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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 06:30
Taym   Avant d'explorer plus avant la pensée de cet admirateur chî'ite d'Ibn 'Arabî que fut Haydar Amolî, prenons connaissance plus en détail de la façon dont le sunnite Ibn Taymiyya s'oppose, lui, au cheikh al-Akbar. Nous avons déjà eu l'occasion de découvrir sa définition particulièrement étriquée du soufisme, entrons maintenant dans le détail avec des extraits de son ouvrage Al-Furqan Bayna Awliya Al-Rahman Wa Awliya As-Shaytan ("Le discernement entre les «saints» de Dieu et les «saints» du Diable"), à partir de la traduction proposée par 'Alî Hassan Khan. 
 
   Mais avant d'entamer notre lecture, un préalable est requis. Nous avons déjà évoqué le choix fait sur ce site de rendre le terme complexe awliyâ par «saints» ; il est nécessaire d'en dire plus aujourd'hui. Voici comment ce grand connaisseur du soufisme qu'est Michel Chodkiewicz explicite un tel choix : "Nous traduisons par «saints», conformément à l'usage et faute de mieux, le mot walî, au pluriel awliyâ, de la racine WLY. Il faut tout de suite signaler (...) que, d'un point de vue strictement étymologique, les véritables équivalents des termes français «saints» ou «sainteté»  devraient être formés sur la racine QDS, qui exprime l'idée de pureté, d'inviolabilité et fournit donc les correspondaces souhaitées avec le grec hagios et le latin sanctus (...) Le sens premier de WLY est celui de proximité, de contigüité ; en dérivent deux familles de significations : «être ami», d'une part, «gouverner, diriger, prendre en charge», d'autre part (...) Notons au passage que, pour un romain tardif, l'amicitia, terme usuel pour définir la relation à un saint patron, exprimait à la fois, comme le remarque Peter Brown, la notion d'«amitié» -au sens fort- et celle de protection et de pouvoir" (Le Sceau des saints, Prophétie et sainteté dans la doctrine d'Ibn 'Arabî, p.30.32) 
 
   Ceci étant clarifié, découvrons maintenant le point de vue d'Ibn Taymiyya :
 
    "Lorsque nous avons appris que parmi les gens figurent les «saints» du Miséricordieux et les «saints» du Diable, il est obligatoire de faire la différence entre eux, tout comme Dieu et Son Messager les ont différenciés. Les «saints» de Dieu sont les croyants pieux, ainsi qu'Il a dit : Certes, les «saints» de Dieu seront à l'abri de toute crainte, et ils ne seront point attristés, ceux qui croient et qui craignent [Coran X, 62-63] (...) Les «saints» de Dieu sont ceux qui ont cru en Lui et Lui ont prêté allégeance, ainsi ils aiment ce qu'Il aime, détestent ce qu'Il déteste, agréent ce qu’Il agrée, se mettent en colère contre ce pour quoi Il se met en colère, ordonnent ce qu'Il ordonne, interdisent ce qu'Il interdit, donnent à celui qu'Il aime donner, s'abstiennent de donner à celui qu'Il aime être dépourvu de don (...) La «sainteté» est l'opposé de l'animosité, et la réalité de la «sainteté» est l'amour et la proximité, et la réalité de l'animosité est la haine et l'éloignement (...)
   Et les meilleurs des «saints» de Dieu sont Ses Prophètes, et les meilleurs de Ses Prophètes sont les Messagers parmi eux, et les meilleurs des Messagers sont ceux doués de fermeté : Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Muhammad
(...) Et le meilleur de ceux doués de fermeté est Muhammad, sceau des Prophètes (...) Ses vertus et les vertus de sa communauté sont nombreuses, et depuis que Dieu l'a envoyé, Il l'a instauré comme le séparateur entre Ses «saints» et Ses ennemis, et nul ne peut être «saint» de Dieu sauf celui qui croit en ce avec quoi il est venu, et qui le suit intérieurement et extérieurement. Celui qui proclame l'amour de Dieu et Son «saint patronage» alors qu’il ne le suit pas, alors il ne compte pas parmi les «saints» de Dieu, au contraire celui qui s'oppose à lui figure parmi les ennemis de Dieu et les «saints» du Diable (...)
   Les vertueux d'entre les croyants sont ceux qui sont saints parmi les croyants, les croyants pieux sont les «saints» de Dieu, et cela comprend Abû Bakr, 'Umar, 'Uthmane et 'Ali et l'ensemble des personnes du serment de la satisfaction, ceux qui ont prêté serment d'allégeance sous l'arbre, et ils sont mille quatre cent, et ils seront tous au paradis (...) Et parmi les mécréants figurent ceux qui prétendent être «saints» de Dieu, mais qui ne le sont pas, étant au contraire Ses ennemis. De même parmi les hypocrites qui manifestaient l'Islam, prononçaient extérieurement l'attestation que nul n'a le droit d'être adoré en dehors de Dieu Seul et que Muhammad est le Messager de Dieu, envoyé vers (...) les deux créatures dotés de poids, humains et jinns, tout en croyant dans leur intérieur ce qui contredit cela, comme par exemple (...) que Dieu a des «saints» particuliers envers lesquels il n'est pas envoyé (...) comme était Al-Khidr avec Moïse [Ils trouvèrent l'un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous. Moïse lui dit : «Puis-je suivre, à la condition que tu m'apprennes de ce qu'on t'a appris concernant une bonne direction ?» > Coran XVIII, 65-66] (...)
   Et parmi eux, il y avait ceux qui affirmaient que Dieu a révélé intérieurement aux gens de Souffah ce qu'Il a révélé la nuit de l'Ascension du Prophète (...) Il est rapporté que le serviteur de Al-Mûghirah ibn Shû'bah résidait ici, et que le Prophète dit : Celui-ci est l'un des sept, et ce hadith est un mensonge par consensus des gens de science (...) Et de la même façon pour tous les Hadiths attribués au Prophète sur le nombre des Saints, Substituts, Guides, Nobles, Pôles, Pivots (...) et les Pieux Prédécesseurs n'ont utilisé aucun de ces termes sauf le mot "Substitut" [Abdal] (...)
   Quiconque croit qu'un seul des saints possède une voie vers Dieu autre que celui tracé par Muhammad est un mécréant comptant parmi les «saints» du Diable (...)
   Si un homme pratique beaucoup d'actions de dévotion, d'adoration et atteint une science considérable, sans croire en la totalité de ce avec quoi Muhammad est venu, alors il n'est pas croyant, ni «saint» de Dieu, comme les érudits et moines parmi les savants Juifs et Chrétiens et leurs dévots. De même les gens affiliés à la science et à la dévotion parmi les associateurs, ceux de l'Arabie, de Turquie et d'Inde et autres parmi les philosophes (...) Ils sont donc mécréants et ennemis de Dieu, bien qu'une partie pensait être «saint» de Dieu, comme les philosophes de Perse parmi les Mages étaient mécréants, ainsi que Zoroastre, de même que les philosophes de Grèce comme Aristote et ses semblables (...)
   La totalité des ces personnes associées au dévoilement et actions surnaturelles, lorsqu'elles ne suivent pas les Prophètes, mentent nécessairement : leurs diables les trompent, leurs actions contiennent le péché et la dépravation, associationisme, injustice, débauche, exagération ou innovation dans l'adoration. C'est pour cela que les démons descendent sur eux et s'associent à eux, et ils deviennent les «saints» du Diable et non les «saints» de Dieu. Dieu a dit : Et quiconque est aveugle au rappel du Tout Miséricordieux, Nous lui désignons un démon qui devient son compagnon inséparable [Coran XLIII, 36] (...)
   Si pour le fou, sa foi et piété ne sont pas correctes, de même que son rapprochement de Dieu par les actions obligatoires et surérogatoires, il est impossible qu'il figure parmi les «saints» de Dieu, et il n'est permis pour personne de croire que le fou est un «saint» de Dieu, même si sa preuve est un dévoilement qu'il a entendu de lui ou une forme de contrôle, tel qu'il le voit faire signe vers quelqu'un, et celui-ci meurt ou s'évanouit, car on sait que les mécréants et hypocrites parmi les associateurs et les gens du Livre ont des dévoilements et contrôles diaboliques (...)
   Les «saints» de Dieu n'ont rien les distinguant extérieurement des gens dans les choses permises, ils ne se distinguent pas par un habit particulier (...)
   Il ne fait pas partie des conditions du «saint» de Dieu d'être protégé de toute erreur, de ne pas commettre de fautes et ne pas se tromper, mais il est possible que certaines sciences de la loi religieuse restent cachées de lui (...) Et il est possible qu'il pense que certaines actions surnaturelles soient des Faveurs des «saints» de Dieu alors qu’elles proviennent du Diable qui l'a dupé (...) Il ne sort pas avec cela du «saint patronage» de Dieu car Dieu a pardonné à cette communauté ce qui est fait par erreur, oubli ou coercition (...) Ainsi, puisqu'il est possible pour le «saint» de Dieu de se tromper, il n'est donc pas obligatoire pour les gens d'avoir la foi en tout ce qu’il affirme, sauf s'il est un Prophète de Dieu. Bien plus, il n'est pas permis pour le «saint» de Dieu de se reposer sur ce qu'il reçoit dans son coeur (...) Il lui est obligatoire de soumettre tous cela à ce avec quoi Muhammad est venu, s'il y a concordance, il l’accepte, s'il y a opposition, il ne l’accepte pas, et s'il ne sait pas si cela est en concordance ou en opposition, alors il s'abstient (...)
   Le meilleur de cette communauté après le Prophète est Abû Bakr et ensuite 'Umar. La désignation de 'Umar comme étant un inspiré dans cette communauté est établie dans le Sahih ; il a donc la précellence sur toute personne censée être inspirée et adressée à la communauté de Muhammad. Et pourtant, 'Umar faisait ce qui était obligatoire pour lui, et il jugeait ce qu'il recevait à l'aune de ce avec quoi le Messager était venu : s'il y avait concordance, c'était inscrit parmi ses vertus ; s'il y avait opposition, il renonçait à son avis (...) Et la supériorité de Abû Bakr sur 'Umar est démontrée, bien que 'Umar soit un inspiré, car la position du véridique [siddîq] est plus élevée que la position de l'inspiré. En effet, le véridique tire tout ce qu'il dit ou fait du Prophète infaillible, alors que l'inspiré prend tire certaines choses de son coeur, or son coeur n'est pas infaillible (...)
   Un groupe se trompant a pensé que le «sceau des saints» est le meilleur des «saints» par analogie avec le sceau des Prophètes, alors qu'aucun chef spirituel des anciens n'a parlé du «sceau des saints», à l'exception de Muhammad ibn 'Ali Al-Hakim At-Tirmidhi. En effet, il rédigea un ouvrage dans lequel il commit par endroits des erreurs, puis quelques individus (...) commencé à prétendre qu’il était le «sceau des saints», et certains ont proclamé que le «sceau des saints» est supérieur au sceau des Prophètes du point de vue de la science de Dieu, et que c'est par lui que les Prophètes bénéficient de la science de Dieu - ainsi le prétend Ibn 'Arabî, l'auteur du livre Al-Futûhât al-Makkiyya et du livre Al-Fusûs. Il contredit ainsi la Loi et la Raison, et s'oppose à l'ensemble des Prophètes et des «saints» de Dieu (...) Et le dernier des «saints» n'est pas le meilleur d'entre eux, comme le dernier des Prophètes est le meilleur d'entre eux, car la supériorité de Muhammad est établie (...)
   Sont des mécréants impie, ceux qui affirment que parmi les «saint» de Dieu auxquels le message de Muhammad est parvenu, certains ont une voie vers Dieu dans laquelle ils n'ont pas besoin de Muhammad. Et si quelqu'un dit être dépendant de Muhammad dans l'exotérique mais pas dans l'ésotérique, ou dans la science de la Loi mais pas dans la science de la vérité spirituelle, alors il est pire que les Juifs et Chrétiens qui ont dit que Muhammad était uniquement le Messager de Dieu pour les païens (...) De même, devient mécréant celui qui affirme que Muhammad est envoyé avec l'exotérique sans l'ésotérique, car il a cru en une partie de ce avec quoi il est venu, et a renié un partie (...) Le Messager est forcément un Prophète et un «saint», et Son message comprend sa prophétie, et sa prophétie comprend sa «sainteté». Et s'ils assument que Dieu va seulement l'établir prophète sans le «saint patronage» de Dieu, alors cette présomption est impossible (...)
   Ces gens disent parfois - comme affirme l'auteur de Al-Fusûs, Ibn 'Arabî - qu'ils puisent à la même source que l'ange qui apporte la révélation au Messager, parce qu'ils adhèrent [en réalité] aux croyances des philosophes, avant de les présenter sous la forme de dévoilements (...) La cause de leur erreur vient du fait que le mot "raison" dans la langue des Musulmans ['Aql] ne correspond pas au mot "raison" dans la langue de ceux-là [Logos] (...) Pour eux, la raison est une essence existante par elle-même, comme l'intelligence. Et ceci n'est pas conforme à la langue des Messagers et du Coran (...) Ces philosophes ont établi Gabriel comme étant l'imagination ayant pris une forme dans l'âme de Muhammad, l’imagination étant subordonnée à l’intelligence. Ensuite vinrent d'autres hérétiques qui s'associèrent à ces philosophes tout en affirmant être des «saints» de Dieu, et par la même supérieurs aux Prophètes de Dieu, recevant de Dieu sans intermédiaire. Tel est Ibn ‘Arabî, l'auteur de Al-Futûhât et de Al-Fusûs, qui dit qu’il puise à la même source que l'ange qui apporte la révélation au Messager : pour lui, la source  est l’intelligence, l’ange est l’imagination, et l’imagination est subordonnée à l’intelligence ; ainsi, comme il prétend puiser directement dans ce qui est à l'origine de l'imagination, quand le Messager puise dans l'imagination, il devient d'après sa pensée supérieur au Prophète (...)
   Ibn ‘Arabî et ses semblables, s'ils proclament être des Soufis, figurent alors parmi les Soufis des philosophes hérétiques, et non parmi les Soufis des gens de science, et encore moins parmi les chefs spirituels des gens du Livre et de la Sunna, comme Al-Fudhayl ibn ‘Iyâdh, Ibrahim ibn Adham, Abû Sulayman Ad-Darânî, Ma’ruf Al-Karkhi, Al-Junayd ibn Muhammad, Sahl ibn ‘Abdillah At-Tustârî, et leurs semblables (...)
   Ceux-là sont les plus grands prétendant parmi les gens au «saint patronage» de Dieu, et ils sont en fait les plus grands «saints» du Diable
(...) L'ensemble de leur paroles provient uniquement d'états diaboliques. Ils disent, comme l'auteur de Al-Futûhât dans son chapitre sur le "domaine de la réalité" qu'il s'agit du domaine de l'imagination. Nous pouvons en conclure que la réalité dont ils parlent est en fait celle de l’imagination, qui est la sphère d'activité du Diable, car le Diable fait imaginer à l'homme des choses contrairement à ce qu'elles sont (...)
   C'est de ce type d'esprit satanique que l’auteur de Al-Futûhât a cru recevoir ce livre. C’est pour cela qu’il mentionne différentes catégories d'actes d’isolements avec un type particulier de nourriture et avec des choses particulières. C'est ce avec quoi son auteur peut ouvrir un contact avec les jinns et les démons - ils pensent que cela fait partie des Faveurs des «saints» de Dieu alors que ce ne sont que des états sataniques (...)
   Comme les états de ceux-là étaient sataniques, ils contredisaient les Messagers, ainsi qu'on le constate dans les paroles de l'auteur de Al-Futûhât al-Makkiyya et de Al-Fusûs et de ses semblables (...) Ils blâment les chefs spirituels des Musulmans (...) comme Jounayd ibn Mouhammad (...) et ils louent les gens condamnés par les Musulmans comme Al-Hallaj"    
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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 06:19

