de façon différente, un père dans la foi et un grand exemple à imiter. Il se fit pèlerin, laissant son propre peuple, sa propre maison, pour entreprendre cette aventure spirituelle à laquelle Dieu l’appelait.
   Un pèlerin est une personne qui se fait pauvre, qui se met en route, est tendu vers un but grand et désiré, vit de l’espérance d’une promesse reçue (cf. He XI, 8-19). Telle fut la condition d’Abraham, ce devrait être aussi notre attitude spirituelle. Nous ne pouvons jamais nous estimer autosuffisants, maîtres de notre vie ; nous ne pouvons pas nous limiter à rester fermés, sûrs de nos convictions. Devant le mystère de Dieu, nous sommes tous pauvres, nous sentons que nous devons être prêts à sortir de nous-mêmes, dociles à l’appel que Dieu nous adresse, ouverts à l’avenir que Lui veut construire pour nous.
   Dans notre pèlerinage terrestre, nous ne sommes pas seuls : nous croisons le chemin d’autres fidèles, parfois nous partageons avec eux un bout de chemin, parfois nous vivons ensemble une étape qui nous donne du courage. Telle est la rencontre d’aujourd’hui, et je la vis avec une particulière gratitude : c’est une halte commune heureuse, rendue possible par votre hospitalité, dans ce pèlerinage qu’est notre vie et celle de nos communautés. Nous vivons une communication et un échange fraternels qui peuvent nous donner du réconfort et nous offrir de nouvelles forces pour affronter les défis communs qui se présentent à nous.
   Nous ne pouvons pas oublier, en effet, que le pèlerinage d’Abraham a été aussi un appel pour la justice : Dieu l’a voulu témoin de son agir et son imitateur. Nous aussi nous voudrions être témoins de l’agir de Dieu dans le monde et pour cela, justement dans notre rencontre, nous entendons résonner en profondeur l’appel à être artisans de paix et de justice, à demander ces dons dans la prière et à apprendre d’en-haut la miséricorde, la grandeur d’âme, la compassion.
   Chers frères, chers amis, de ce lieu saint, je lance un appel pressant à toutes les personnes et aux communautés qui se reconnaissent en Abraham :
Respectons-nous et aimons-nous les uns les autres comme des frères et des sœurs !
Apprenons à comprendre la douleur de l’autre !
Que personne n’instrumentalise par la violence le Nom de Dieu !
Travaillons ensemble pour la justice et pour la paix !"
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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 19:35
   L'assemblée des Ordinaires Catholiques de Terre Sainte a publié un communiqué pour exprimer son point de vue sur le sujet de la persécution des chrétiens au Moyen-Orient. Le voici dans son intégralité - avec certains passages mis en valeur selon la ligne éditoriale de ce blog :
 
   "Persécution : Dans de nombreuses parties du monde occidental, ce mot est sur ​​toutes les lèvres. On ne cesse de dire qu’aujourd’hui les chrétiens sont persécutés au Moyen-Orient. Mais, que se passe-t-il réellement ? Comment, en tant que chrétiens et en tant qu’Eglise, parler en toute vérité et intégrité de la souffrance et de la violence qui sévit dans la région ?
   Il ne fait aucun doute que les récents bouleversements du Moyen-Orient, d’abord appelés
«printemps arabe», ont ouvert la voie à des groupes extrémistes et à de nouveaux rapports de force qui, au nom d’une interprétation politique de l’islam, font des ravages dans de nombreux pays, en particulier en Irak, en Egypte et en Syrie. Il ne fait aucun doute non plus que nombre d’extrémistes considèrent les chrétiens comme des infidèles, des ennemis, ou encore des agents de puissances étrangères hostiles ou comme une cible facile à extorquer.
   
Cependant, au nom de la vérité, nous devons souligner que les chrétiens ne sont pas les seules victimes de cette violence et de cette sauvagerie. Les musulmans laïques, tous ceux nommés «hérétiques», «schismatiques» ou simplement «non–conformistes» sont également attaqués et assassinés dans ce même chaos. Là où les extrémistes sunnites sont au pouvoir, les chiites sont massacrés. Là où les extrémistes chiites dominent, les sunnites sont tués. Oui, les chrétiens sont parfois touchés précisément parce qu’ils sont chrétiens, parce que leur foi est différente et parce qu’ils ne sont placés sous aucune protection. Cependant, en ces temps de violence où règnent la mort et la destruction, ils sont des victimes qui viennent s’ajouter à tous ceux, très nombreux, qui souffrent et qui meurent. Comme beaucoup d’autres, ils sont chassés de leurs maisons et deviennent réfugiés, partageant la même misère noire.
   Ces soulèvements ont commencé parce que les peuples du Moyen-Orient rêvaient d’un nouvel âge de dignité, de démocratie, de liberté et de justice sociale. Les régimes dictatoriaux, qui auparavant garantissaient
«l’ordre et la loi», mais au prix terrible de la répression militaire et policière, sont tombés. Avec eux, l’ordre qu’ils avaient imposé s’est écroulé. Les chrétiens vivaient dans une relative sécurité sous ces régimes dictatoriaux. Ils craignaient que, une fois le pouvoir autoritaire renversé, des groupes extrémistes semant le chaos prennent le dessus et s’emparent du pouvoir, au moyen de la violence et de la persécution. Par conséquent, certains chrétiens ont eu tendance à défendre ces régimes. Au lieu de cela, la fidélité à leur foi et leur préoccupation pour le bien de leur pays, auraient dus peut-être les amener à parler beaucoup plus tôt, à dire la vérité et à en appeler aux réformes nécessaires, en vue de plus de justice et de respect des droits de l’homme, et à prendre position aux côtés de nombreux chrétiens et musulmans courageux qui ont su parler.
   Nous comprenons parfaitement les peurs et les souffrances de nos frères et sœurs dans le Christ, qui ont perdu dans cette violence des membres de leur famille et ont été chassés de chez eux. Ils peuvent compter sur notre solidarité et nos prières. Pour certains, leur unique consolation et leur unique espérance se trouvent dans les paroles de Jésus :
«Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la Justice : le Royaume des Cieux est à eux» (Mt V,10). Néanmoins, la répétition du mot «persécution» dans certains milieux (pour désigner habituellement uniquement les souffrances endurées par les chrétiens aux mains de criminels qui se déclarent musulmans), sert aux extrémistes, chez nous comme à l’étranger, dont le but est de semer la haine et les préjugés, et de monter les peuples et les religions les uns contre les autres.
   Chrétiens et musulmans doivent lutter ensemble contre les nouvelles forces de l’extrémisme et de la destruction. Tous les chrétiens et de nombreux musulmans sont menacés par ces forces qui cherchent à créer une société dépourvue de chrétiens et où seulement quelques musulmans agiront en maîtres. Tous ceux qui cherchent la dignité, la démocratie, la liberté et la prospérité sont attaqués. Nous devons être solidaires et parler haut et fort en vérité et en liberté.
   Chacun d’entre nous, chrétiens et musulmans, doit également être conscient que le monde extérieur ne bougera pas réellement pour nous protéger. Les pouvoirs politiques locaux et internationaux cherchent leurs propres intérêts. C’est seuls que nous devons bâtir ensemble un avenir commun. Nous devons nous adapter à nos réalités, même face à la réalité de la mort, et nous devons apprendre ensemble à mettre fin à la persécution et à la destruction, afin de mener une vie nouvelle et digne dans nos propres pays.
   
