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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 13:02
null   Nous le savons bien sur ce blog, il n'a pas fallu attendre aujourd'hui pour que les musulmans de France réagissent et condamnent cette absurdité sanglante du califat auto-proclamé au Moyen-Orient. La difficulté, cependant, demeure celle d'un Islam de France en construction, avec un CFCM créé artificiellement par l'Etat français au lieu d'être construit par les musulmans de France eux-mêmes : les condamnations étaient dispersées, peu médiatisées... C'est pourquoi le texte suivant, présenté hier lors d'une conférence de presse, est particulièrement important : tout autant qu'un message de soutien aux chrétiens persécutés en Orient, c'est aussi un pas en avant vers une parole musulmane française, un jour plus unitaire, et ainsi plus audible au niveau national.

   "Les signataires de l'Appel de Paris se sont retrouvés en ce moment particulier de l'histoire de l'humanité où le monde assiste à une flambée inégalée d'extrémisme et de violence au Moyen-Orient instrumentalisant l'Islam comme étendard.
   Des barbares sont en train de perpétrer les pires crimes contre l'humanité et menacent actuellement les populations mais aussi la stabilité et la paix entre les peuples de toute la région.
   Les signataires dénoncent sans ambigûité les actes terroristes qui constituent des crimes contre l'humanité et déclarent solennellement que ces groupes, leurs soutiens et leurs recrues ne peuvent se prévaloir de l'Islam. Ces agissements d'un autre âge, tout comme les appels inconsidérés au djihad et les campagnes d'endoctrinement des jeunes ne sont fidèles ni aux enseignements ni aux valeurs de l'Islam.
   Les signataires prennent à témoin la communauté musulmane pour demander à tous les responsables politiques de redoubler de vigilance face aux menées subversives qui ciblent les jeunes musulmans d'Europe, particulièrement les plus fragiles d'entre eux.
   Les signataires tiennent à réaffirmer leur soutien aux frères Chrétiens d'Orient, pour la plupart arabes, ainsi que pour toutes les autres minorités de la région, qui sont victimes actuellement d'une grave campagne destructrice menée par ces groupes terroristes menaçant leur existence même.
    Ils affirment sans ambigüité le droit inaliénable de leurs frères Chrétiens d'Orient, une des plus anciennes composantes de cette région, à rester et vivre sur leur terre dans la dignité et la sécurité et pratiquer leur foi en toute liberté, comme cela a toujours été. Cette Terre Sainte, berceau de civilisation, où les trois religions monothéistes ont coexisté depuisdes siècles. Il y va de l'avenir de la région.
    Comment imaginer un Moyen-Orient amputé d'une partie de son identité qui a contribué à son épanouissement civilisationnel ? C'est pourquoi les signataires appellent à la prise de conscience du drame vécu actuellement par les Chrétiens d'Orient.
Les engagements
   La Mosquée de Paris et la Coordination "Chrétiens d'Orient en Danger" (CHREDO) s'engagent à oeuvrer conjointement pour alerter la communauté internationale sur ce drame. Des actions concertées seront mises en oeuvre pour rappeler la solidarité et la convivialité millénaire entre Chrétiens et Musulmans.
   Les participants s'engagent à adopter et à diffuser ce texte fondateur qu'est l'Appel de Paris, et à lui donner le retentissement national et international, notamment en France, en Europe et en Orient, auprès des responsables religieux et des populations concernées.
   Des prières seront dites le vendredi 12 septembre dans toutes les mosquées de France et d'Europe à la mémoire de nos frères Chrétiens d'Orient victimes de l'intolérance et de la barbarie. Une délégation de la CHREDO sera accueillie symboliquement après le prêche du vendredi à la Mosquée de Paris pour témoigner de cette solidarité.
   De même, une conférence internationale organisée par la Grande Mosquée de Paris et la CHREDO aura lieu avant la fin de l'année regroupant tous ceux, en Orient et en Europe, religieux et laïcs, gouvernements et organisations internationales, qui partagent ces valeurs de compassion et de convergence humaniste pôur se conclure par un appel solennel en solidarité avec les Chrétiens d'Orient et les autres minorités qui dressera la voie à suivre pour atteindre les objectifs fixés.
   La CHREDO est invitée à prendre part à la prochaine Grande Fête (Aïd al Ad'ha) avec les fidèles musulmans, prévue le 5 octobre à la Mosquée de Paris.
   Un groupe de travail commun sera constitué entre les participants et les signataires qui veilleront à la coordination des actions prévues et décidera de la suite des actions"
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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 10:06
null   "La répétition du mot «persécution» dans certains milieux (pour désigner habituellement uniquement les souffrances endurées par les chrétiens aux mains de criminels qui se déclarent musulmans), sert aux extrémistes, chez nous comme à l’étranger, dont le but est de semer la haine et les préjugés, et de monter les peuples et les religions les uns contre les autres" : ainsi s'exprimait en avril l'assemblée des Ordinaires Catholiques de Terre Sainte. Alors que le calvaire de l'Irak se poursuit, l''extrême-droite française leur donne encore raison : "Pourquoi ne parle-t-on jamais des millions de chrétiens déplacés, torturés et assassinés par des islamistes en Syrie, en Irak, au Liban et encore ailleurs en terre d’islam ? Pour ne pas «heurter» la «sensibilité» des musulmans d’Europe ?" peut-on ainsi lire cette semaine sur un site de la fachosphère.