Taym   Les wahhabites, tristement célèbres aujourd'hui, condamnent ouvertement le soufisme. Mais qu'en est-il de l'une de leurs références majeures, Ibn Taymiyya ? Après avoir découvert sur ce blog un certains nombre de textes de "Hujjat al-Islam" Ghazâlî, qui nous affirmait dans son autobiographie que "les Soufis sont les vrais pionniers de la voie de Dieu", découvrons un avis beaucoup plus critique que celui que nous avions trouvé chez Ibn Khaldûn 

 

   Voici tout d'abord, à partir de la traduction proposée par Qais Assef, un aperçu de l'épître Al-Ṣūfīyah wa-al-Fuqarāʾ ("Les soufis et les pauvres-en-Dieu") - le choix étant fait sur ce site de rendre à chaque fois le terme complexe awliyā par «saints». Ce texte n'est pas une condamnation de tous les soufis, mais Ibn Taymiyya y rejette ouvertement des personnalités telles qu'Hallāj ou Ibn 'Arabī : 

 

   "Quant au terme soufi, il n’était pas répandu dans les trois premières générations, mais cela s’est produit par la suite. Il a été rapporté que plus d’un imam et de maître l’ont employé, tels l’imam Ahmad Ibn Hanbal (...) Il est dit –et cela est connu– que sūfī se rapporte au port d’un [habit] de laine. En fait, les soufis sont apparus pour la première fois à Bassora et les premiers à avoir bâti un «cloître» soufi furent certains disciples de ʿAbd al-Wāhid b. Zayd ; celui-ci faisait partie des disciples d’al-Hassan [al-Basrī]. Il y avait à Bassora une certaine exagération, dans le renoncement, la dévotion, la crainte de Dieu, ainsi que sur d’autres sujets (...)
   L’imam Ahmad fut interrogé à ce sujet, il répondit : «Yahyā b. Saʿīd al-Qattān perdit connaissance tandis qu’on lui récitait le Coran. S’il y avait bien eu quelqu’un capable de repousser ceci, cela aurait été Yahyā. En effet, je n’ai vu personne de plus raisonnable que lui» (...) On raconte que Chāfiʿī fut touché par ceci (...) En bref, c'est arrivé à beaucoup, dont on ne peut mettre en doute la sincérité. Cependant, les états spirituels atteints par les Compagnons sont ceux mentionnés dans le Coran : le frémissement des coeurs, le frissonnement des peaux et les larmes aux yeux, ainsi que le Très-Haut l’a mentionné (...)