Ensemble, nous devons unir nos voix à tous ceux qui rêvent comme nous d’une société dans laquelle musulmans, chrétiens et juifs seront citoyens égaux, vivant côte à côte, et construisant ensemble une société dans laquelle les nouvelles générations pourront vivre et prospérer.
   Enfin, nous prions pour chacun, pour ceux qui joignent leurs efforts aux nôtres comme pour ceux qui cherchent à nous nuire ou même à nous tuer. Nous prions pour que Dieu leur permette de voir la bonté qu’Il a mise dans le cœur de chacun. Puisse Dieu transformer chaque être humain dans la profondeur de son cœur. Qu’Il nous permette d’aimer chaque être humain comme Dieu Lui-même l’aime, Lui qui est le Créateur et qui aime chacun. Notre seule protection est en notre Seigneur et comme Lui, nous offrons nos vies pour ceux qui nous persécutent, ainsi que pour ceux qui, avec nous, prennent position pour défendre l’amour, la vérité et la dignité"
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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 13:00
   Après s'être adressé pour la première fois de façon développée aux musulmans lors du traditionnel message pour l'Aïd el-Fitr, le pape François a enfin exposé aux catholiques son point de vue sur le dialogue interreligieux et en particulier les relations avec l'Islam, dans un passage de son exhortation apostolique Evangelii Gaudium. Voici donc, selon la ligne éditoriale habituelle de ce blog, le passage en question, qui fait suite aux paragraphes sur l'oecuménisme et le dialogue avec le judaïsme :
 
   "Une attitude d’ouverture en vérité et dans l’amour doit caractériser le dialogue avec les croyants des religions non chrétiennes, malgré les divers obstacles et les difficultés, en particulier les fondamentalismes des deux parties. Ce dialogue interreligieux est une condition nécessaire pour la paix dans le monde, et par conséquent est un devoir pour les chrétiens, comme pour les autres communautés religieuses.
   Ce dialogue est, en premier lieu, une conversation sur la vie humaine, ou simplement, comme le proposent les Evêques de l’Inde, une
«attitude d’ouverture envers eux, partageant leurs joies et leurs peines». Ainsi, nous apprenons à accepter les autres dans leur manière différente d’être, de penser et de s’exprimer. De cette manière, nous pourrons assumer ensemble le devoir de servir la justice et la paix, qui devra devenir un critère de base de tous les échanges. Un dialogue dans lequel on cherche la paix sociale et la justice est, en lui-même, au-delà de l’aspect purement pragmatique, un engagement éthique qui crée de nouvelles conditions sociales. Les efforts autour d’un thème spécifique peuvent se transformer en un processus dans lequel, à travers l’écoute de l’autre, les deux parties trouvent purification et enrichissement. Par conséquent, ces efforts peuvent aussi avoir le sens de l’amour pour la vérité.
   Dans ce dialogue, toujours aimable et cordial,
on ne doit jamais négliger le lien essentiel entre dialogue et annonce, qui porte l’Eglise à maintenir et à intensifier les relations avec les non chrétiens. Un syncrétisme conciliateur serait au fond un totalitarisme de ceux qui prétendent pouvoir concilier en faisant abstraction des valeurs qui les transcendent et dont ils ne sont pas les propriétaires. La véritable ouverture implique de se maintenir ferme sur ses propres convictions les plus profondes, avec une identité claire et joyeuse, mais «ouvert à celles de l’autre pour les comprendre» et en «sachant bien que le dialogue peut être une source d’enrichissement pour chacun». Une ouverture diplomatique qui dit oui à tout pour éviter les problèmes ne sert à rien, parce qu’elle serait une manière de tromper l’autre et de nier le bien qu’on a reçu comme un don à partager généreusement. L’Evangélisation et le dialogue interreligieux, loin de s’opposer, se soutiennent et s’alimentent réciproquement.
   La relation avec les croyants de l’Islam acquiert à notre époque une grande importance. Ils sont aujourd’hui particulièrement présents en de nombreux pays de tradition chrétienne, où ils peuvent célébrer librement leur culte et vivre intégrés dans la société. Il ne faut jamais oublier qu’ils
«professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour». Les écrits sacrés de l’Islam gardent une partie des enseignements chrétiens ; Jésus Christ et Marie sont objet de profonde vénération ; et il est admirable de voir que des jeunes et des anciens, des hommes et des femmes de l’Islam sont capables de consacrer du temps chaque jour à la prière, et de participer fidèlement à leurs rites religieux. En même temps, beaucoup d’entre eux ont la profonde conviction que leur vie, dans sa totalité, vient de Dieu et est pour lui. Ils reconnaissent aussi la nécessité de répondre à Dieu par un engagement éthique et d’agir avec miséricorde envers les plus pauvres.
   