   Sauf que voilà : "on" en parle. Certes, pas vraiment au niveau de la classe politique française, loin de prendre ce sujet au sérieux. Mais, n'en déplaisent à nos islamophobes de service, les organisations musulmanes francaises en parlent - d'autres musulmans, tels l'OCI ou Tariq Ramadan, en parlent aussi au niveau international, mais c'est sur les nombreuses réactions françaises que nous nous focaliserons ici.

   Ainsi, le 24 juillet, Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon, et Laid Abdelkader Bendidi, président du CRCM Rhône-Alpes, publiaient un long message dont voici quelques extraits : "Tout crime de la terreur est une agression contre l’humanité entière. Au sein de nos Institutions, nous avons toujours appelé à agir et à défendre, partout dans le monde, les droits de tous lorsqu’ils sont violés, menacés ou niés, notamment la liberté religieuse qui ne peut pas être une question d’ordre théologique car elle est strictement relative à la dignité fondamentale de chaque être humain, indépendamment de sa croyance (...) Nous considérons que l’islam garantit la liberté de culte et interdit les agressions contre tous les lieux de culte au Moyen-Orient ou ailleurs. Que la protection des lieux de culte de tous les enfants des religions monothéistes est à fois une mission et un devoir pour tous. En tant que musulmans, nous y sommes foncièrement attachés. En tant que citoyens de la République française, libres de nous exprimer sans crainte, libres de pratiquer notre religion, libres de défendre les causes justes sans requérir l’aval de quiconque, libres de choisir et défendre nos opinions, libres de nous élever contre la notion pernicieuse selon laquelle la dignité humaine peut-être découpée, compartimentée, marchandée ou compromise, nous dénonçons avec force les violations des droits de toutes les minorités dans le monde, notamment de celles qui sont menacées ou brutalisées au Moyen-Orient. Ainsi nous considérons que la situation faite aux chrétiens d’Orient, telle que rapportée dans les médias, est inacceptable et condamnable, sévèrement et sans équivoque. La fraternité spirituelle et le dialogue interreligieux doivent être défendus et encouragés dans un esprit de vérité, de sincérité et de respect mutuel pour ne pas être simplement des «artifices d’une communication médiatique et hypocrite» pour promouvoir réellement les gestes d'une solidarité concrète entre tous ceux qui se réclament et souscrivent aux «principes , droits et obligations énoncés dans les chartes et conventions respectives des organisations internationales» et réaffirment leur attachement aux droits de l’homme,tels qu’ils sont définis dans la charte de l’ONU (...) Nous réaffirmons aussi toute notre solidarité, à nos frères chrétiens d’Orient qui se sentent, menacés ou empêchés de pratiquer librement leur culte, au nom de l’alliance que notre Prophète Mohammed (SWS) a constitué, à son époque, avec leurs aïeux"

   Le 25 juillet, c'est l'UOIF qui publiait le communiqué suivant : "Depuis quelques semaines, le groupe qui se proclame «Etat Islamique en Irak et au levant», déporte et menace de tuer, à Mossoul, arbitrairement des milliers de familles chrétiennes. L’Union des Organisations Islamiques de France condamne fermement ces agissements commis au nom de l’Islam. Ces comportements contredisent les enseignements et les valeurs que l’Islam porte et ne reflète en aucun cas les musulmans dans leur globalité. Les chrétiens d’Irak doivent pouvoir vivre librement dans leur pays. Rien ni personne ne peut prétendre leur retirer ce droit. L’UOIF assure son soutien à la communauté chrétienne et rappelle que ces situations dramatiques, mettent en danger le travail de cohésion et de paix dans le monde"