   L’état spirituel de ceux-là est condamné par ceux dont les coeurs sont endurcis et couverts d’impuretés, et qui ont de l’aversion envers la religion (...) Alors que d’autres estiment que leur état est le plus parfait. Ils pensent ainsi avoir parachevé les états spirituels et en avoir atteint les plus hauts degrés. Ces deux positions extrêmes sont blâmables.
   Cependant, on distingue trois degrés.
   Le premier de ces degrés, c’est l’état spirituel de celui qui est injuste envers lui-même. Son coeur est endurci et ne se s’adoucit point à l’audition du Coran ou avec le Rappel
(...)
   Le deuxième degré, c’est l’état spirituel du croyant pieux, qui comporte une certaine faiblesse à supporter ce qui peut atteindre son coeur. C’est celui-ci, qui meurt ou bien qui perd connaissance après avoir été foudroyé. Ceci est dû à la puissance de «l’inspiration subite» ainsi qu’à l’incapacité du coeur à la supporter
(...) Celui qui est atteint par cela, alors qu’il n’a commis ni négligence ni transgression, ne peut être considéré comme responsable ; et on ne doit pas douter de son état. Et, il en est ainsi, pour celui qui écoute le Coran, selon les convenances légales, et qui ne néglige rien de ce qui est requis dans ce domaine. Et il en est de même pour les coeurs qui sont atteints par ce qui est appelé l’ivresse spirituelle, l’extinction mystique, ou bien par toute autre chose se rapportant à la perte du discernement, contre la volonté de celui qui vit l’état spirituel (...)
   Par ailleurs, on y arrive par la consommation d’enivrants, tels le vin et le haschich. Or, ceci est, sans conteste, considéré comme illicite par les musulmans. Celui qui estime licite l’ivresse par le biais des enivrants, est un infidèle.
   L’ivresse peut être causée par l’amour et la passion des formes
(...) Ceci est condamnable car la cause en est illicite.
   D’autre part, l’ivresse peut être occasionnée par l’audition des «voix ravissantes» : ceci est également condamnable, car il n’est pas autorisé à un homme de s’adonner à l’audition de «chants» qui n’ont pas fait l’objet d’une prescription, et qui conduit à la perte du discernement, cette dernière étant considérée comme illicite
(...) Dieu ne nous a pas autorisé la jouissance du coeur ou de l’esprit par le biais des plaisirs de la foi, ni par d’autres biais, lorsque ceux-ci entraînent nécessairement la perte de notre discernement (...)
   La puissance de «l’inspiration subite» a conduit certains à la folie. Soit de par la confusion qui s’est emparée d’eux, soit pour d’autres raisons. Les «sages» parmi ces fous, que l’on compte parmi les ascètes, sont parfois appelés les «ravis en Dieu»
(...) Si les causes en sont licites, et si on est sincère dans son incapacité à repousser ce qui survient, on est alors agréé pour le bien qu’on a accompli et pour la foi qu’on a obtenue (...) Ceci est en tout point meilleur que ceux qui n’ont pas atteint ce degré, à cause de leur manque de foi, de la dureté de leurs coeurs, et à cause de motifs similaires qui les poussent à abandonner ce que Dieu aime et à faire ce que Dieu déteste. Cependant, à ceci l’on préférera celui dont l’entendement n’est pas annihilé, et ce quel que soit le degré de foi qu’il ait reçu, identique ou bien supérieur. Et ainsi fut l’état spirituel des Compagnons (s) et de notre Prophète (s). En effet, celui-ci fut élevé aux Cieux, où Dieu lui révéla ce qu’Il lui révéla, puis il se réveilla (...) Son état ne s’était point altéré.
   C’est pourquoi son «état spirituel» est supérieur à celui de Moïse (s) qui
«tomba foudroyé» quand «Dieu se manifesta sur le Mont» [Coran VII, 143] (...)
   Ce qu’il faut retenir, c’est que ces phénomènes de zèle dans la dévotion et d’exagération dans les états spirituels viennent de Bassora. La cause en est une Crainte intense (...) Il n’y a aucun doute sur le fait que leur état spirituel est plus parfait et plus méritoire que celui qui ne les a ni égalés, ni dépassés dans la Crainte de Dieu. Cependant, est plus méritoire l’état spirituel de celui qui craint Dieu de manière modérée ; crainte l’invitant à faire ce que Dieu aime et à délaisser ce qu’Il déteste et ce sans s’adonner aux excès. Ce fut l’état spirituel des Compagnons (...) De nombreux croyants –des pieux qui sont des «saints» [awliāʾ]- à qui n’est pas parvenue la perfection du savoir et de la foi qui était parvenue aux Compagnons, craignaient Dieu dans la mesure de leur capacité et Lui obéissaient selon leur degré d’application. Par conséquent, il est inconcevable qu’ils soient exempts d’erreurs dans leurs savoirs, leurs doctrines, leurs actes ou bien concernant leurs états spirituels. Ils seront récompensés dans la mesure de leur obéissance et pardonnés pour leurs erreurs (...)
   Selon
[les soufis], le soufisme renferme des «réalités métaphysiques» et des états spirituels bien connus. Les définitions du soufisme, ses moeurs ainsi que son chemin, ont été abordés par eux (...) Ils ont par ailleurs identifié le soufi au juste - les meilleurs des hommes, après les prophètes, sont les justes [cf Coran IV, 69] (...) En vérité, le soufi n’est qu’un juste parmi d’autres classes de justes ; c’est celui qui s’est distingué par le renoncement et la dévotion, selon une manière qui lui est propre et dans laquelle il s’applique. De ce fait, le juste fait partie de cette voie. De même qu’il est mentionné des justes parmi les 'ulemas et des justes parmi les émirs. Cependant, s'il est meilleur que le juste absolu [al-siddīq al-mutlaq], il ne dépasse pas pour autant le degré du juste parfait [al-siddīq al-kāmil] qui fut celui des Compagnons, des Suivants et de leurs successeurs (...)
   Un groupe a condamné les soufis et le soufisme, en affirmant qu’il s’agissait d’innovateurs et qu’ils étaient en dehors de la sunna (...) Un groupe a exagéré à leur propos, prétendant qu’ils étaient les plus méritants et les plus parfaits après les prophètes. Ces deux positions extrêmes sont condamnables.
   La vérité, c’est qu'ils s’appliquent dans l’obéissance à Dieu, tout comme d’autres s’y sont appliqués. C’est pourquoi il y a parmi eux le rapproché de Dieu par son application et le modéré qui fait partie des gens de la droite
[cf Coran LVI, 8]. Dans chacune de ces deux catégories, il y a celui qui, tout en s’appliquant, s’est trompé ; ou bien un autre a péché, puis s’est repenti ou ne l’a pas fait. Parmi ceux qui s'en réclament, il y a  l’injuste qui est rebelle envers son Seigneur. En effet, des innovateurs et des hérétiques se sont réclamés des soufis. Cependant, les soufis authentiques ne les considérèrent pas des leurs. A l’exemple de Hallāj, que les maîtres -tels Junayd le «Prince de l’Ordre» et d’autres- ont désavoué et exclu de la voie (...)
   Voilà ce que fut le soufisme originel, mais ce n’est que par après qu’il s’est divisé en plusieurs branches et espèces, donnant lieu à trois catégories de soufis : ceux des «réalités métaphysiques», les soufis «financés»
et ceux des «apparences». Les soufis des «réalités métaphysiques» sont ceux que nous avons décrits précédemment. Quant aux soufis «financés», ce sont ceux-là qui ont bénéficié des fruits des «fondations pieuses» tels les «couvents» [hānqāh]. Cependant, ils ne font pas nécessairement partie des soufis des «réalités métaphysiques». Car ces derniers sont rares et la majorité d’entre eux ne se caractérise pas par un besoin des «couvents».
   Cependant, ils ont trois conditions : la première, c’est le respect de la Charia, c'est-à-dire accomplir les devoirs religieux et éviter les interdits ; la seconde condition, c’est le respect des règles de bienséance de la Voie, qui ne sont, la plupart du temps, que celles de la Charia
(...) ; la dernière des conditions, c’est qu’ils ne soient pas attachés aux biens de ce monde (...)
   Quant aux «soufis des apparences», ils n’ont de soufi que le titre. Ils donnent de l’importance aux habits, aux convenances instituées, etc. (...)
   Quant au terme de «pauvre-en-Dieu»
[faqīr], il figure dans le Livre de Dieu et les propos de son prophète (s). Et, dans les deux cas, ce qui est visé par le terme «pauvre-en-Dieu», c’est le contraire du «riche» (...)
   Les gens se sont disputés, s’agissant de savoir qui, du pauvre patient, ou du riche reconnaissant, était le plus méritant. En vérité, le meilleur d’entre eux, est le plus pieux. S’ils ont le même degré de piété, alors ils auront le même rang (...)
   Du fait que le renoncement était plus répandu chez les pauvres, beaucoup assimilèrent la «pauvreté-en-Dieu» à la voie du renoncement, qui relève du genre soufisme
(...) À ce propos, il y eut divergence, à savoir qui du «pauvre-en-Dieu» ou du soufi avait le plus de mérite ? (...) La vérité, c’est que le plus méritant d’entre eux, est le plus pieux. Si le soufi craint Dieu, alors il est meilleur dans la mesure où il pratique ce qui est aimé de Dieu et s’éloigne de ce qui est détesté de Lui. Sinon, c’est le «pauvre-en-Dieu» qui est meilleur. Par conséquent, s’ils s’égalent dans l’action aimée et dans l’abandon de ce qui est détesté, alors ils ont le même rang (...)
   Les «saints» sont les croyants pieux, qu’importe s'ils sont «pauvres-en-Dieu», soufis, jurisconsultes, 'ulemas, commerçants, combattants, artisans, princes, gouverneurs ou autre chose
(...) Un hadith, figurant dans le Sahīh de Bukhārī, rapporté par Abū Hurayra à propos du Prophète (s) qui a dit : «Dieu a dit : Quiconque montre de l’hostilité à un de «saints», Je lui déclare la guerre. Mon serviteur ne s'approche de Moi que par ce que J'aime le plus, par les devoirs religieux que je lui ai enjoints, puis Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par des oeuvres surérogatoires jusqu'à ce que Je l'aime. Quand Je l'aime, Je suis son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main de laquelle il saisit et son pied avec lequel il marche. C’est donc par Moi qu’il entend, qu’il voit, qu’il saisit, et qu’il marche. Qu'il Me demande, et Je lui donnerai sûrement, et qu'il Me demande refuge, Je le lui accorderai sûrement. Aucune chose ne Me fait hésiter plus que [de prendre] l'âme de Mon fidèle serviteur ; il déteste la mort et Je déteste lui faire du mal. Mais cela est inévitable». Ce hadith illustre parfaitement ce que sont les «saints modérés de Dieu» : ce sont les compagnons de la droite et les rapprochés [de Dieu], les devanciers. La première catégorie désigne ceux qui se rapprochent de Dieu par les actes obligatoires. Tandis que la deuxième se rapporte à ceux qui se rapprochent de Dieu par les actes obligatoires suivis des actes surérogatoires. Et ce sont ceux-là qui ne cessent de se rapprocher de lui, jusqu’à ce qu’Il les aime"
 

 

   Voici maintenant, pour compléter ce point de vue, un extrait de son traité Al-Radd ‘alā l-mantiqiyyīn ("Réfutation des logiciens") d'après la traduction de Yahia Michot ; un texte qui, comme nous le verrons, va encore plus loin dans la critique - au point que l'on peut se demander quel est le soufi qui peut sembler authentique pour cet auteur :

   "Les cheikh de la gnose [‘ārif] et de la rectitude [mustaqīm], parmi les cheikhs du soufisme et d’autres, ordonnaient aux adeptes des coeurs –les maîtres ès ascétisme, adoration, connaissance et dévoilement [mukāshafa]– de s’en tenir au Livre et à la Sunna (...)
   Plus d’un des cheykhs et des 'ulemas ont dit : «Si vous voyez un homme voler dans les airs et marcher sur l’eau, ne vous laissez pas abuser par lui, avant de voir s’il s’en tient au commandement et à la prohibition» (...) Selon eux, les plus éminents des «saints» de Dieu sont ceux qui suivent le plus parfaitement les Prophètes. Voilà pourquoi [Abū Bakr] le Juste fut le plus éminent des «saints» après les Prophètes (...) Ils sont tous en accord sur le fait que, pour les serviteurs, il n’est de voie vers Dieu qu’en suivant l’intermédiaire qu’il y a entre eux et Dieu, à savoir le Messager. Dans la voie, des gens ont cependant introduit des innovations, de la perversion et de l’hérésie. Ces gens-là sont blâmables selon Dieu, selon Son Messager et selon les «saints» de Dieu, qui Le craignent –à savoir les vertueux d’entre Ses serviteurs. Il y en a par exemple qui sont d’opinion que, pour certains des Amis, il y a une voie vers Dieu sans suivre le Messager, ou qui sont d’opinion que, parmi les Amis, il y en a qui sont comme le Prophète, ou plus éminents que lui, ou qu’il y a quelqu’un qui est le Sceau des «Saints» [Jésus, selon Ibn 'Arabī], plus éminent que les premiers devanciers, ou plus savant de Dieu que le Sceau des Prophètes… et dires similaires que tiennent ceux des hérétiques, des égarés, qui se joignirent à eux (...)
   Avicenne a parlé des stations des gnostiques (...) Le point ultime auquel les gnostiques aboutissent dans le cheminement qu’il leur attribue, c’est l’extinction [fanā’] par rapport à autre chose que le Réel, dont il affirme l’existence, et demeurer par Lui. Selon les imāms des gnostiques, même si celui qui chemine ainsi croyait en Dieu, Ses anges, Ses Livres, Ses Messagers et le Dernier Jour, faisait ce que Dieu commande, s’abstenait de ce qu’Il interdit, et cheminait donc comme cheminent ceux qui suivent les Messagers, [s’avancer vers] ce but serait un cheminement déficient (...)
   Le but, c’est bien plutôt de s’éteindre à l’adoration d’autre chose [que Dieu]. Tel était l’état d’Abraham et de Muḥammad, les deux amis de Dieu –Dieu prie sur eux deux et leur donne abondamment la paix ! Du Prophète (s) il est en effet établi dans les ḥadīths authentiques, de plus d’un point de vue, qu’il a dit : «Dieu m’a adopté comme ami comme Il a adopté Abraham comme ami». La véritable essence [haqīqa] de cette extinction consiste à faire une réalité [tahqīq] de la religion-primordiale [hanīfiyya], à savoit consacrer la religion à Dieu. C'est s'éteindre, par l'adoration de Dieu, à l'adoration d'un autre que Lui, en L'aimant, à l'amour d'un autre que Lui, en Lui obéissant, à l'obéissance d'un autre que Lui, en Le craignant, à la crainte d'un autre que Lui, en aimant pour Lui et en haïssant pour Lui, à l'amour pour un autre que Lui et à la haine pour un autre que Lui. Dans le coeur, il n'y a donc association (...)
   Dieu commanda à l'Ami
[Abraham] d'égorger son fils, son premier-né, en guise de test pour lui et d'épreuve, pour faire sortir de son coeur l'amour d'un autre que Dieu, de manière à ce que, par là, il soit complètement Son ami, ce qui est la perfection. Quant à simplement voir le Réel, sans faire ce qu'il aime et agrée, ceci n'est pas une foi qui sauve du tourment de Dieu (...) Celui d'entre les soufis qui fait un but d'une telle extinction et dit s'éteindre à la vision de l'action du Seigneur au point de ne plus juger une chose bonne, bonne, ni une chose horrible, horrible, c'est là se tromper (...)
   Pour ce qui est d'Avicenne et de ses pareils d'entre les hérétiques, ils préconisent ceci, en plus du reste de leurs hérésies
(...) Pour les connaissants, l'extinction louable consiste bien plutôt à faire une réalité du témoignage qu'il n'y a de dieu sinon Dieu (...) Quand tu réalises vraiment Ses paroles "c'est Toi que nous adorons et c'est Toi dont nous implorons le secours"
[Coran I, 5], tu réalises vraiment l'extinction dans la célébration-de-l'Unité [tawhīd] (...) Voilà pourquoi, lorsqu'Ibn 'Arabī, Ibn Sab'īn et d'autres cheminèrent sur cette route corrmpue, cela leur légua l'extinction à l'existence d'autre chose (...) L'essence de l'extinction, selon eux, est qu'on ne voit que le Réel. Il est donc le voyant et le vu, l'adorant et l'adoré (...) Les idolâtres n'adorent nul autre que Lui et, selon eux, il n'y a pas du tout là d'existant distinct de Lui. Ceci est l'aboutissement du cheminement de ces hérétiques et, ce que cela signifie réellement, c'est ce que Pharaon a dit (...) La plupart de ces hérétiques qui parlent d'unicité de l'existence disent que Pharaon fut plus parfait que Moïse et que Pharaon fut véritique quand il dit "Je suis votre Seigneur le plus haut" [Coran LXXIX, 24] (...) Il y en a aussi parmi eux qui disent qu'il mourut croyant et que le faire sombrer eut pour but qu'il se lave, faidant les grandes ablutions de l'Islam (...) Ils disposent les hommes en catégories, dont la plus basse est selon eux le juriste, puis le théologien du Kalâm, puis le philosophe, puis le soufi -c'est-à-dire le soufi des philosophes- puis le Réalisateur [muhaqqiq] (...) Ils ne sont ni musulmans, ni juifs, ni chrétiens. Bien plutôt, même, beaucoup des associateurs sont dans une meilleure situation qu'eux"