Pour soutenir le dialogue avec l’Islam une formation adéquate des interlocuteurs est indispensable, non seulement pour qu’ils soient solidement et joyeusement enracinés dans leur propre identité, mais aussi pour qu’ils soient capables de reconnaître les valeurs des autres, de comprendre les préoccupations sous jacentes à leurs plaintes, et de mettre en lumière les convictions communes. Nous chrétiens, nous devrions accueillir avec affection et respect les immigrés de l’Islam qui arrivent dans nos pays, de la même manière que nous espérons et nous demandons à être accueillis et respectés dans les pays de tradition islamique. Je prie et implore humblement ces pays pour qu’ils donnent la liberté aux chrétiens de célébrer leur culte et de vivre leur foi, prenant en compte la liberté dont les croyants de l’Islam jouissent dans les pays occidentaux !
   Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’Islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence.
   Les non chrétiens, par initiative divine gratuite, et fidèles à leur conscience, peuvent vivre
«justifiés par la grâce de Dieu», et ainsi «être associés au mystère pascal de Jésus Christ». Mais, en raison de la dimension sacramentelle de la grâce sanctifiante, l’action divine en eux tend à produire des signes, des rites, des expressions sacrées qui à leur tour rapprochent d’autres personnes d’une expérience communautaire de cheminement vers Dieu. Ils n’ont pas la signification ni l’efficacité des Sacrements institués par le Christ, mais ils peuvent être la voie que l’Esprit lui-même suscite pour libérer les non chrétiens de l’immanentisme athée ou d’expériences religieuses purement individuelles.
   Le même Esprit suscite de toutes parts diverses formes de sagesse pratique qui aident à supporter les manques de l’existence et à vivre avec plus de paix et d’harmonie. Nous chrétiens, nous pouvons aussi profiter de cette richesse consolidée au cours des siècles, qui peut nous aider à mieux vivre nos propres convictions
(...)
   Les Pères synodaux ont rappelé l’importance du respect de la liberté religieuse, considérée comme un droit humain fondamental. Elle comprend
«la liberté de choisir la religion que l’on estime vraie et de manifester publiquement sa propre croyance». Un sain pluralisme, qui dans la vérité respecte les différences et les valeurs comme telles, n’implique pas une privatisation des religions, avec la prétention de les réduire au silence, à l’obscurité de la conscience de chacun, ou à la marginalité de l’enclos fermé des églises, des synagogues et des mosquées. Il s’agirait en définitive d’une nouvelle forme de discrimination et d’autoritarisme. Le respect dû aux minorités agnostiques et non croyantes ne doit pas s’imposer de manière arbitraire qui fasse taire les convictions des majorités croyantes ni ignorer la richesse des traditions religieuses. Cela, à la longue, susciterait plus de ressentiment que de tolérance et de paix.
   Au moment de s’interroger sur l’incidence publique de la religion, il faut distinguer diverses manières de la vivre. Les intellectuels comme les commentaires de la presse tombent souvent dans des généralisations grossières et peu académiques, quand ils parlent des défauts des religions et souvent sont incapables de distinguer que ni tous les croyants –ni toutes les autorités religieuses– sont identiques. Certains hommes politiques profitent de cette confusion pour justifier des actions discriminatoires. D’autres fois on déprécie les écrits qui sont apparus dans un contexte d’une conviction croyante, oubliant que les textes religieux classiques peuvent offrir une signification pour toutes les époques, et ont une force de motivation qui ouvre toujours de nouveaux horizons, stimule la pensée et fait grandir l’intelligence et la sensibilité. Ils sont dépréciés par l’étroitesse d’esprit des rationalismes.
   Est-il raisonnable et intelligent de les reléguer dans l’obscurité, seulement du fait qu’ils proviennent d’un contexte de croyance religieuse ? Ils contiennent des principes fondamentaux profondément humanistes, qui ont une valeur rationnelle, bien qu’ils soient pénétrés de symboles et de doctrines religieuses.
   Comme croyants, nous nous sentons proches aussi de ceux qui, ne se reconnaissant d’aucune tradition religieuse, cherchent sincèrement la vérité, la bonté, la beauté, qui pour nous ont leur expression plénière et leur source en Dieu. Nous les voyons comme de précieux alliés dans l’engagement pour la défense de la dignité humaine, la construction d’une cohabitation pacifique entre les peuples et la protection du créé"
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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 19:20
   Depuis son élection, le pape François n'avait pas spécifiquement pris la parole en direction des musulmans. Il avait, certes, placé une remarque dans son discours inaugural aux représentants des diverses religions, mais elle n'était qu'un bref rappel d'un texte de Vatican II bien connu sur ce blog : "Je vous salue ensuite et je vous remercie cordialement, chers amis appartenant à d’autres traditions religieuses : d’abord les musulmans qui adorent Dieu unique, vivant et miséricordieux, et l’invoquent par la prière, et vous tous"
 
   Sont venus par la suite un certains nombres de gestes : échanger, à cette occasion, avec l'intellectuel musulman Mustapha Chérif, premier musulman à avoir eu un entretien privé avec un pape (en l'occurence, Benoît XVI) ; laver les pieds d'une musulmane lors de la liturgie du Jeudi Saint ; canoniser les 813 martyrs d’Otrante (tués par les Turcs le 14 août 1480 pour avoir refusé de se convertir à l’Islam) avec des mots ne stigmatisant pas de religion en particulier : "Environ 800 personnes, qui avaient survécu au siège et à l’invasion d’Otrante, ont été décapitées aux alentours de la ville. Elles refusèrent de renier leur foi et elles moururent en confessant le Christ ressuscité (...) Alors que nous vénérons les martyrs d’Otrante, demandons à Dieu de soutenir les nombreux chrétiens qui, justement à notre époque et dans tant de parties du monde, subissent encore des violences, et qu’il leur donne le courage de la fidélité et de répondre au mal par le bien"...
 
   Il y a peu, l'une des plus hautes autorités sunnites, Al-Azhar, toujours pris par ses manipulations diplomatiques, tentait de dicter à François ce qu'il devrait dire : "Les portes d'Al-Azhar sont ouvertes, le Pape François est un nouveau pape. Nous attendons qu’il fasse un pas vers nous, en déclarant que l'islam est une religion pacifique, que les musulmans ne cherchent pas la guerre ou la violence, ce serait un réel progrès en soi". Découvrons maintenant ce qu'il dit enfin : 
 
"Aux musulmans partout dans le monde

   C’est pour moi un grand plaisir de vous saluer alors que vous célébrez l‘Aïd al-Fitr’ concluant ainsi le mois de Ramadan, consacré principalement au jeûne, à la prière et à l’aumône.