   Le 28 juillet, Anouar Kbibech, président du RMF, signait cette déclaration :"Le «Rassemblement des Musulmans de France» (RMF) a appris avec la plus grande consternation les exactions dont sont l’objet les Chrétiens d’Irak, notamment à Mossoul, sous l’emprise du prétendu «Etat Islamique» auto-proclamé en Irak. Le RMF condamne avec la plus grande vigueur ces actes de persécution visant des citoyens irakiens du simple fait de leur croyance religieuse. Le RMF s’associe pleinement à l’émotion suscitée en France par ces agissements insupportables. Le RMF rappelle que l’Islam, religion de paix, de respect et d’ouverture, est profondément attaché à la liberté religieuse comme le stipule le verset coranique «nulle contrainte en religion». A ce titre, les minorités religieuses, notamment chrétiennes et juives, ont toujours vécues en parfaite symbiose avec les populations musulmanes. Face aux défis des fanatismes et des extrémismes de tous bords, les croyants et les humanistes de toutes les cultures et de toutes les religions doivent se mobiliser pour rapprocher les communautés et les peuples. Il s’agit de bâtir des «ponts» là où certains voudraient construire des «murs». Aussi, de la même manière que nous tenons à affirmer que les Musulmans de France sont chez eux en France, nous affirmons avec autant de force que les Chrétiens d’Orient sont également chez eux en Orient, dans les pays musulmans dont ils font partie depuis deux millénaires. Le RMF appelle la communauté internationale à agir rapidement pour arrêter cette recrudescence de la violence en Irak. Une violence qui n’épargne plus aucune communauté ethnique ou religieuse de la population irakienne et qui s’attaque même aux monuments historiques qui font partie du patrimoine de l’humanité. Le RMF appelle les musulmans de France à associer le peuple irakien dans leurs prières pour que ce peuple retrouve une vie sereine et paisible, dans le respect de la diversité et des croyances religieuses de chacun"

   Le 1er août, Mohamed Moussaoui, président de l'UMF, publiait ce communiqué : "L’Union des Mosquées de France a pris connaissance du témoignage de la délégation de la Conférence des Evêques de France (CEF) composée du Cardinal Philippe Barbarin Mgr Michel Dubost et Mgr Pascal Gollnisch, de retour ce 1er août d’une visite aux chrétiens d’Irak victimes d’injustices et d’exactions. L’UMF condamne fermement ces injustices qui frappent cette communauté de foi et tient à saluer l’expression digne de la délégation de la CEF dans son témoignage et lui exprimer son soutien et sa solidarité. L’UMF tient à rappeler que ceux qui persécutent ces femmes et ces hommes en raison de leur foi et de leur conviction portent une lourde responsabilité devant Dieu et devant les Hommes. L’UMF appelle la communauté internationale, notamment les Etats membres de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), à tout mettre en œuvre afin que les chrétiens d’Orient puissent vivre leur foi dans la dignité et en toute liberté"

   Le 3 août, Ahmed Miktar, prédisent de l'association "Imams de France", publie ceci : "L’association «Les Imams de France», partenaire du dialogue interreligieux partout en France a construit, depuis sa naissance, des passerelles permettant le vivre ensemble entre musulmans et non-musulmans, citoyens de France... Le dialogue islamo-chrétien a permis, jusqu’à aujourd’hui, l’entre-connaissance, l’échange et le respect mutuel entre la communauté chrétienne et musulmane. L’aspect fondamental réside dans le fait de se soutenir mutuellement face aux difficultés et épreuves qui touchent chacune des deux composantes de notre société et de notre monde. Malheureusement, depuis quelques semaines, les chrétiens d’Irak (Mossoul) sont déportés, menacés et pillés par un groupuscule sectaire qui terrorise la population civile en Irak comme en Syrie. L’association «Les Imams de France» condamne fermement ces agissements commis contre les chrétiens de Mossoul et rappelle qu’ils sont condamnés par tous les Oulémas du monde musulman avec, à leur tête, «L’union mondiale des savants de l’Islam». Ce qui arrive aux chrétiens de Mossoul fait partie d’une longue liste d’exactions inhumaines commises à l’encontre des populations civiles en Syrie, en Palestine et en Irak. Les chrétiens et plus généralement, au Moyen Orient, sont des citoyens à part entière et doivent pouvoir vivre librement dans leur pays sans qu’aucune idéologie ni personne n’aient le droit de les dénaturaliser. L’association «Les Imams de France» assure tout son soutien à la composante chrétienne de notre pays, et rappelle que ces drames ne doivent pas remettre en cause la paix et le vivre ensemble que nous avons construits avec la volonté qu’ils soient durables"