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 06:54

Taym   De récentes manipulations médiatiques ont focalisé sur la question du blasphème en Islam. Cette question a déjà été examinée sur ce blog en choisissant de revenir aux sources coraniques, ce qui nous a amené à découvrir la cohérence de la lecture non-violente des Ahmadiyya. Aujoud'hui, découvrons l'avis opposé, celui de cet auteur de référence du wahhabisme saoudien qu'est Ibn Taymiyya. Abondamment relayé par les islamistes anglophones, l'extrait qui suit est tiré du début d'un ouvrage -le "Livre du Glaive Dégainé contre qui insulte le Messager" [Kitâb al-sârim al maslûl 'alâ shâtim al Rasûl]- que nous avons déjà évoqué sur ce blog lorsque nous avons fit une brève présentation d'Ibn Taymiyya. 

 

   "La première question : quant à celui -musulman ou mécréant– qui insulte le Prophète (saw), il est obligatoire de le mettre à mort.

   Ceci est la doctrine de l'ensemble des Gens de Science. Ibn Al-Mundhir a dit : «Il y a consensus [ijmā’] chez les Gens de Science sur le fait que la peine légale [hadd] de celui qui insulte le Prophète (sws) est la mort, et parmi ceux qui ont soutenu cela, il y a Mālik, Al-Layth, Ahmad, Ishāq, et c'est là la doctrine de Chāfi’ī». Il dit : «Et il est rapporté d'An-Nu’mān : le Protégé [Dhimmi] n'est pas tué, car il est déjà plus gravement coupable d'associer à Dieu»
   Abū Bakr Al-Fārisī, l'un des compagnons de Chāfi’ī, mentionne que le consensus des musulmans sur la peine légale de celui qui insulte le Prophète (sws) est l'exécution, tout comme la peine légale de celui qui insulte un autre que lui est la flagellation. Et ce consensus qu'il mentionne est compris comme le consensus des premières générations des Compagnons et des Suivants, or ce qu'il veut dire par là, c'est leur consensus sur le devoir de tuer celui qui insulte le Prophète (sws) s'il est musulman.
   De même, Al-Qadhi ‘Iyadh émet cette restriction, quand il dit : «Il y a consensus au sein de la Oumma sur l'exécution du musulman qui le rabaisse ou l'insulte»
   L'imam Ishaq Ibn Rahawayh, l'un des grands imams, a dit : «Les musulmans sont unanimes pour dire que celui qui insulte Dieu, insulte Son Messager (sws), abolit quoi que ce soit de ce que Dieu a révélé, ou tue l’un des Prophètes de Dieu, est un mécréant, même s’il confirme tout ce que Dieu a révélé»
   Al-Khattābī a dit :
«Je ne connais pas une personne parmi les musulmans qui diverge quant au devoir de le mettre à mort»
   Muhammad Ibn Sahnūn a dit :
«Les savants sont unanimes sur le fait que celui qui insulte le Prophète (sws) en le rabaissant est un mécréant, et la menace de Dieu se réalisera sur lui ainsi que le châtiment. Quant à son verdict dans la Oumma, c’est la mort. Et quiconque doute de sa mécréance ou de son châtiment, est un mécréant»
   Clarification de l'avis sur la règle concernant celui qui insulte.
   La clarification de l'avis sur ceci est que celui qui insulte, s'il est musulman, mécroit et est excécuté, sans faire de différence, et telle est la doctrine des quatres Imāms et d'autres. Le consensus sur ceci englobe également les Imāms du passé tels que
Ishāq Ibn Rāhawayh et d'autres tels que lui. Et s'il s'agit d'un Protégé ? Alors il est exécuté aussi selon la doctrine de Mālik et les gens de Médine - la citation de leurs propos viendra. Et c'est la doctrine d'Ahmad et des jurisconsultes du Hadīth. Et Ahmad a clairement statué ainsi en divers endroits.
   Hanbal a dit :
«J'ai entendu Abū Abdullah [l'imam Ahmad] dire que quiconque insulte le Prophète (sws) ou le rabaisse, qu'il soit du nombre des musulmans ou des mécréants, doit être mis à mort, estimer qu'il doit être exécuté sans qu'on lui demande de faire acte de contrition». Il dit : «J'ai entendu Abū Abdullah dire que quiconque brise le Pacte ['Ahd > voir ce billet] et soutien une innovation en Islām telle que celle-ci, alors je considère qu'il faut l'exécuter, car il n'y a ni Pacte, ni Protection pour ceci»
   Et de même Abū As-Saqr dit : «J'ai interrogé Abū Abdullah au sujet d'un homme des Gens de la Protection qui insulte le Prophète (sws), qu'en est-il à son sujet ? Il répondit que si la preuve évidente [Bayyinah] est établie contre lui, alors quiconque insulte le Prophète (sws) est exécuté, qu'il soit musulman ou mécréant» (...)
   Il lui fut demandé : «Y a-t-il des hadīths à ce sujet ?». Il dit : «Oui. Parmi ces hadīths, il y a celui de l'aveugle qui a tué la femme en disant l'avoir entendu insulter le Prophète (sws). Et le hadīth de Husayn, selon lequel Ibn 'Umar a dit que quiconque insulte le Prophète (sws) est exécuté. Et 'Umar Ibn Abdulazīz a dit qu'il faut l'exécuter. Et c'est parce que quiconque insulte le Prophète (sws) est un apostat [murtadd], aucun musulman n'insulte le Prophète (sws)»
   ‘Abdullāh ajouta : «J'ai interrogé mon père sur celui qui insulte le Prophète (sws), le laisse-t-on se repentir ? Il m'a dit que son exécution était un devoir, et qu'il ne peut avoir cette possibilité. Khālid Ibn Al-Walīd a tué un homme qui avait insulté le Prophète (sws) sans lui donner la possibilité du repentir» (...)
   Ahmad fut interrogé sur celui qui insulte le Prophète (sws) ; il répondit : «Il est exécuté. Il a annulé le Pacte». Et Harb a dit : «J'ai interrogé Ahmad sur un homme des Gens de la Protection qui insulte le Prophète (sws) et il a dit qu'il fallait l'exécuter s'il insulte le Prophète (sws)» (...)
   Donc tous ces propos sont des avis clairs quant au devoir de l'exécuter, et sur le fait qu'il a rendu caduc le Pacte"

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 13:40
Taym    Les récents événements au Mali ont mis en évidence l'antagonisme entre la tradition islamique africaine et l'idéologie saoudienne. Afin de mieux comprendre cette deuxième, tournons-nous selon l'habitude de ce blog vers l'un de ses auteurs de référence, Ibn Taymiyya, farouche opposant de tout ce qui à ses yeux n'est qu'idolâtrie des personnes enterrées... (les extraits qui suivent ont été collectés dans diverses traductions)
 
   "Le caractère mensonger du hadith [Quiconque me rend visite après ma mort est comme celui qui l’aurait fait de mon vivant] est évident et il est contraire à la religion des musulmans. Car tout croyant qui aurait rendu visite au Prophète aurait fait partie de ses compagnons, surtout s’il avait fait partie des immigrés ayant combattu à ses côtés (...) Un musulman des générations postérieures aux Compagnons ne peut pas égaler ceux-ci, même en multipliant les oeuvres obligatoires telles que le Hajj, le djihad, les cinq prières et la prière pour le Prophète (s). Comment dès lors pouvait-il les égaler en faisant ce qui non seulement n’est pas reconnu comme une obligation par le consensus des musulmans, mais est même interdit ? Quant au voyage entrepris pour visiter sa mosquée ou celle de Jérusalem, il est recommandé (...)
   Tous les hadith relatifs à la visite de sa tombe sont faibles ; on ne peut compter sur aucun d’entre eux en matière religieuse. C’est pourquoi les auteurs de Sahih et Sunan ne les ont pas rapportés. Seuls ceux qui acceptent de rapporter des hadith faibles comme ad-Daraqutni et al-Bazzaz et d’autres les ont rapportés"
(extr. At-Tawassul wa al-Wassila)
 
   "Le voyage dans le but même de visiter une tombe –tombe d’un prophète ou autre- est interdit chez la plupart des savants, jusqu’au point où ils ont interdit de réduire les prières, étant donné que c’est un voyage interdit" (extr. Madjmû' al-Fatâwâ)
 
   "Tous les Imams s'accordent pour dire qu'une mosquée ne doit pas être construite sur une tombe -selon le Hadith de Jundub- et qu'il est également interdit d’enterrer un mort dans une mosquée. Si la mosquée est plus ancienne que la tombe, on rétablit la situation soit en nivelant la tombe, soit en exhumant le mort s’il n’est pas ancien. Si une mosquée est construite après la tombe, alors soit la mosquée, soit la tombe doit être ôtée. Faire des prières obligatoires ou surérogatoires dans une mosquée construite sur une tombe est interdit" (extr. Madjmû' al-Fatâwâ)
  
   "L'exagération, dans la communauté, est effectivement apparue dans deux groupes : un groupe d'égarés de Shî'ites qui croient à la divinité des prophètes et des imâms d'entre les Gens de la Maison, et un groupe d'ignorants de soufis qui croient quelque chose de similaire au sujet des prophètes et des vertueux (...)
   Les Nazaréens ont obtenu de Musulmans ignorants beaucoup de ce qu'ils recherchaient (...) Voilà pourquoi, à propos des tombes qui sont d'entre leurs tombes, ils travestissent aux yeux des musulmans, de manière à ce que les ignorants s'imaginent que ce sont des tombes de musulmans vertueux, pour qu'ils les vénèrent" (extr. Madjmû' al-Fatâwâ)
 
   "Certains de ces célèbres mausolées sont définitivement faux. C'est notamment le cas de celui -attribué à Ubay ibn Kaab- qui se dresse dans les faubourgs de Damas ainsi que de l'autre mausolée construit au même endroit et attribué à Uways al-Qarani, et celui construit en Egypte et attribuée à Houssayn (...) Un groupe d'ulémas dont Abdoul Aziz al-Kinani est allé jusqu'à dire que toutes les tombes attribuées aux prophètes sont fausses, à l'exception de celle du Prophète (s). D'autres ont confirmé l'authenticité de la tombe d'Abraham. S'agissant du mausolée d'Ali, la plupart des ulémas disent qu'il n'abrite pas sa tombe. Bien plus, on dit que c'est la tombe d'al-Moughira ibn Chou'ba qui y est. C'est parce qu'il a fallu attendre 300 ans après la mort d'Ali pour l'identifier (...) Il en est de même de la tombe de Mu'âwia dans les faubourgs de Damas. On dit que ce n'est pas sa tombe et que sa tombe se trouve dans l'enceinte de la mosquée de Damas et qu'on l'appelle la tombe de Houd. Cela est dû au fait que la plupart de ces tombes et mausolées sont entourés d'incertitudes, voire inventés (...) L'identification des tombes et la construction de mosquées autour d'elles n'est pas un objectif visé par l'Islam (...) Le Prophète (s) a interdit ce que font les innovateurs en religion (...) Les imams de l'Islam sont tous d'avis que la construction de ces mausolées sur les tombes et leur transformation en mosquées ne sont pas instituées. Par conséquent, on n'y prie pas et on ne s'y rend pas pour effectuer un acte cultuel comme la prière ou la retraite pieuse ou la formulation d'une demande de secours ou une invocation ou d'autres actes semblables. Ils reprouvent le fait de prier près d'elles. Mieux, beaucoup d'entre eux disent qu'une telle prière est caduque, compte tenu de l'interdiction du Prophète (s) qui la frappe" (extr. Madjmû' al-Fatâwâ)
    