   Il est désormais de tradition qu’en cette occasion le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux vous adresse un Message de vœux, accompagné d’un thème en vue d’une réflexion commune. Cette année, la première de mon Pontificat, j’ai décidé de signer moi-même ce Message traditionnel et de vous l’envoyer, chers amis, comme expression d’estime et d’amitié envers tous les musulmans, spécialement envers leurs chefs religieux.

   Comme vous le savez, lorsque les cardinaux m’ont élu Évêque de Rome et Pasteur universel de l’Eglise catholique, j’ai choisi le nom de «François», un saint très célèbre qui a si profondément aimé Dieu et chaque être humain au point d’être appelé le «Frère universel». Il a aimé, aidé et servi les nécessiteux, les malades et les pauvres ; en outre il a eu un grand souci de la sauvegarde de la création.

   Je suis conscient que les dimensions de la famille et de la société sont particulièrement importantes pour les musulmans pendant cette période, et il vaut la peine de noter qu’il y a des parallèles avec la foi et la pratique chrétiennes dans chacun de ces domaines.

   Cette année, le thème sur lequel je voudrais réfléchir avec vous et également avec tous ceux qui liront ce message, c’est un thème qui concerne à la fois musulmans et chrétiens : il s’agit de la promotion du respect mutuel à travers l'éducation.

   Le thème de cette année entend souligner l’importance de l’éducation en fonction de la manière où nous nous comprenons les uns les autres sur la base du respect mutuel. «Respect» signifie une attitude de gentillesse envers les personnes pour lesquelles nous avons de la considération et de l’estime. «Mutuel» exprime un processus qui, loin d’être à sens unique, implique un partage des deux côtés.

   Ce que nous sommes appelés à respecter dans chaque personne, c’est tout d’abord sa vie, son intégrité physique, sa dignité avec les droits qui en découlent, sa réputation, son patrimoine, son identité ethnique et culturelle, ses idées et ses choix politiques. C’est pourquoi nous sommes appelés à penser, à parler et à écrire de manière respectueuse de l’autre, non seulement en sa présence, mais toujours et partout, en évitant la critique injustifiée ou diffamatoire. À cette fin, la famille, l’école, l’enseignement religieux et toutes les formes de communications médiatiques jouent un rôle déterminant.

   Pour en venir maintenant au respect mutuel dans les relations interreligieuses, notamment entre chrétiens et musulmans, ce que nous sommes appelés à respecter c’est la religion de l’autre, ses enseignements, ses symboles et ses valeurs. C’est pour cela que l’on réservera un respect particulier aux chefs religieux et aux lieux de culte. Quelles-sont douloureuses ces attaques perpétrées contre l’un ou l’autre de ceux-ci!

   Il est clair que, quand nous montrons du respect pour la religion de l’autre ou lorsque nous lui offrons nos vœux à l’occasion d’une fête religieuse, nous cherchons simplement à partager sa joie sans qu’il s’agisse pour autant de faire référence au contenu de ses convictions religieuses.

   En ce qui concerne l’éducation des jeunes musulmans et chrétiens, nous devons encourager nos jeunes à penser et à parler de manière respectueuse des autres religions et de ceux qui les pratiquent en évitant de ridiculiser ou de dénigrer leurs convictions et leurs rites.
   Nous savons tous que le respect mutuel est fondamental dans toute relation humaine, spécialement entre ceux qui professent une croyance religieuse. C’est n’est qu’ainsi que peut croître une amitié durable et sincère.

   Recevant le Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, le 22 mars 2013, j’ai affirmé :

«On ne peut vivre des liens véritables avec Dieu en ignorant les autres. Pour cela, il est important d’intensifier le dialogue entre les différentes religions, je pense surtout au dialogue avec l’islam, et j’ai beaucoup apprécié la présence, durant la messe du début de mon ministère, de nombreuses autorités civiles et religieuses du monde islamique»

   Par ces mots, j’ai voulu souligner encore une fois la grande importance du dialogue et de la coopération entre croyants, en particulier entre chrétiens et musulmans, ainsi que la nécessite de renforcer cette coopération.

   C’est avec ces sentiments que je réitère l’espoir que tous les chrétiens et les musulmans soient de véritables promoteurs du respect mutuel et de l’amitié, en particulier à travers l’éducation.

   Je vous adresse, enfin, mes vœux priants pour que vos vies puissent glorifier le Très-Haut et apporter la joie autour de vous"

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 19:45
   Suite à l'Exhortation Apostolique remise par Benoît XVI lors de son récent passage au Liban, Exhortation qui était elle-même le fruit du travail engagé lors d'un Synode que nous avons suivi sur ce blog, les patriarches et évêques catholiques du Moyen-Orient ont tenu leur deuxième congrès, a l'issu duquel ils ont lancé un appel en cinq points. Les voici :
 
"Les Patriarches et les Evêques de l’Orient (...) ont adressé l’appel suivant :
1. Inviter la communauté internationale à exercer des efforts sérieux, réels et efficaces pour
trouver une solution équitable et compréhensive pour la cause Palestinienne qui est aux racines de la plupart des conflits au Moyen Orient.
2. Solliciter la communauté internationale et les états influents dans la région à oeuvrer sincèrement et rapidement à apaiser les conflits existants et non pas les aviver pour y trouver des solutions politiques. Appeler les forces antagonistes dans chacun de nos pays à ouvrir la porte au dialogue politique, à effectuer les réformes nécessaires et à
appeler à la conciliation par consultation afin d’aboutir à la paix, en particulier dans la Syrie saignante.
3. Convocation des organisations de la société civile et des organismes humanitaires pour travailler en commun entre les églises afin d’assister les sinistrés et les déplacés par l’effet des conflits existants.
4. Réaffirmer que la présence chrétienne et son futur en nos pays moyens orientaux et un souci commun entre toutes les églises. Tout le monde doit déployer les efforts pour trouver les moyens unifiés du travail commun afin que les chrétiens maintiennent leur rôle dans l’édification de leurs nations et y vivent en sécurité et tranquillité avec leurs partenaires dans la citoyenneté.
5.
Intensifier les rencontres entre tous les citoyens y compris les hommes de pensées, de la société et les intellectuels, y compris les chrétiens et les musulmans, pour renforcer une culture de vie ensemble et se compléter dans l’égalité pour assurer un meilleur futur à nos peuples et à nos fils et filles afin de promouvoir le dialogue entre les religions et les civilisations au monde
"
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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 14:05
   Le Centre International pour le Dialogue Interreligieux et Interculturel Roi Abdullah Bin Abdulaziz va être inauguré après-demain à Vienne. L'initiative n'a pas manqué d'être critiquée, tel ce député autrichien qui la qualifie de "mauvaise blague" d'un pays "où toute religion autre que le wahhabisme ultraconservateur et fondamentaliste est interdite". Un point déjà évoqué ici lorsque nous avons rappelé que le grand mufti de ce royaume à faire disparaître les églises d'arabie, quand la plus grande mosquée d'Europe a été bâtie à Rome avec des fonds saoudiens.
 