   Citons enfin ce texte de la Fédération Musulmane de Gironde paru hier : "Il n’est pas plus pénible pour des croyants musulmans que nous sommes que de voir la barbarie et la sauvagerie pratiquées au nom de notre religion. Nous sommes d’autant plus indignés et choqués que ces crimes sont perpétrés contre les chrétiens d’Orient qui sont des adeptes d’une religion monothéiste pacifique qui occupe théologiquement une place particulière en islam à travers la personne de Jésus, la figure de la Sainte Vierge Marie et les enseignements de l’Evangile : l’amour, le pardon... Il s’agit particulièrement des chrétiens irakiens de Mossoul qui subissent une humiliation insupportable par une faction religieuse musulmane intégriste qui s’est autoproclamée «Etat Islamique en Irak et au Levant». Ce groupe de mercenaires, qui a surgi d’un autre âge et d’un autre monde qui n’existe plus, a déclaré la restauration du califat : un système politico-religieux qui appartient désormais à une histoire musulmane résiliée. Devant cette horreur, on ne peut s’empêcher de penser que ce mouvement de terreur tenu au nom l’islam ne fait que participer d’un processus géopolitique plus vaste, celui d’une reconfiguration politico-ethnico-religieuse de la région au service d’une nouvelle redistribution des pouvoirs et des richesses où la religion musulmane n’est qu’un élément de mobilisation. Rappelons ici que par le passé les communautés chrétiennes d’Orient ont toujours contribué politiquement, intellectuellement, économiquement.. à l’essor de la civilisation arabo-musulmane. Elles ont fait partie de l’Oumma musulmane depuis sa naissance. Certes, il y avait des périodes de tensions mais jamais elles n’ont atteint l’aberration terrifiante à laquelle nous assistons aujourd’hui à travers les agissement ignares et inhumaines de ces obscurantistes musulmans qui n’épargnent même pas leur coreligionnaires qui ne partagent pas avec eux la même lecture et la même pratique religieuses, autistes et obtuses. Nous exprimons sincèrement toute notre compassion, notre soutien et nos prières pour que cesse ce calvaire que vivent ces chrétiens. Nous appelons en même temps notre gouvernement français à rester fidèle au rôle que la France a toujours joué et assumé dans le monde, en défendant les droits de l’homme sans relâche, et intervenir le plus rapidement et le plus efficacement possible pour mettre fin à cette injustice. Quant à l’idée proposée de leur offrir massivement un droit d’asile en France, elle serait à nos yeux une mauvaise solution. Ce serait alors donner raison et victoire à ces fanatiques qui sont en train de détruire le peu de ponts qui restent encore entre les religions et les civilisations. Cela priverait le monde arabo-musulman d’une richesse humaine inestimable et éliminerait une chance pour la paix à travers le rôle important que ces communautés chrétiennes pourraient jouer dans les rapports Orient-Occident, au même titre que pourrait l’être parallèlement la présence musulmane en Occident"

   L'extrême-droite trouvera bien sûr toujours à redire face à cette unanimité. Ne pouvant dénoncer à son habitude un hypothétique "lourd silence" des musulmans qui ne condamneraient pas leurs extrémistes, elle se rabattra à son habitude sur l'accusation d'hypocrisie/taqîya... De notre côté, privilégions la position à laquelle nous appelaient les catholiques de Terre Sainte en avril dernier : "Ensemble, nous devons unir nos voix à tous ceux qui rêvent comme nous d’une société dans laquelle musulmans, chrétiens et juifs seront citoyens égaux, vivant côte à côte, et construisant ensemble une société dans laquelle les nouvelles générations pourront vivre et prospérer"