   "Il y a ceux qui voient cela auprès de la tombe qu'ils visitent, et ils voient la tombe s'ouvrir et une forme sortir vers eux, et ils croient que c’est le mort, alors que ce n'est qu'un Jinn qui a pris cette forme (...) Si un homme est obéissant à Dieu et à Son Messager, intérieurement et extérieurement, il ne sera pas possible pour eux d'entrer avec lui dans cela ou pactiser avec lui. C’est pour cela que lorsque l'adoration prescrite pour les Musulmans est dans les Mosquées, qui sont les maisons de Dieu, alors ceux qui fréquentent les Mosquées sont les plus éloignés des états sataniques. Et les gens du polythéisme et de l'innovation vénèrent les tombes et mémoriaux des morts, et Ils invoquent le mort ou ils invoquent avec lui, ou ils croient que l'invocation près de lui sera exaucée. Ils sont les plus proche des états sataniques, car il est établi dans les deux Sahih du Prophète (s) : Que Dieu maudisse les Juifs et Chrétiens, ils ont pris les tombes de leurs Prophètes comme lieux d'adoration. Et dans le Sahih Muslim, il est établi de lui qu'il dit cinq jours avant de mourir : (...) Qu’il ne reste aucune ouverture dans la mosquée exceptée l'ouverture de Abû Bakr. Sans doutes, ceux qui sont venus avant vous prenaient les tombes comme lieux d’adoration. Prenez garde ! Ne prenez pas les tombes comme lieux d’adoration car je vous interdis de faire cela [ndlr : Hadith de Jundub mentionné supra]. Dans les deux Sahih il est rapporté de lui qu'on lui mentionna durant sa maladie des églises sur la terre d'Abyssinie, et ils mentionnèrent leur beauté et les dessins dedans, et il dit : Ces gens-là, lorsqu’un homme saint parmi eux meurt, ils construisent un lieu d’adoration sur sa tombe et dessinent dedans ces dessins. Ces gens-là seront les pires de la création auprès de Dieu le jour du jugement dernier. Dans le Musnad et le Sahih Abi Hatim, il est rapporté de lui (s) : Certainement, parmi les pires de la création sont ceux qui seront vivants lorsque l'Heure arrivera, et ceux qui prennent les tombes comme lieux d’adoration. Et il est rapporté de lui (s) dans le Sahih : Ne vous asseyez pas sur les tombes, ni ne priez vers eux. Dans le Muwatta, il est rapporté de lui (s) : Ô Dieu, ne transforme pas ma tombe en idole adorée. La colère de Dieu s'intensifie contre les peuples qui prennent les tombes de leurs Prophètes comme lieux d’adoration (extr. Al-Furqân bayn Awliyâ’ ar-Rahmân wa Awliyâ’ ach-Chaytân)
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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 08:55

Taym    La question de la détermination du début des mois est un éternel sujet de débat entre musulmans. Elle prend notamment une importance cruciale pour déterminer le début et la fin du jeûne du mois de Ramadan, pilier de l'Islam. Les disputes pour savoir s'il faut se décider sur l'avis de ceux qui ont observé le premier croissant ou si l'on peut se permettre une détermination par le calcul sont toujours d'actualité. Pour découvrir l'argumentaire traditionnel, tournons-nous à nouveau vers Ibn Taymiyya, avec des extraits de son Risâla fîl Hilâl - toujours d'après la traduction de Yahya Michot.

 

   "J'ai vu certaines gens, pendant leur mois de jeûne et en d'autres [temps] également, prêter attention aux affirmations de certains ignorants adeptes du calcul que le croissant sera visible ou ne sera pas visible et se baser sur cela, soit en leur for intérieur, soit en leur for intérieur et ouvertement. On m'a même communiqué qu'il y avait des juges qui repoussaient le témoignages de nombreux notaires, parce qu'un computiste ignorant et menteur disait qu'il était visible ou n'était pas visible, et étaient donc de ceux qui traitent la vérité de mensonge quand elle vient à eux (...)

   Il est aussi des gens qui n'acceptent pas les dires de l'astronome, ni intérieurement ni ouvertement, mais dans le coeur il y a un picotement à ce propos et une forte suspiscion du fait de leur confiance en lui, en ce sens que la Loi ne s'est pas intéressée à celà, surtout s'il connaît quelque-chose au comput des deux luminaires, de la réunion des deux disques et de leur séparation l'un de l'autre par un certain nombre de degrés, ainsi qu'à la raison de la néoménie, de l'éclipse solaire et de l'éclipse lunaire. Ils considèrent dès lors le jugement du computiste menteur et ignorant relatif à la visibilité comme quelque -chose d'équivalent à cela.
   Ceux qui, à partir du calcul, de la forme des sphères et de leurs mouvements, informent d'une affaire vraie peuvent par ailleurs faire l'objet de l'opposition de certains ignorants, parmi les analphabètes se rattachant à la foi ou, également, au savoir. Ces derniers les voient en effet aller à l'encontre de la religion en agissant sur la base du calcul en ce qui concerne la vision ou en suivant les jugements astrologiques en ce qui concerne les influences louables et blâmables. Du fait qu'ils les voient s'adonner à ceci, qui est d'entre les choses interdites dans la religion, ils en viennent à rejeter tout ce qu'ils disent de cette sorte et ils ne distinguent poin entre le réel, que la tradition orale et la raison prouvent, et le vain, contraire à la tradition orale et à la raison.
   S'agissant de la religion, ceci constitue cependant une meilleure position que la première division. Cela consiste en effet à considérer comme mensonger une partie du réel, par une interprétation ignorante sans remplacement de certains des fondements de l'Islam. La première sorte, par contre, s'engage peut-être dans le remplacement de l'Islam.
   S'agissant de la vision du croissant du jeûne ou du pèlerinage
(...) il n'est pas permis d'agir sur la base de l'information fournie par le computiste qu'il sera visible ou ne sera pas visible. Multiples sont les textes émanant à ce sujet du Prophète -saw- et il y a là-dessus consensus des musulmans (...) Certains juristes tardifs, apparus après l'an 300, soutinrent que lorsque le croissant est caché, il est permis au computiste d'agir, en ce qui le concerne lui-même, sur la base du calcul (...) Quant à suivre ceci par temps clair ou à lui rattacher la règle générale, aucun musulman n'a dit une telle chose.
   Ceci pourrait se rapprocher de ceux qui, parmi les Ismaeliens, parlent du nombre plutôt que du croissant. Et certains d'entre eux de citer, comme provenant de Ja'far al-Sâdiq, une table sur la base de laquelle procéder. Il s'agit là d'une forgerie
(...) et de tels dires sont extérieurs à l'Islam (...)
   Le Dieu Très-Haut a dit : Ils t'interrogent sur les nouvelles lunes. Dis : "Elles servent aux gens pour compter le temps, et aussi pour le pèlerinage (Coran II, 189). Il a donc informé qu'elles "servent aux gens pour compter le temps" et ceci est général, visant l'ensemble de leurs affaires (...)
   Le Très-Haut a dit : Et la lune, Nous lui avons déterminé des phases jusqu'à ce qu'elle devienne comme la palme vieillie (Coran XXXVI, 39). Il a aussi dit, Très-Haut est-il : C'est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul. Dieu n'a créé cela qu'en toute vérité (Coran X, 5) (...) Il n'a pas rattaché, pour nous, le calcul du mois au soleil, non plus que l'année, mais Il a seulement rattaché cela au croissant, ainsi que le prouve ce verset. Il a aussi dit : Le nombre de mois, auprès de Dieu, est de douze, dans la prescription de Dieu, le jour où Il créa les cieux et la terre. Quatre d'entre eux sont sacrés (Coran IX, 36). Il nous a informé que les mois sont au nombre de douze. Or le mois est une affaire de croissant, nécessairement. Il a donc enseigné que chacun d'entre eux est à connaître grâce au croissant.
   Il m'a été communiqué que les Lois qui nous ont précédés rattachaient également leurs règles aux croissants seulement
(...)
   Ce avec quoi la Loi est venue est la plus parfaite des affaires et la meilleure, la plus évidente, la plus vraie et la moins susceptible d'inconsistance. C'est que le croissant est une affaire observable (...) or ce qui est observable est d'entre les objets de savoir les plus vrais. C'est d'ailleurs pour cela qu'on l'appelle hilâl. Cette racine indique en effet l'apparition et l'évidence, soit auditivement, soit visuellement (...)

   Ce que l'on vise à dire, c'est que les jalons du temps ont été définis au moyen d'une affaire manifeste, évidente, que les gens ont en partage, et que rien n'est associable au croissant à ce propos. La réunion du soleil et de la lune, à savoir leur face-à-face qui se produit avant le croissant, est en effet une affaire cachée qu'on ne connaît que grâce à un calcul dont seules certaines gens sont capables au prix de beaucoup de fatigue et de gaspillage de temps, en se laissant distraire de ce qui concerne les gens, de ce dont il serait indispensable qu'elles s'occupent, et qui est tel qu'erreur et divergence s'y produisent (...)

   Ce avec quoi la Loi est venue est la plus parfaite des affaires. Elle a en effet défini la durée du mois au moyen d'une affaire naturelle, manifeste, accessible à tous et perceptible visuellement. Personne ne s'égare donc de sa religion et prendre ceci en considération ne distrait personne d'aucune des choses prétendant pour lui un intérêt. Personne ne se mêle pour cette raison des choses ne le concernant pas, et ce n'est pas une voie menant à travestir, s'agissant de la religion de Dieu (...)
   L'année n'avait pas de limite manifeste dans le ciel. A son propos, il aurait donc immanquablement fallu le calcul et les nombres (...) Le compte des mois de l'année et le compte des années l'une après l'autre trouvent seulement leur base dans la détermination de mansions pour la Lune (...)
   Quiconque sait ce à quoi les Gens des deux Livres, les Sabéens, les Mages et d'autres, ont été confrontés comme inconsistance et embarras au sujet de leurs affaires, éprouve plus de reconnaissance encore pour la grâce de l'Islam (...)
   Au cours de leur période d'ignorance, les Arabes avaient de fait changé la confession d'Abraham avec une innovation à eux : le report. L'année s'accroissait donc par là, en raison d'objectifs qu'ils avaient (...) Ils avaient par là changé la date du pèlerinage et des mois faisant l'objet d'interdits (...) Jusqu'au moment où Dieu fit surgir le restaurateur de la confession d'Abraham, et où -sws- il accomplit son pèlerinage (...) Le temps avait achevé un cycle"

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 13:08

Taym   Nous nous sommes déjà penché sur des propos d'Ibn Taymiyya, auteur médiéval servant de référence privilégiée par les courants les plus littéralistes de l'Islam actuel, relatifs aux chrétiens. Toujours dans une traduction réalisée par Yahya Michot, découvrons maintenant son avis sur Jésus grâce à trois extraits tirés de diverses fatwas.