   Même un média confessionnel musulman qualifie cette démarche de "surprenante". Mais il est vrai que le KAICIID est un projet dont les racines plongent jusqu'en novembre 2007, date de la rencontre entre le roi Abdallah et Benoît XVI. Le 13 octobre 2011, l'Autriche et l'Espagne cosignent avec l'Arabie Saoudite un accord pour établir les locaux de ce centre à Vienne. Ainsi, même si l'Arabie Saoudite est l'initiatrice de cette création, le projet est bel et bien international, et reconnu comme tel par l'ONU.
  
   A quelques jours de cette inauguration, le Vatican a tenu à justifier les raisons de sa participation à ce projet par la voix de son attaché de presse, le père Lombardi. Voici quelques extraits de cette présentation, que nous ne pouvons, dans la foulée de notre billet précédent, que qualifier de lucide mais respectueuse :
 
   "Le Saint-Siège (...) a accepté l’invitation à y adhérer en qualité d’«Observateur Fondateur» (...) Plusieurs questions ont été soulevées au sujet des motifs et de la signification de l’adhésion du Saint-Siège à cette initiative (...)
   Le Centre qui sera inauguré lundi à Vienne est une nouvelle institution dont le but est de favoriser le dialogue entre les religions et les cultures. Un tel objectif doit toujours être accueilli avec faveur dans l’optique de la compréhension et de la convivialité pacifique entre les peuples, urgence fondamentale pour l’humanité d’aujourd’hui et de demain. Le Roi d’Arabie saoudite, Abdullah Bin Abdulaziz avait parlé de ce projet au Saint Père au cours de la rencontre qui s’est déroulée le 6 novembre 2007 au Vatican.
   Il est important de noter que le nouveau Centre n’est pas présenté comme une institution propre à l’Arabie saoudite, mais comme une Organisation internationale indépendante reconnue par les Nations Unies, et établie par trois États Fondateurs, dont deux sont des pays d’ancienne tradition chrétienne. Il s’agit donc d’une opportunité et d’un espace de dialogue, dont il est juste de tirer profit ; et il est bon d’y être présent pour faire fructifier encore plus l’expérience et l’autorité du Saint-Siège dans le domaine du dialogue interreligieux. Le statut d’Observateur Fondateur est le plus approprié pour garantir une telle présence, en respectant la nature propre du Saint-Siège et en lui permettant d’exprimer ses propres attentes.
   L’Eglise catholique fait partie, avec d’autres religions et communautés religieuses, du Bureau des Directeurs (...), présenté comme le moteur des initiatives du Centre (...) Il s’agit d’une occasion importante pour présenter dans une instance de haut niveau culturel et international le point de vue de l’Eglise en ce qui concerne le dialogue, la personne humaine et sa vocation, l’éthique et la religion, les relations sociales, la justice et la paix. Certes, cela se faisait déjà et continue de se faire dans de nombreuses instances et occasions, mais la diversité et le pluralisme du monde actuel exigent que l’on multiplie les directions et les occasions, en vue de promouvoir le rôle actif et les propositions de l’Eglise autant que possible.
   En sa qualité d’Observateur Fondateur, le Saint-Siège ne manquera pas, naturellement, d’exprimer ses préoccupations quant au respect authentique des droits fondamentaux des chrétiens qui vivent dans des pays à majorité musulmane, afin de promouvoir la liberté religieuse dans ses diverses expressions. Le nouveau Centre de Vienne offrira de cette manière un espace adéquat afin que de telles requêtes puissent être présentées et écoutées, et que les problèmes qui se présenteront puissent trouver les solutions opportunes"
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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 18:12
   Le voyage de Benoît XVI au Liban aura été, tout comme le Synode pour le Moyen-Orient, un évènement très attendu sur ce blog. Au coeur de celui-ci, il y a évidemment l'Exhortation Apostolique du pape, sur laquelle nous ne reviendrons cependant pas ici, l'ayant fait ailleurs. Mais il y a aussi toutes ces déclarations au sein desquelles, selon l'esprit de ce blog, sont extraits ci-dessous les propos directement adressés aux musulmans présents.
 
Signature de l'Exhortation Apostolique [Harissa, 14 septembre 2012]

(...) 
L’heureuse cohabitation de l’Islam et du Christianisme, deux religions ayant contribué à façonner de grandes cultures, fait l’originalité de la vie sociale, politique et religieuse au Liban. On ne peut que se réjouir de cette réalité qu’il faut absolument encourager (...) L’Exhortation ouvre au véritable dialogue interreligieux basé sur la foi au Dieu Un et Créateur (...)
 
Rencontre au Palais présidentiel [Baabda, 15 septembre 2012]

(...) Au Liban, la Chrétienté et l’Islam habitent le même espace depuis des siècles. Il n’est pas rare de voir dans la même famille les deux religions. Si dans une même famille cela est possible, pourquoi cela ne le serait-il pas au niveau de l’ensemble de la société ? La spécificité du Moyen-Orient se trouve dans le mélange séculaire de composantes diverses. Certes, elles se sont combattues, hélas aussi ! Une société plurielle n’existe qu’à cause du respect réciproque, du désir de connaître l’autre et du dialogue continu. Ce dialogue entre les hommes n’est possible que dans la conscience qu’il existe des valeurs communes à toutes les grandes cultures, parce qu’elles sont enracinées dans la nature de la personne humaine. Ces valeurs qui sont comme un substrat, expriment les traits authentiques et caractéristiques de l’humanité. Elles appartiennent aux droits de tout être humain. Dans l’affirmation de leur existence, les différentes religions apportent une contribution décisive. N’oublions pas que la liberté religieuse est le droit fondamental dont dépendent beaucoup d’autres. Professer et vivre librement sa religion sans mettre en danger sa vie et sa liberté doit être possible à quiconque. La perte ou l’affaiblissement de cette liberté prive la personne du droit sacré à une vie intègre sur le plan spirituel. La soi-disant tolérance n’élimine pas les discriminations, parfois elle les conforte même. Et sans l’ouverture au transcendant qui permet de trouver des réponses aux interrogations de son cœur sur le sens de la vie et sur la manière de vivre de façon morale, l’homme devient incapable d’agir selon la justice et de s’engager pour la paix. La liberté religieuse a une dimension sociale et politique indispensable à la paix ! Elle promeut une coexistence et une vie harmonieuses par l’engagement commun au service de nobles causes et par la recherche de la vérité qui ne s’impose pas par la violence mais par «la force de la vérité elle-même», cette Vérité qui est en Dieu. Car la croyance vécue conduit invariablement à l’amour. La croyance authentique ne peut pas conduire à la mort. L’artisan de paix est humble et juste. Les croyants ont donc aujourd’hui un rôle essentiel, celui de témoigner de la paix qui vient de Dieu et qui est un don fait à tous dans la vie personnelle, familiale, sociale, politique et économique (...)
 