   Cette lutte commune est une lutte de tous, pour tous. Car "au nom de la vérité, nous devons souligner que les chrétiens ne sont pas les seules victimes de cette violence et de cette sauvagerie" ; ce que rappelait Mgr Gollnisch, interviewé à son retour d'Irak : "Ce voyage permet aussi de remettre les pendules à l’heure : non, ce n’est pas un combat des musulmans contre les chrétiens. C’est bien plus complexe. Le dernier attentat qui ait visé les chrétiens, avant la prise de Mossoul, c’est en 2010 dans la cathédrale de Bagdad : mais depuis, il n’y a pas eu d’attentat contre eux. En revanche, il y a une bombe par semaine dans les mosquées" ; c'est ce que nous rappelle tragiquement la représentante des yézidis irakiens lorsqu'elle déclare, au bord des larmes : "Nous sommes en train d’être massacrés. Notre religion est en train d’être effacée de la surface de la Terre, je vous en supplie, au nom de l’humanité"
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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 12:55
null   Avril 2013 : plus de 400 personnes meurent dans l'effondrement d'une usine textile au Bangladesh. Après avoir prié pour les victimes lors de l'Angelus, le pape François va revenir sur le sujet lors de son homélie quotidienne à la maison Ste Marthe  : "Le titre qui m'a vraiment frappé le jour de la tragédie du Bangladesh était : Vivre avec 38 euros par mois. C'est ce qu'étaient payés tous ces gens qui sont morts. C'est ce qu'on appelle du travail d'esclave (...) Combien de frères et de sœurs dans le monde sont dans cette situation à cause de ces comportements économiques, sociaux, politiques ! (...) Les personnes sont moins importantes que les choses qui rapportent du profit à ceux qui ont le pouvoir politique, social, économique !"
   L'esclavage est un sujet que le pape actuel avait déjà à coeur en tant qu'archevêque de Buenos Aires - époque où il luttait contre les ateliers clandestins et réseaux de prostitution. Devenu pape, il a convoqué en novembre dernier une réunion d'expert sur le sujet. Et, cette semaine, c'est une nouvelle étape qui est franchie. Une étape historique, car placée sous le signe de la coopération universelle. Qu'on en juge : la déclaration commune suivante (originellement écrite en anglais) vient d'être co-signée par le Vatican, l'Eglise Anglicane et l'Université d'Al-Azhar ! Soutenue par la Walk Free Fondation, l'initiative n'a pas seulement vocation à réunir catholiques, anglicans et sunnites dans une lutte commune : l'appel à rejoindre le Global Freedom Network nouvellement créé est lancé à toute personne de bonne volonté, et tous les leaders mondiaux peuvent devenir co-signataires.
 