 

"A Dieu la louange. Jésus -que la paix soit sur lui- est vivant. Dans le sahîh, il est établi : (...) Le fils de Marie descendra parmi vous en juge juste et imam équitable. Il brisera les croix, tuera les porcs et imposera la capitation. Dans le sahîh, ceci est aussi établi à son propos : il descendra sur le minaret blanc, dans la partie de Damas, et tuera le Dajjâl. Quelqu'un dont l'esprit se serait séparé de l'organisme, son organisme ne descendrait pas du ciel. Et s'il était réssuscité, il surgirait de sa tombe.
   Il en va semblalement de Ses paroles :
et te purifie de ceux qui furent infidèles. Si son esprit était séparé de son organisme, son corps se trouverait enterrée comme le corps du reste des Prophètes, ou d'autres Prophètes. Dans un autre verset, le Très-Haut a dit : Ils ne l'ont pas tué, ils ne l'ont pas crucifié, mais c'est ce qui leur a semblé. Ceux qui sont en désaccord là-dessus sont assurément dans le doute à ce sujet. Ils n'en ont d'autre savoir que la poursuite d'une opinion. Ils ne l'ont certainement pas tué. Bien plutôt, Dieu l'éleva vers Lui (Coran IV, 157) : ces paroles montrent à l'évidence qu'Il a élevé son corps et son esprit, tout comme il est établi dans le sahih qu'il descendra corps et esprit. S'Il avait voulu dire qu'il mourut, Il aurait dit : «Ils ne l'ont pas tué, ils ne l'ont pas crucifié, mais il est mort» (...) 

   C’est pourquoi un des savants a dit : «Voici que Je te recouvre (Coran III, 55) c’est-à-dire Je te prends» (...) Le terme «recouvrement» [tawaffin] ne signifie pas obligatoirement, en soi, le recouvrement de l’esprit et non du corps, non plus que le recouvrement des deux, sinon en vertu d’un contexte distinct. Par ce terme, on peut aussi vouloir dire le recouvrement [résultant] du sommeil, comme ces paroles du Très-Haut : Dieu recouvre les âmes au moment de leur mort (Coran XXXIX, 42). Il dit aussi : C’est Lui Qui vous recouvre la nuit et sait ce que vous recherchez le jour (Coran VI, 60) 

   "La nuit de son Ascension, quand il vit Adam dans le ciel le plus bas, [Muhammad] vit Jean et Jésus au deuxième ciel (...) Jésus monta d'ailleurs au ciel avec son esprit et son organisme. semblablement en ce qui concerne Idris, a-t-il été dit (...) Cela ne peut manquer, le Messie -Dieu prie sur lui et sur le reste des Prophètes, et leur donne la paix !- descendra sur le minaret blanc, dans la partie Est de Damas (...) Voilà pourquoi il était dans le deuxième cielalors même qu'il est plus éminent que Joseph, Idris et Aaron : il veut en effet descendre vers la Terre avant le jour de l'Anastasie"

 

   "Jésus est vivant, dans le ciel, et il n’est pas encore mort. Lorsqu’il descendra du ciel, il ne jugera que selon le Livre et la Sounna, non pas selon autre chose, qui en serait différent. Et Dieu est plus savant !"

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 16:41

Taym   Penchons-nous sur un célèbre hadith : Tout enfant naît dans la fitra, ce sont ses parents qui en font un Juif, un Nazaréen ou un Mage. Hadith qui fait écho au passage coranique "Dirige tout ton être vers la religion [Ĥanīfāan], telle est la nature [Fiţrata] que Dieu a originellement donnée aux hommes -pas de changement à la création de Dieu. Voilà la religion [Ad-Dīnu] de droiture ; mais la plupart des gens ne savent pas" (Coran XXX, 30). Sachant que bien entendu, coraniquement, "La religion [Ad-Dīna] acceptée de Dieu, c'est l'Islam" (Coran III, 19)

   Reprenant notre lecture d'Ibn Taymiyya dans la traduction réalisée par Yahya Michot, prenons connaissance de son avis sur le sujet.

 

   "Ce qui est correct, c'est qu'il s'agit de la fitra de Dieu [Fiţrat Allah], selon laquelle Il a prédisposé les hommes, à savoir la fitra de l'Islam [Fiţrat al-Islam]. Il s'agit de la fitra selon laquelle Il les a prédisposés le jour où Il a dit "Ne suis-Je pas votre Seigneur ?" Ils répondirent : "Mais si" [Coran VII, 172]. C'est le fait d'être sain, exempt des croyances vaines, et la réceptivité aux croyances vraies.
   La réalité de l'Islam, c'est s'en remettre
[istaslama] à Dieu, et non à autre que Lui. C'est là le sens de "Pas de dieu sinon Dieu". Le messager de Dieu -Dieu prie sur lui et lui donne la paix- a donné une image de ceci en disant : De même que la bête produit une bête complète. En trouvez-vous qui soient mutilées ? Il a exposé que le fait pour le coeur d'être sain, exempt de la déficience, est comme la sanité du corps, et que le défaut est un incident contingent [...]

   La fitra est, vis-à-vis du Réel, à l'image de la lumière des yeux vis-à-vis du soleil. S'il est laissé sans voile, quiconque a des yeux voit le soleil. Les croyances vaines arrivant de par le fait d'une judaïsation, d'une nazaréisation, d'une transformation en Mage, sont comme un voile qui s'interpose entre la vue et la vision du soleil. Ainsi aussi quiconque possède des sens sains aime-t-il le oux, à moins que n'arrive en la nature quelque corruption qui la fausse, au point de rendre le doux amer en sa bouche.
   Du fait que l'on naisse selon la fitra il ne s'en suit pas nécessairement que, lors de leur naissance, ils soient en acte croyants en l'Islam : Dieu nous a fait sortir des ventre de nos mères alors quenous ne savions rien. La nature saine du coeur, sa réceptivité et sa volonté du Réel -à savoir l'Islam- sont cependant telles que s'il est laissé sans que rien l'altère, il ne peut être que musulman.
   Cette puissance de savoir et d'agir qui exige en soi l'Islam tant que rien n'interdit la chose est la fitra de Dieu selon laquelle Il a prédisposé les gens
"

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 07:28
Taym   Après les recommandations d'Ibn Khaldûn quant aux "historiens les plus distingués" et aux recueils de hadiths, voyons l'avis d'Ibn Taymiyya en matière de Tafsîr, c'est-à-dire de commentaire du Coran. Il sera au passage question de ce courant islamique rationaliste aujourd'hui disparu, le Mu'tazilisme...
 
   "Pour ce qui est des tafsîrs qui sont dans les mains des gens, le plus authentique est le commentaire de Muhammad bin Jarîr al-Tabarī. Il mentionne en effet les dires des Prédécesseurs [Salafs] avec des isnâds [chaînes de transmetteurs] à l'autorité établie, il ne s'y trouve pas de bid'ah [innovation] et il ne rapporte rien de suspects [muttaham] tels que Muqâtil Bin Bashîr et al-Kalbî. Les tafsirs non-proposés avec des isnâds sont nombreux (...)
 
   En ce qui concerne les trois tafsirs faisant l'objet de la question, celui d'entre eux qui est le plus sauf de bid'ah et de hadith da'if [faible] est al-Baghawî. Il s'agit cependant d'un résumé du tafsîr d'al-Tha'labî dont les hadiths mawdû [inventés] ont été supprimés, ainsi que les bid'ah qui s'y trouvaient. D'autres choses encore ont été supprimées. Al-Wâhidî est un élève d'al-Tha'labî et est plus expert que lui en arabe. Al-Tha'labî se garde des bid'ah même s'il les mentionne part taqlîd [imitation]. Dans son tafsîr et dans le tafsîr d'al-Wâhidî (...) il y a des choses d'une utilité sublime et il s'y trouve aussi beaucoup de choses qui ne valent rien (...)
  
   Al-Zamakhsharî, son tafsîr est farci de bid'ah et suit la voie des Mu'tazilites pour ce qui est de nier les Attributs, ainsi que la Vision, et parler de la création du Coran. Il nie que Dieu veuille les choses venant à l'être, et crée les actions des serviteurs (...) Leurs cinq fondements, les Mu'tazilites les nomment at-tawhîd [affirmation de l'unité de Dieu], al-'Adl [la justice], al-manzila bayna'l-manzilatayn [la demeure entre les deux demeures], inqādh al-wa‘īd [l'exécution de la menace] et al-Amr bi'l-Ma'rûf wa'l-Nahy 'an al-Munkar [la commanderie du convenable et l'interdiction du blâmable].
   Ce qui, selon eux, est signifié par le Tawhīd implique pourtant la négation des attributs. Voilà pourquoi Ibn al-Tūmart a nommé ses compagnons muwahhidûn [ceux qui professent l’Unité]. Cela, c’est seulement de l’hérésie à propos des noms de Dieu et de Ses versets.
   Ce qui, selon eux, est signifié par ‘Adl implique de traiter de mensonge al-Qadar [le Décret], à savoir la création des actions des serviteurs, al-Irāda [le Vouloir] des choses venant à l’être et al-Qudra [le Pouvoir] sur les choses. Il en est parmi eux qui nient la Prescience et l'Ecrit. Tel est pourtant ce que leurs imāms disent et eux sont la source d’al-Zamakhsharī (...)
   Manzila bayna'l-manzilatayn signifie, selon eux, que le grand pécheur n’est nommé croyant d’aucun point de vue, de même qu’il n’est pas non plus nommé infidèle. Ils le positionnent entre les deux positions.
   Inqādh al-wa‘īd a pour signification, selon eux, que les grands pécheurs de la communauté seront maintenus éternellement dans le Feu. Ils n’en sortiront ni grâce à une intercession, ni grâce à autre chose que cela, ainsi que les Khārijites le disent.
   Amr bi'l-Ma‘rūf wa'l-Nahy ‘an al-Munkar implique, selon eux, la permission de se révolter contre les imāms et de les combattre de l’épée.
   Ces fondements, il en a farci son livre en s’exprimant d’une manière que la plupart des gens ne remarquent pas, non plus que ses objectifs. Sans compter ce qui s’y trouve comme ḥadīths inventés et nombre réduit de choses transmises  d’après les Compagnons et les Successeurs !
 
   Le tafsîr d'al-Qurtubî est bien meilleur que celui-là, plus proche de la voie des Gens du Livre et de la Sunna, et plus éloigné des bid'ah.
   Alors même que chacun de ces livres comporte immanquablement des choses à critiquer, il faut cependant les comparer avec justice et reconnaître à chacun ce à quoi il a droit.
   Le tafsîr d'Ibn 'Atiyya est meilleur que le tafsîr d'al-Zamaksharî, plus authentique -qu'il s'agisse de la transmission ou de recherche- et plus éloigné des bid'ah, alors même qu'il en comporte certaines. Ou plutôt, il est bien meilleur que lui. Peut-être même est-ce le tafsîr à préférer. Le tafsîr d'Ibn Jarîr est cependant le plus authentique de tous" (Majmû'u Fatâwâ, t. XIII)
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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 14:30

Taym   Revenons aujourd'hui sur Ibn Taymiyya. A défaut de ce "Livre du Glaive Dégainé contre qui insulte le Messager" qui lui valut, nous l'avons vu, sa première bastonnade, nous allons nous pencher aujourd'hui sur des extraits tirés des traductions réalisées par l'universitaire Yahya Michot. Le premier, écrit dans la première décennie du XIVe siècle, vient entre autre faire écho aux textes polémiques byzantins que nous avons déjà pu lire sur ce blog. Le deuxième, pour sa part, est un avis juridique sans concessions pour les "chefs de la mécréance"

 

   Tout en donnant une idée des positions de celui qui allait devenir une référence du wahhabisme, ces extraits sont bien entendu également une invitation à lire leur source dans son intégralité...