Rencontre avec les jeunes [Bkerké, 15 septembre 2012]

(...) Je voudrais saluer maintenant les jeunes musulmans qui sont avec nous ce soir. Je vous remercie pour votre présence qui est si importante. Vous êtes avec les jeunes chrétiens l’avenir de ce merveilleux pays et de l’ensemble du Moyen-Orient. Cherchez à le construire ensemble ! Et lorsque vous serez adultes, continuez de vivre la concorde dans l’unité avec les chrétiens. Car la beauté du Liban se trouve dans cette belle symbiose. Il faut que l’ensemble du Moyen-Orient, en vous regardant, comprenne que les musulmans et les chrétiens, l’Islam et la Chrétienté, peuvent vivre ensemble sans haine dans le respect des croyances de chacun pour bâtir ensemble une société libre et humaine.
J’ai appris également qu’il y a parmi nous des jeunes venus de Syrie. Je veux vous dire combien j’admire votre courage. Dites chez vous, à vos familles et à vos amis, que le Pape ne vous oublie pas. Dites autours de vous que le Pape est triste à cause de vos souffrances et de vos deuils. Il n’oublie pas la Syrie dans ses prières et ses préoccupations. Il n’oublie pas les Moyen-orientaux qui souffrent. Il est temps que musulmans et chrétiens s’unissent pour mettre fin à la violence et aux guerres (...)
 
 
Chers Frères et Sœurs, tournons-nous maintenant vers Marie, Notre-Dame du Liban, autour de laquelle se retrouvent les chrétiens et les musulmans. Demandons-lui d’intercéder auprès de son divin Fils pour vous et, plus particulièrement, pour les habitants de la Syrie et des pays voisins implorant le don de la paix. Vous connaissez bien la tragédie des conflits et de la violence qui génère tant de souffrances. Malheureusement, le bruit des armes continue de se faire entendre, ainsi que le cri des veuves et des orphelins ! La violence et la haine envahissent les vies, et les femmes et les enfants en sont les premières victimes. Pourquoi tant d’horreurs ? Pourquoi tant de morts ? J’en appelle à la communauté internationale ! J’en appelle aux pays arabes afin qu’en frères, ils proposent des solutions viables qui respectent la dignité de chaque personne humaine, ses droits et sa religion ! Qui veut construire la paix doit cesser de voir dans l’autre un mal à éliminer. Il n’est pas facile de voir dans l’autre une personne à respecter et à aimer, et pourtant il le faut, si on désire construire la paix, si on veut la fraternité (...) Puissions-nous, avec l’aide de Dieu, nous convertir pour travailler avec ardeur à l’établissement de la paix nécessaire pour une vie harmonieuse entre frères, quelles que soient les origines et les convictions religieuses ! (...) 
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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 17:58
   Le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, est intervenu jeudi 1er décembre dans un colloque consacré aux chrétiens d'Orient. Voici des extraits de ses propos sur les chrétiens d'Orient et le dialogue islamo-chrétien :
 
   "Le Moyen Orient est massivement musulman, et son islam a connu des périodes fastes (...) Les chrétiens d’Orient y sont minoritaires et tendent à diminuer. Ils ne sont pas des convertis de l’islam. Ils sont, comme je le disais plus haut, les descendants de la première Eglise de Jérusalem (...) Mais ils ont une histoire, une langue et une culture communes avec les musulmans au milieu desquels ils vivent depuis des siècles. C’est pourquoi les relations entre les deux communautés sont traditionnellement bonnes au niveau du dialogue de la vie (...)
   Il y a eu des périodes de cohabitation féconde entre chrétiens et musulmans : Istanbul, Alexandrie, Jérusalem ont longtemps accueilli tous les croyants. Mais quand les empires se sont effondres et que l’unité de mesure est devenue la nation, il y a eu moins de place pour la diversité (...) Depuis Le 16e siècle, le christianisme est devenu minoritaire en Orient, et l’islam, qui avait perdu de son prestige, a récupéré son identité a partir du moment où il a immigré vers l’Europe. S’il y a eu hier une cohabitation entre peuples divers, aujourd’hui encore, chrétiens et musulmans sont contraints par la géographie et par l’histoire à retrouver un mode de vivre ensemble (...) Il faudrait parler d’autres facteurs (...) Je pense évidemment au conflit israélo-palestinien non-résolu, et à la partition de Chypre, à la situation de l’Irak (...)
   Comme on l’a remarqué, la situation des chrétiens dans cette partie du monde peut être évoquée comme suit :
  • un pays ou il est interdit de construire des églises comme l’Arabie saoudite ;
  • des pays ou les chrétiens sont considérés comme non nationaux : le Koweït, les Etats du Golfe, Oman et les États du Maghreb ;
  • les pays ou les chrétiens sont autochtones et les Églises apostoliques : Égypte, Syrie, Irak, Jordanie, Palestine, Turquie ;
  • et enfin l’exception libanaise où le Président de la République est, par un accord tacite, chrétien maronite.
Tout en proclamant que l’islam est la religion de l’État (sauf en Syrie et au Liban), les constitutions de ces pays affirment que tous les citoyens sont égaux devant la loi, sans discrimination de race et de religion (...) La pratique est le plus souvent bien différente.
   On doit souligner qu’
une collaboration confiante s’est développée entre musulmans et chrétiens au niveau de l’éducation, de la santé, de la culture, de l’économie et de la solidarité. Les écoles catholiques sont particulièrement appréciées par de nombreuses familles musulmanes. Il y a des Parlements où les chrétiens sont représentés, bien qu’il leur soit difficile, sinon impossible, d’accéder aux postes de décision politique (...)
   Il faut rappeler que
les conversions de musulmans au christianisme sont pratiquement impossibles. Et dans le cas de mariage mixte, les enfants mineurs sont présumés suivre la religion de leur père. Si la liberté de culte est partout respectée, sauf en Arabie saoudite, et s’il est souvent possible de construire de nouvelles églises, cela n’est pas le cas en Égypte où reste en vigueur une disposition de l’empire ottoman de 1856 qui n’autorise une restauration d’église que sur décret présidentiel.
   Si donc les chrétiens se sentent chez eux dans cette partie du monde, s’ils vivent plus ou moins bien leur foi et leur culture, personnellement et communautairement, ils n’en éprouvent pas moins le sentiment d ‘une certaine précarité, le conflit non-résolu israélo-palestinien et les manifestations d’un islamisme agressif font que beaucoup de chrétiens choisissent l’émigration surtout lorsqu’ils pensent à l’avenir de leurs enfants.