   "L'esclavage moderne et la traite des personnes sont des crimes contre l'humanité.
   L'exploitation physique, économique et sexuelle des hommes, des femmes et des enfants condamne 30 millions de personnes à la déshumanisation et à la dégradation. Chaque jour où nous laissons libre cours à cette situation tragique est une atteinte grave à notre humanité commune et un affront honteux à la conscience de tous les peuples.
   L'indifférence envers ceux qui souffrent d'exploitation doit cesser. Nous appelons les gens de foi et leurs dirigeants, les gouvernements et les personnes de bonne volonté à se joindre au mouvement contre l'esclavage moderne et la traite des personnes, et à soutenir le Global Freedom Network.
   Il n'y a qu'en mobilisant, partout dans le monde, les idéaux de la foi et des valeurs humaines partagées que nous pourrons rassembler la puissance spirituelle, l'effort commun et la vision libératrice nous permettant d'éradiquer
de notre monde, à jamais, l'esclavage moderne et la traite des personnes. Ce mal est d'origine humaine et peut être surmonté par la volonté et l'effort humain inspirés par la foi.
   Nous saluons tous ceux qui sont déjà engagés dans cette lutte, et espérons avec ferveur que ce nouveau projet encouragera à poursuivre leur engagement en vue de libérer les plus opprimés de nos frères et sœurs.
   Malgré le dévouement de tant de personnes dans de nombreux pays, l'esclavage moderne et la traite des personnes se développent toujours. Les victimes sont cachées : dans les lieux de prostitution, dans les usines et les fermes, sur les bateaux de pêche et les établissements illégaux, dans des maisons privées, derrière les portes verrouillées, et dans une multitude d'autres endroits, dans les villes, villages et bidonvilles des nations du monde, les plus riches comme les plus pauvres.
   Le Global Freedom Network utilisera les instruments de la foi - la prière, le jeûne et l'aumône. Il y aura une journée mondiale de prière pour les victimes et pour leur liberté. Chaque croyant et chaque humain de bonne volonté sera invité à participer à la réflexion et l'action. Des réseaux de prière spécifiques seront créés dans toutes les régions du monde.
   En vertu de cet accord, toutes les parties s'engagent à explorer toutes les voies possibles pour galvaniser l'action mondiale afin d'éradiquer l'esclavage moderne et le trafic humain. Pour la première année, des plans d'action vont être développés pour pousser :
- toutes les religions mondiales à contrôler que soient exempts d'esclavage moderne leurs chaînes d'approvisionnement et de financement, et à prendre des mesures correctives si nécessaire ;
- toutes les religions mondiales à mobiliser leurs mouvements de jeunes pour soutenir les programmes d'éradication de l'esclavage moderne et de la traite des personnes ;
- les familles, les écoles, les universités, les congrégations et les institutions à informer sur la nature de l'esclavage moderne et du trafic humain, sur la façon de le signaler et sur la nocivité d'attitudes sociales négatives, de préjugés et de systèmes sociaux qui alimentent l'esclavage moderne et la traite des personnes ;
- les chefs de gouvernement
à contrôler que soient exempts d'esclavage moderne les chaînes d'approvisionnement du secteur public ;
- 50 grandes entreprises multinationales dont les responsables sont des gens de foi ou de bonne volonté
à rendre exempts d'esclavage moderne leurs chaînes d'approvisionnement ;
- 162 gouvernements à approuver publiquement la création du Fond mondial contre l'Esclavage, avec l'approbation publique de 30 chefs d'Etat fin 2014 ;
- le G20 à condamner l'esclavage moderne et la traite des personnes, à adopter une initiative contre l'esclavage et la traite des personnes et à soutenir le Fond mondial susmentionné ;
   La Déclaration conjointe conclut :
   Notre monde doit être libéré de ces terribles maux et crimes contre l'humanité. Les mains et les coeurs doivent tous s'unir pour apporter cette liberté à tous ceux qui sont pris au piège et qui souffrent. Cet accord est un commencement et une promesse -
les victimes de l'esclavage moderne et de la traite des personnes ne seront pas oubliées ou ignorées : tout le monde saura leur histoire. Nous allons marcher avec eux vers la liberté. 

   Le protocole d'accord définit l'esclavage moderne et le trafic humain comme un terme générique se référant à l'élimination systématique de la liberté d'un individu. Elle englobe les types d'esclavage moderne suivants, tels que définis par les instruments internationaux :
- la traite des êtres humains, y compris la prostitution forcée (Protocole de Palerme de 2000, Convention Européenne sur la Traite) ;
- l'esclavage (Convention relative à l'esclavage de 1926 et Convention complémentaire relative à l'esclavage de 1956) ;
- le travail forcé (Convention ILO sur le travail forcé de 1930 et Convention sur l'abolition du travail forcé) ;
- les enfants dans les conflits armés (Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés) ;
- la prostitution des enfants (Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant concernant la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants) ;
- les pires formes de travail des enfants (Convention relative aux droits de l'enfant et  Convention sur l'Interdiction et l'Action immédiate pour l'élimination des pires formes de travail des enfants) ;
- la servitude pour dettes et le mariage forcé (Convention complémentaire relative à l'esclavage supplémentaire de 1956) ;
- toute autre forme d'esclavage moderne et de traite des personnes que le Conseil estime devoir être inclue dans la vision et les objectifs du présent protocole d'accord"
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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 15:10
null   Nous avons encore récemment relayé sur ce blog le communiqué rédigé à la fin du 3e forum islamo-chrétien, à Lyon. Aujourd'hui, toujours émanant de l'antique capitale des Gaulles, voici un appel interreligieux diffusé à la fin de la récente rencontre Concorde & Solidarité - qui réunit depuis 2002 les responsables religieux de Lyon autour du maire de la ville :
 