 

   "Lorsque j'arrivais au Caire, un de ceux de leurs moines que les nazaréens révèrent se réunit et discuta avec moi du Messie et de leur religion. Je lui montrai la nature corrompue de celle-ci et je lui répondis à propos de ce qu'il avançait comme argument. Par après, il m'informa qu'il avait composé un livre pour réfuter les musulmans (...) Il le procura à certains musulmans et se mit à me le lire pour que je réponde aux arguments des Nazaréens et en montre la nature corrompue.
   Parmi les dernières paroles que j'adressai au nazaréen, il y eut ceci : "Vous êtes des associateurs !" Et je lui fournis comme preuve de leur associationnisme ce qu'ils pratiquent comme culte, adoration et imploration du scours des statues et des tombes.
   
"Nous n'associons pas et nous ne les adorons pas", me dit-il. "Nous cherchons seulement à accéder par eux, ainsi que les Musulmans le font lorsqu'ils viennent à la tombe d'un homme vertueux, s'agrippent à la grille qui la surmonte, etc.
   "Ceci", lui dis-je, "relève aussi de l'associannisme. Cela n'a rien à voir avec la religion des Musulmans, quand bien même les ignorants le font !"
   Il avoua que c'était de l'associannisme, et un prêtre qui était présent lors de cette question dit, lorsqu'il entendit cela : "Oui ! A cet égard, nous sommes des associateurs"
   Certains Nazaréens de dire à certains Musulmans : "Nous avons un Seigneur et une Dame et vous avez un Seigneur et une Dame. Nous avons le Messie et Marie, vous avez le Seigneur Husayn et Dame Nafîsa !"
   Les Nazaréens se réjouissent des choses que, parmi les Musulmans, les adeptes des innovations et de l'ignorance font ce qui est en accord avec leur religion et lesquelles ils leur sont semblable. Ils aimeraient que ceci se renforce et se multiplie. Ils aimeraient faire de leurs moines les semblables des dévots des Musulmans, de leurs prêtres les semblables des savants des Musulmans, et ils se comparent aux Musulmans.
   Les intelligents parmi eux ne nient pas la vérité de la religion de l'Islam mais disent : "Ceci est une voie menant vers Dieu et cela est une voie menant vers Dieu !" Voilà pourquoi il est facile, pour beaucoup d'hypocrites qui, parmi eux, se sont convertis à l'Islam, de donner l'apparence d'être Musulmans. Ils considèrent en effet que les Musulmans et les Nazaréens sont comme les musulmans adeptes des rites juridiques (...) Les Nazaréens croyant de pareilles choses à propos des confessions religieuses [milla], le passage de l'un d'entre eux de sa confession religieuse reste comme le passage par un homme d'un rite juridique à un autre. Or ceci, combien de gens le font, par désir ou par crainte ! Et lorsque ses proches et ses amis continuent à suivre le premier rite, il ne rejette point cela, mais bien plutôt, les aime et garde pour eux, intérieurement, de l'affection (...)
   On le sait pourtant, tout ceci est de la mécréance -il y a là-dessus accord des Musulmans. Quelqu'un qui ne confesse pas, intérieurement et extérieurement, que Dieu n'accepte pas d'autre religion que l'Islam n'est pas un musulman (...) Quelqu'un qui ne considère pas [les Juifs et les Nazaréens] comme des mécréants et ne les déteste pas n'est pas Musulman -il y a là-dessus accord des Musulmans.
   Ce que l'on vise ici, c'est que les Nazaréens aimeraient que, chez les Musulmans, il y ait des choses par lesquelles ces derniers leur soient semblables, afin que par là leur religion soit forte et de manière à ce que les Musulmans ne les fuient pas, non plus que leur religion. C'est pourquoi la Charia pousse à se différencier des Juifs et des Nazaréens (...) Les Nazaréens ont obtenu de Musulmans ignorants beaucoup de ce qu'ils recherchaient"

 

   "Parmi les recommandations que fit [Abû Bakr] à Yazîd (...) il y a qu'il lui dit : "Vous trouverez des gens qui se sont reclus dans des ermitages. Laissez-les, ainsi que ce pour quoi ils se sont reclus. Vous trouverez aussi des gens qui se sont fait comme un nid [la tonsure] au milieu de la tête. Frappez de l'épée ce nid qu'ils ont fait". Celà parce que Dieu dit : Combattez les chefs de la mécréance -car ils ne tiennent aucun serment- peut-être cesseront-ils ? (Coran IX, 12)
   Il a seulement prohibé de tuer les premiers parce que ce sont des gens coupés des hommes (...) Ils n'aident fondamentalement leur coreligionnaires en aucune affaire en laquelle il y aurait quelque-chose de nuisible pour les Musulmans (...) La controverse des savants sur la question de les tuer est comme leur controverse sur la question de tuer qui ne nuit aux Musulmans ni de sa main ni de sa langue, comme l'aveugle, l'impotent, le grand vieillard et d'autres, tels les femmes et les enfants.
   On ne tuera en somme, disent la masse, que ceux qui sont des aides, dans le combat. Sinon, il en va comme des femmes et des enfants. Tandis que d'autres disent : "Bien au contraire, le simple fait d'être mécréant est ce qui permet de tuer. Les femmes et les enfants forment une exception pour la seule raison qu'ils représentent des biens" C'est aussi sur ce fondement que se base le prélévement de la capitation.
   Quant au moine qui aide ses coreligionnaires de sa main et de sa langue, en ceci par exemple qu'il a un avis auquel ils se réfèrent dans le combat, ou une espèce d'incitation, celui-là, selon l'accord unanime des savants, sera tué lorsqu'on en aura le pouvoir et on prélévera de lui la capitation quand bien même il serait reclus, isolé dans le lieu où il se livre à l'adoration.
   Comment donc, à plus forte raison, en ira-t-il de ceux qui sont comme le reste des Nazaréens dans leur manière de vivre
(...) et qui se distinguent seulement d'autrui par des choses qui épaississent leur mécréance et font d'eux des chefs de la mécréance, par exemple servir et adorer au moyen des souillures, abandonner le coït et la viande, porter un habillement qui est l'emblème de la mécréance ? Et celà d'autant plus que ce sont eux qui font subsister la religion des Nazaréens (...)
   La condition pour êtrte un moine, selon eux, c'est seulement abandonner le coït. Ceci étant, ils lui permettent d'être un patriarche, un patrice, un prêtre et quelqu'un d'autre encore d'entre les chefs de la mécréance (...) Ceux-là, les savants ne controversent pas sur le fait qu'ils sont veux des Nazaréens qui méritent le plus d'être tués en cas de guerre et de se voir prélever la capitation en cas d'établissement de la paix (...)
   Est-ce qu'un savant dirait que les chefs de la mécréance qui écartent leurs populaces du chemin de Dieu, mangent les biens des gens par de vaines opérations et se satisfont d'être adoptés comme seigneurs en deçà de Dieu, on ne les combat pas et on ne prélève pas d'eux la capitation, alors qu'on la prélève des gens de la populace qui sont pourtant moins nuisibles qu'eux, s'agissant de la religion, et qui ont moins de biens ? Aucun de ceux qui savent ce qu'ils disent ne le dira !
   La confusion s'est seulement produite du fait de ce qu'il y a comme ambigüité dans le terme "moine" (...) De ceux qui sont ainsi décrits on prélévera donc la capitation (...) La terre d'Egypte a été soumise à l'impôt sur le sol [kharâjî] (...) Quand les Musulmans furent nombreux, au début de la dynastie abbasside, ils firent cependant passer la terre d'al-Sawâd du statut de terre soumise à l'impôt sur le sol à celui de terre de partage [muqâsama]. C'est aussi pour cela qu'ils firent passser l'Egypte d'un statut à un autre (...) Une pareille terre, il n'est cependant point permis -il y a là-dessus accord des Musulmans- d'en faire un habous au profit de gens pareils, qui l'exploiteraient sans compensation. On le sait, il est obligatoire de leur retirer ces terres -il y a là-dessus accord des savants des Musulmans. Ils s'en sont seulement rendus maîtres du fait de l'abondance des hypocrites parmi ceux qui s'étaient rattachés à l'Islam sous la dynastie râfidite (...) Voilà pourquoi les temples de ces mécréants se trouvent avoir des habous que les mosquées des musulmans n'ont pas, ainsi que leurs maisons de savoir et d'adoration, alors même que la terre a été soumise à l'impôt sur le sol"

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 09:02

Taym   Après nous être arrêtés sur le point de vue d'un musulman sud-africain du XXe siècle, et celui d'un musulman maghrébin du XIVe siècle, penchons-nous maintenant sur celui d'un jurisconsulte hanbalite de la fin du XIIIe siècle, Taqî ad-dîn Ahmad ibn Taymiyya. Un personnage que l'ont ne peut laisser de côté, puisqu'il sera une des principales références de Muhammad ibn Abd al-Wahhab, fondateur au XVIIIe siècle d'une école de pensée fondamentaliste qui est la doctrine officielle de l'Arabie Saoudite.

 

   La première intervention publique d'Ibn Taymiyya -contre un secrétaire chrétien accusé d'avoir insulté le prophète de l'Islam- le conduit à être bastonné... Et à écrire son "Livre du Glaive Dégainé contre qui insulte le Messager" [Kitâb al-sârim al maslûl 'alâ shâtim al Rasûl]. Cet épisode n'est que le premier d'une longue liste d'incarcérations à Damas et Alexandrie, durant lesquelles il rédige de nombreux ouvrages. Il meurt en prison, peu de temps après que son adversaire Al Ikhna'i ait obtenu du sultan que lui soit confisqués ses livres et moyens d'écriture.

 

   Parmi ses premiers textes d'importance, on trouve deux professions de foi, celle de Hamât [al-'Aqîdat al-hamawiyyat al-kûbra] et celle de Wâsit [al-'Aqîdat al-Wâsitiyyat]. Ce sont des extraits de ce deuxième "Credo" que nous allons lire aujourd'hui. Il est intéressant de remarquer comment cet auteur utilise l'argument du "Juste milieu" pour justifier son point de vue...

 

   "Louange à Dieu qui envoya Son Messager avec la guidance [hudâ] et la Religion de Vérité [Dînu al-Haqq] pour la faire prévaloir sur toute autre religion ; Dieu suffit comme Témoin. Je témoigne qu'il n'y a de dieu qui mérite l'adoration en toute vérité que Dieu, l'Unique qui n'a point d'associé, en attestant et Son existence et Son unicité [Tawhîd]

   Je témoigne que Muhammad est Son serviteur et Son Envoyé -que la prière soit sur lui, sur sa famille et ses compagnons et que Dieu leur accorde salut et davantage encore. Voici le credo du groupe qui aura le salut, et qui aura de Dieu assistance jusqu'au jour où se dressera l'Heure ; c'est la croyance des gens de la Tradition et du Consensus [Ahl as-sunna wal-Jamâ'a], elle revient à ajouter foi en Dieu, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses Messagers, en la Résurrection après la mort et en le destin imparti en bien ou en mal.