   Les chrétiens d’Orient se sentent toujours considérés comme des citoyens de seconde catégorie. Ils se référent souvent au statut de la «dhimmitude». On comprend alors que ces chrétiens ne soient pas spontanément des enthousiastes du dialogue interreligieux !
   Pourtant, si nous prenons en considération le christianisme, l’islam et le judaïsme, on peut relever que ces trois monothéismes favorisent une pédagogie de la rencontre. Certes nous sommes différents et nous devons nous accepter comme tels.
Mais nous pouvons mettre à la disposition de la société des valeurs communes qui nous inspirent : respect de la vie, sens de la fraternité, dimension religieuse de l’existence. Dans le fond, Juifs, chrétiens et musulmans, nous croyons que chacun de nous est unique. Alors, il me semble qu’il n’est pas impossible de sensibiliser éducateurs et législateurs à l’opportunité de proposer à ces peuples qui vivent depuis toujours ensemble des règles de conduite telles que :

  • le respect des personnes qui cherchent à scruter l’énigme de la condition humaine à la lumière de leur religion ;
  • le sens critique qui permet de choisir la vie ou la mort, le vrai ou le faux ;
  • le souci de la liberté qui suppose une conscience droite, une foi éclairée ;
  • l’acceptation de la pluralité qui nous incite à nous considérer différents, mais égaux en dignité, en refusant toutes les formes d’exclusion, en particulier celles invoquant une religion ou une conviction.

   Si nous pouvions dire tout cela ensemble, il est sûr que nous aurions devant nous un avenir beaucoup plus serein.
   N’est-ce pas au fond ces convictions qui sont à l’origine de ce que l’on appelle le
«printemps arabe» ? Cette jeunesse de certains pays du Maghreb, consciente, cultivée, qui ne supporte plus la dictature, est plus «révoltée» que «révolutionnaire». Elle est en quête de dignité et de liberté,    Il est vrai que les chrétiens d’Orient ont beaucoup souffert depuis qu’ils existent (...) Que peut-on donc faire pour eux ?

   D’abord, les aider à rester sur place. Dieu les a plantés dans cette partie du monde et c’est là qu’ils doivent fleurir. Malgré certains phénomènes de fondamentalisme, la présence chrétienne dans la société arabe joue un rôle positif de facilitateur entre les composantes de cette société et de catalyseur pour la convivialité. Ils jouent aussi le rôle de pont entre l’Orient et l’Occident (...)

   Il faut les visiter, soutenir leurs institutions et travailler à la cause du rétablissement de la justice et de la paix pour qu’advienne une solution rapide du Moyen Orient (...)

   Pratiquer le dialogue entre croyants, c’est être convaincu que nous formons tous une famille, qu’il existe une communauté humaine et un bien universel. Mais c’est aussi s’opposer à la xénophobie, à la fermeture des frontières, aux idéologies qui diffusent la haine. Le dialogue entre cultures et entre croyants n’a pas seulement pour but de mieux se connaître pour éviter les conflits, mais il a aussi pour but de nous aider à élaborer une culture qui permette à tous de vivre dans la dignité et la sécurité.
   Comme certains d’entre vous le savent, j’ai été pendant quelques années en poste à la Nonciature au Liban, de 1975 à 1982. C’est là que j’ai participé pour la première fois à un groupe d’amitié islamo-chrétienne, guide par un jésuite français, Augustin Dupré Latour. Parlant de ces rencontres, il écrivait :
«Croyants de deux religions, nous nous sommes retrouvés, non comme des «sédentaires» satisfaits de ce qu’ils possèdent, mais comme appartenant à la race des «nomades», vivant sous une «tente», des itinérants guides par l’Esprit de Dieu. Nous nous sommes reconnus tout spontanément, non pas comme possédant la vérité divine, mais comme possédés par cette vérité, qui guide, entraine, libère, chacun dans sa ligne propre, plus attaché à sa propre foi» (...)

   Avec les chrétiens d’Orient, les Européens, qui eux aussi sont désormais «condamnés» au dialogue interreligieux dans des sociétés de plus en plus plurielles, il nous faut arriver à un réel sens de l’altérité, accepter nos différences, se réjouir de nombreux terrains de rencontre. Il ne s’agit pas de négocier ou de faire des concessions sur ce que nous croyons. Il ne s’agit pas de convertir l’autre, même si le dialogue interreligieux favorise souvent les conversions. II s’agit de se connaitre pour s’aimer et créer du bonheur autour de soi.

  Soyons nous-mêmes ! Non pour imposer nos convictions, mais pour les proposer. Pèlerins de la vérité au milieu des contradictions de l’histoire, en dépit de nos incohérences, soyons capables par notre générosité, notre douceur et notre persévérance de purifier notre mémoire et notre cœur pour faire en sorte que la sagesse humaine se rencontre avec la sagesse de Dieu" (...)    

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 14:07
   Voici des extraits du discours prononcé samedi dernier par Benoît XVI lors de son voyage au Bénin :
 
   "Ces derniers mois, de nombreux peuples ont manifesté leur désir de liberté, leur besoin de sécurité matérielle, et leur volonté de vivre harmonieusement dans la différence des ethnies et des religions. Un nouvel État est même né sur votre continent. Nombreux ont été également les conflits engendrés par l’aveuglement de l’homme, par sa volonté de puissance et par des intérêts politico-économiques qui font fi de la dignité des personnes ou de celle de la nature (...)
   
De cette tribune, je lance un appel à tous les responsables politiques et économiques des pays africains et du reste du monde. Ne privez pas vos peuples de l’espérance ! Ne les amputez pas de leur avenir en mutilant leur présent ! Ayez une approche éthique courageuse de vos responsabilités et, si vous êtes croyants, priez Dieu de vous accorder la sagesse ! Cette sagesse vous fera comprendre qu’étant les promoteurs de l’avenir de vos peuples, il faut devenir de vrais serviteurs de l’espérance. Il n’est pas facile de vivre la condition de serviteur, de rester intègre parmi les courants d’opinion et les intérêts puissants. Le pouvoir, quel qu’il soit, aveugle avec facilité, surtout lorsque sont en jeu des intérêts privés, familiaux, ethniques ou religieux. Dieu seul purifie les cœurs et les intentions (...)
   
Il ne me semble pas nécessaire de rappeler les récents conflits nés au nom de Dieu, et les morts données au nom de Celui qui est la Vie. Toute personne de bon sens comprend qu’il faut toujours promouvoir la coopération sereine et respectueuse des diversités culturelles et religieuses. Le vrai dialogue interreligieux rejette la vérité humainement égocentrique, car la seule et unique vérité est en Dieu. Dieu est la Vérité. De ce fait, aucune religion, aucune culture ne peut justifier l’appel ou le recours à l’intolérance et à la violence. L’agressivité est une forme relationnelle assez archaïque qui fait appel à des instincts faciles et peu nobles. Utiliser les paroles révélées, les Écritures Saintes ou le nom de Dieu, pour justifier nos intérêts, nos politiques si facilement accommodantes, ou nos violences, est une faute très grave.
   Je ne peux connaître l’autre que si je me connais moi-même. Je ne peux l’aimer, que si je m’aime moi-même. La connaissance, l’approfondissement et la pratique de sa propre religion sont donc essentielles au vrai dialogue interreligieux. Celui-ci ne peut que commencer par la prière personnelle sincère de celui qui désire dialoguer. Qu’il se retire dans le secret de sa chambre intérieure pour demander à Dieu la purification du raisonnement et la bénédiction pour la rencontre désirée. Cette prière demande aussi à Dieu le don de voir dans l’autre un frère à aimer, et dans la tradition qu’il vit, un reflet de la vérité qui illumine tous les hommes. Il convient donc que chacun se situe en vérité devant Dieu et devant l’autre. Cette vérité n’exclut pas, et elle n’est pas une confusion. Le dialogue interreligieux mal compris conduit à la confusion ou au syncrétisme. Ce n’est pas ce dialogue qui est recherché.
   Malgré les efforts accomplis, nous savons aussi que, parfois, le dialogue interreligieux n’est pas facile, ou même qu’il est empêché pour diverses raisons. Cela ne signifie en rien un échec. Les formes du dialogue interreligieux sont multiples. La coopération dans le domaine social ou culturel peut aider les personnes à mieux se comprendre et à vivre ensemble sereinement. Il est aussi bon de savoir qu’on ne dialogue pas par faiblesse, mais nous dialoguons parce que nous croyons en Dieu, le créateur et le père de tous les hommes. Dialoguer est une manière supplémentaire d’aimer Dieu et le prochain dans l'amour de la vérité.
   
Avoir de l’espérance, ce n’est pas être ingénu, mais c’est poser un acte de foi en Dieu, Seigneur du temps, Seigneur aussi de notre avenir. L’Église catholique met ainsi en œuvre l’une des intuitions du Concile Vatican II, celle de favoriser les relations amicales entre elle et les membres de religions non-chrétiennes. Depuis des décennies, le Conseil Pontifical qui en a la gestion, tisse des liens, multiplie les rencontres, et publie régulièrement des documents pour favoriser un tel dialogue. L’Église tente de la sorte de réparer la confusion des langues et la dispersion des cœurs nées du péché de Babel. Je salue tous les responsables religieux qui ont eu l’amabilité de venir ici me rencontrer. Je veux les assurer, ainsi que ceux des autres pays africains, que le dialogue offert par l’Église catholique vient du cœur. Je les encourage à promouvoir, surtout parmi les jeunes, une pédagogie du dialogue, afin qu’ils découvrent que la conscience de chacun est un sanctuaire à respecter, et que la dimension spirituelle construit la fraternité. La vraie foi conduit invariablement à l’amour. C’est dans cet esprit que je vous invite tous à l’espérance.
   Ces considérations générales s’appliquent de façon particulière à l’Afrique. Sur votre continent, nombreuses sont les familles dont les membres professent des croyances différentes, et pourtant les familles restent unies. Cette unité n’est pas seulement voulue par la culture, mais c’est une unité cimentée par l’affection fraternelle. Il y a naturellement parfois des échecs, mais aussi beaucoup de réussites. Dans ce domaine particulier, l’Afrique peut fournir à tous matière à réflexion et être ainsi une source d’espérance.
   
Pour finir, je voudrais utiliser l’image de la main. Cinq doigts la composent, et ils sont bien différents. Chacun d’eux pourtant est essentiel, et leur unité forme la main. La bonne entente entre les cultures, la considération non condescendante des unes pour les autres, et le respect des droits de chacune sont un devoir vital. Il faut l’enseigner à tous les fidèles des diverses religions. La haine est un échec, l’indifférence une impasse, et le dialogue une ouverture ! N’est-ce pas là un beau terrain où seront semées des graines d’espérance ? Tendre la main signifie espérer pour arriver, dans un second temps, à aimer. Quoi de plus beau qu’une main tendue ? Elle a été voulue par Dieu pour offrir et recevoir. Dieu n’a pas voulu qu’elle tue ou qu’elle fasse souffrir, mais qu’elle soigne et qu’elle aide à vivre. À côté du cœur et de l’intelligence, la main peut devenir, elle aussi, un instrument du dialogue. Elle peut faire fleurir l’espérance, surtout lorsque l’intelligence balbutie et que le cœur trébuche" (...)
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