 

   Participe de la foi en Dieu, le fait de croire à la description que Dieu a donnée de Lui-même dans Son Livre, et à celle qu'en fait Son Messager Muhammad -paix et bénédiction de Dieu sur lui- sans déformation, ni négation [Ta'til], sans s'interroger sur le comment de Ses attributs [Takyîf] et sans anthropomorphisme [Tamthîl]. Les Gens de la Tradition et du Consensus (…) ne nient rien de la description qu'Il a donnée de Lui-même. Ils n'altèrent pas le sens des paroles révélées, ne L'offensent pas dans Ses noms et ne dénaturent pas le sens de Ses signes [Ayât]. Ils ne comparent pas non plus les attributs de Dieu à ceux de Ses créatures, car Dieu n'a ni homonyme ni égal à Lui. Il ne peut être connu par analogie avec Ses créatures -gloire à Lui et qu'Il soit exalté- car Il se connaît et connaît tout ce qui est en dehors de Lui mieux que quiconque. Il n'est pas plus Véridique que Lui lorsqu'Il parle, ni plus beau récit que le Sien.

   Ses Envoyés sont véridiques et foi a été ajoutée à leur mission (…) Il s'est déclaré au-dessus des attributs que Lui ajoutent les contradicteurs des Envoyés, puis Il a salué Ses Messagers car leurs propos portent la marque de la perfection. Touchant Ses descriptions et Ses attributs. Dieu recourt aussi bien à la négation [Nafy] qu'à l'affirmation [lthbâth]. Les Gens de la Tradition et du Consensus ne s'écartent pas du Message apporté par les Envoyés, car il représente la voie rectiligne, celle des gens que Dieu a gratifiés : Prophètes, véridiques, martyrs et vertueux (…)

   Obligation est faite aussi d'ajouter foi aux descriptions que donne de Son Seigneur, le Puissant, le Majestueux, l'Envoyé de Dieu -paix et bénédiction de Dieu sur lui- dans les hadiths authentiques, lesquels sont admis par les gens de la connaissance [Ma'rifa] (...)

 

   Le groupe qui sera sauvé (...) est celui des Gens de la Sunna et du Consensus, lesquels ajoutent foi à ces hadiths, comme aux descriptions que Dieu fait de Lui-même dans Son Livre inattaquable, sans les déformer, les nier ou s'interroger sur le comment des attributs de Dieu et sans anthropomorphisme. Ils représentent le juste milieu, de la même manière que la communauté musulmane est médiane. La position des gens de la Sunna et du Consensus est médiane entre les partisans du dépouillement absolu de Dieu [Mu'attila - Jahmiyya] et les anthropomorphistes [Al-Muchabbiha]. Leur position au sujet des Actes de Dieu le Très-Haut est également médiane entre celle des fatalistes [jabriyya] et celle des partisans du libre arbitre [Qadariyya]. Touchant la Menace divine de châtiment [Wa'îd], ils adoptent une position de juste milieu entre les partisans de l'ajournement jusqu'au Jour dernier de la sanction des actes humains [Murji'a] et ceux de la menace divine de châtiment [Wa'îdiyya] : partisans du libre arbitre ou autres. Sur la définition de la foi [Imân] et de la religion [Dîn], leur position est médiane entre les partisans de la liberté absolue [Harûriyya] et les rationalistes [Mu'tazila] d'une part, et entre les Murji'a et les Jahmiyya d'autre part. En ce qui concerne les compagnons de l'Envoyé de Dieu -paix et bénédiction de Dieu sur lui- ils se placent entre les Rawâfid et les Kharijites.

 

   Procède aussi de la foi en Dieu, le fait de croire en ce que Dieu indique dans Son Livre ainsi que ce que rapporte la Sunna notoire [Mutawâtir] et qui font l'unanimité des Anciens [Salaf] ; à savoir que Dieu -gloire à Lui- est établi sur Son Trône, au-dessus des cieux, très élevé sur Ses créatures, bien qu'Il soit avec elles là où elles sont, sachant ce qu'elles font (...) Ces paroles que souligne Dieu -pureté à Lui- à savoir qu'Il est sur le Trône, mais avec nous, indiquent une vérité à prendre au sens propre, qui ne doit pas être déformée. Cependant, ces paroles doivent être mises au-dessus des suppositions non fondées [Kâdhiba] (...)

 

   Découle aussi de la foi en Dieu, le fait de croire qu'Il est de Ses créatures proche et qu'Il les exauce (...) Ce qui dans le Livre et la Sunna évoque la proximité de Dieu et Son omniprésence ne contredit en rien la transcendance ['Uluw] et la supériorité [Fawqiyya] de Dieu. C'est qu'il n'est rien qui Lui est semblable dans tous Ses attributs. Dieu demeurant, dans Sa proximité. Elevé.

   La conviction que le Coran est la Parole révélée et incréée, fait partie de la foi en Dieu et en Son Livre ; le Coran procède de Dieu et retourne à Lui. Il est réellement la parole de Dieu et non celle d'un autre (...) Dire que le Coran est la traduction [hikâya] et l'expression ['Ibâra] de la parole de Dieu ne peut être admis. Même lorsqu'il est récité ou consigné dans des feuillets [Masâhif], il n'en demeure pas moins la parole de Dieu exalté, au sens propre (...) Le Coran est la Parole de Dieu, dans ses lettres [hurûf] et ses sens [ma'ânî] sans aucune dissociation possible entre ces derniers.

 

   De la foi en Dieu, Ses livres. Ses anges et Ses Envoyés découle le fait de croire que, le Jour de la Résurrection, les croyants verront Dieu, de leurs propres yeux (...) Croire au Jour ultime c'est ajouter foi à tout ce que le Prophète -paix et bénédiction de Dieu sur lui- a transmis au sujet de l'épreuve de la tombe, du supplice ou de la félicité que l'homme vit (...) Le détail de tout ce qui se rapporte à la vie ultime a été mentionné dans les Livres révélés et dans les Traditions des Prophètes. La science héritée de Muhammad -paix et bénédiction de Dieu sur lui- comporte ce qui est de nature à satisfaire et à suffire (...) Le groupe qui sera sauvé croit au destin dans le bien comme dans le mal (...)

 

   Pour le groupe qui sera sauvé, la religion et la foi sont des paroles que formule le coeur et prononce la langue, et des actes qui procèdent du coeur, de la langue et des membres. La foi s'élève avec l'obéissance et diminue avec la désobéissance. Ce groupe ne dénie pas pour autant aux gens de la Qibla la foi du fait des désobéissances et des grands péchés, comme le font les kharijites. Qui plus est, les désobéissances n'entament en rien la fraternité de la foi [Ukhuwwa lmâniyya] (...) Ce groupe ne dénie pas au Musulman pervers toute foi et ne le condamne pas au séjour éternel dans le Feu comme le soutiennent les Mu'tazilites. Le pervers [Fâsiq] demeure croyant (...) C'est un croyant dont la foi est imparfaite ou un croyant de par sa foi et pervers de par son grand péché. L'on ne dira pas de lui que c'est un bon croyant, mais l'on ne dira pas non plus qu'il est un être dénué de toute manifestation de foi.

 

   Les gens de la Sunna et du Consensus érigent en principe le fait de ne pas nourrir de mauvais sentiments ou de dire quelque mal des compagnons de l'Envoyé de Dieu (...) Les gens de la Sunna et du Consensus agréent ce qui dans le Livre, la Sunna et le consensus, fait état de leurs mérites et de leurs degrés. Ils accordent précellence à ceux qui ont supporté des dépenses et combattu avant le succès [Fath] -à savoir le pacte d'Al-Hudaybiyya- sur ceux qui auront agi de même, mais après. Ils donnent la préséance aux émigrés [Muhajirîn] sur les auxiliaires [Ansar] (...) et qu'aucun de ceux qui ont fait acte d'allégeance, sous l'arbre, n'entrera en Enfer (...) Les gens de la Sunna et du Consensus reconnaissent que les meilleurs hommes de cette Communauté sont respectivement, après le Prophète -paix et bénédiction de Dieu sur lui- Abou Bakr, 'Umar, 'Uthmân et 'Alî, comme cela est indiqué dans les Traditions [Athâr]. Ils admettent que 'Uthmân a plus de mérite que 'Alî, les compagnons l'ayant élu en présence de celui-ci (...) Bien que cette question des mérites de 'Uthmân et de 'Alî ne s'inscrive pas dans les fondements, lesquels n'admettent pas d'opposition sous peine -selon la majorité des gens de la Sunna- de se voir taxé d'égaré, celui qui va à l'encontre de l'opinion unanime de la communauté, touchant le Califat, est accusé d'égarement (...) Les gens de la Tradition et du Consensus aiment les membres de la famille de l'Envoyé de Dieu (...) Ils désavouent les Rafida qui haïssent les compagnons et les insultent, ainsi que les adversaires de la famille du Prophète (...) Ils se taisent sur les litiges qui opposèrent les compagnons, soutenant que les narrations [Athâr] qui mettent en avant leurs méfaits sont pur mensonge ou ont été ajoutées, tronquées, déformées. Et que même lorsque ces narrations sont authentiques, l'on ne peut en vouloir aux compagnons, lesquels fournissaient un effort d'interprétation [Mujtahidûn] qui pouvait être juste ou erroné (...) Les compagnons (...) peuvent, de manière générale, fauter, mais leurs antécédents ainsi que leurs vertus leur font mériter le pardon (...)

   Les gens de la Sunna croient aux prodiges (...)

   Les gens de la Sunna et du Consensus se conforment au modèle de l'Envoyé de Dieu  -paix et bénédiction de Dieu sur lui-  dans leur vie intime comme dans leur vie publique (...) Ils savent que la parole la plus véridique est la Parole de Dieu et que la meilleure direction est celle de Muhammad (...) D'où leur désignation par "les gens du Livre et de la Sunna".

   Ils ont aussi été appelés "Gens du consensus", car le consensus [Jamâ'a] revient à se réunir -et son antonyme c'est la division [Furqa]- même si ce terme désigna par la suite toute assemblée de gens. Le consensus [Ijmâ'] constitue le troisième fondement sur lequel s'appuient la science et la religion (...) Le seul consensus qui existe est celui des pieux prédécesseurs [Salaf Sâlih], car après eux s'amplifièrent et se répandirent dans les rangs de la Communauté les désaccords.

 

   Les gens de la Sounna et du Consensus -en sus de leur foi dans tous les fondements précédents- ordonnent le convenable [Ma'rûf] et interdisent le blâmable [Mounkar] conformément aux prescriptions de la Charî'a. Ils considèrent que l'on est tenu de s'acquitter du pèlerinage et du combat sur la voie de Dieu [Jihâd], d'assister aux prières du vendredi et des fêtes, avec tous les gouverneurs, que ces derniers soient pieux ou pervers. Ils veillent à prendre part à la prière en groupe [Jamâ'ât], pratiquent le devoir de conseiller [Nasîha] la Communauté (...) Ils commandent la patience face à l'épreuve, la gratitude dans l'aisance et l'acceptation du sort [Qadâ]. Ils appellent aux nobles caractères et aux bonnes actions (...) Ils incitent à respecter les liens de parenté même si ses proches parents ne le font pas, à faire preuve de libéralité avec celui qui ne le fait pas avec lui et à pardonner à celui qui lui fait du tort. Ils ordonnent la piété filiale, le respect des liens du sang, le bon voisinage, la bienfaisance envers les orphelins, les indigents, le voyageur de passage et la compassion envers l'esclave. Ils interdisent la vanité, l'injustice et de traiter autrui avec arrogance à bon droit ou non. Ils ordonnent les vertus morales éminentes et interdisent les mauvaises moeurs.

 

   Tout ce qu'ils affirment ou font procède de leur conformité au Livre et à la Sunna. Leur voie est celle de la religion de l'Islam avec laquelle Dieu a envoyé Muhammad -paix et bénédiction de Dieu sur lui. Mais ce dernier a averti sa communauté qu'elle allait se diviser en 73 groupes [firqa], lesquels seraient tous voués au Feu à l'exclusion d'un seul, celui du consensus (...)

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