   "Quand nous entendons crier dans les rues « Juifs : hors de France ! », nous, responsables religieux de Lyon, nous souffrons tous avec nos frères juifs.
   Quand nous voyons des églises profanées, nous souffrons tous avec nos frères chrétiens.
   Quand nous savons des hommes et des femmes discriminés ou agressés parce que musulmans, nous souffrons tous avec nos frères musulmans.
   Quand un enfant est insulté, moqué ou agressé parce qu’il porte une kippa, une croix, un voile, nous sommes tous blessés.
   Quand l’effigie de Marianne s’inspire du visage d’une personne dont le message se résume à la lutte contre les religions, nous sommes tous peinés.
   Quand un élu ou un représentant de la République veut confiner la dimension spirituelle à la sphère privée, nous pensons qu’il prive la société d’une de ses dimensions essentielles.
   Nous reconnaissons les bienfaits de la laïcité telle que la définit la République, lorsqu’elle assure effectivement la liberté de croire ou ne pas croire et de pratiquer sa religion dans le respect de chacun, lorsqu’elle donne aux croyants la liberté de partager leurs opinions, comme tous les autres citoyens.
   A tous, nous voulons souhaiter la paix en prônant l’amour du prochain. Pour chacun, nous nous engageons à défendre la liberté de conscience. Pour vivre ensemble, nous demandons le respect et appelons chaque membre de nos communautés à l’exemplarité.
   Ensemble, nous voulons redire simplement que le paysage est moins beau lorsqu’on ne voit plus le ciel.

 Signataires :
-
Philippe BARBARIN Cardinal Archevêque de Lyon
- Monsieur Laid BENDIDI président du Conseil Régional du Culte Musulman
- Monsieur Keith BURRELL Eglise anglicane
- Père EKLEMANDOS Eglise copte orthodoxe
- Père Garabed HARUTYUNYAN Eglise apostolique arménienne
- Père Nicolas KAKAVELAKIS Eglise Orthodoxe
- Monsieur Kamel KABTANE Recteur de la Grande Mosquée de Lyon
- Monsieur Joël ROCHAT Président de l’Eglise protestante unie de Lyon
- Monsieur Richard WERTENSCHLAG Grand Rabbin Régional
- Pasteur John WILSON Eglise évangélique baptiste"
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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 00:01
null   Dans son premier message Urbi et Orbi de Noël, le pape François a prié pour la paix dans de nombreux pays déchiré. Parmi ceux-ci, la République Centrafricaine, "souvent oubliée des hommes", "déchirée par une spirale de violence et de misère, où beaucoup de personnes sont sans maison, sans eau ni nourriture, sans le minimum pour vivre". Aujourd'hui, Jour de l'An, mais aussi, comme nous avons déjà pu le voir sur ce blog, Journée Mondiale pour la Paix pour tous les catholiques, le pape François est revenu sur ces conflits : "Nombreux sont les conflits qui se poursuivent dans l’indifférence générale. Á tous ceux qui vivent sur des terres où les armes imposent terreur et destructions, j’assure ma proximité personnelle et celle de toute l’Eglise (...) Pour cette raison, je désire adresser un appel fort à tous ceux qui, par les armes, sèment la violence et la mort : redécouvrez votre frère en celui qu’aujourd’hui vous considérez seulement comme un ennemi à abattre, et arrêtez votre main ! Renoncez à la voie des armes et allez à la rencontre de l’autre par le dialogue, le pardon, et la réconciliation, pour reconstruire la justice, la confiance et l’espérance autour de vous !"
   Pour nous joindre à cette prière du pape, et selon la ligne éditoriale de la rubrique "Parole Commune" de ce blog cherchant à mettre en valeur les prises de positions communes aux musulmans et chrétiens, relisons cette tribune initialement postée sur le site du Monde et co-signée par l'archevêque de Bangui et le représentant des musulmans de Centrafrique, qui tous deux n'ont cessé d'appeler à la paix :
 
   "Alors que nous sommes en pleines fêtes de fin d’année, notre pays, la République centrafricaine (RCA) reste au bord d’une guerre aux aspects religieux. Plus de deux millions de personnes, soit près de la moitié de la population du pays, ont désespérément besoin d’aide. A l’heure où nous écrivons, près de 40 000 personnes sont entassées dans l’enceinte de l’aéroport de Bangui, la capitale, sans abri ni toilettes. Des centaines de personnes ont été tuées, certains d’entre elles sont des patients qu’on a fait sortir de force des hôpitaux pour les exécuter. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est dit «gravement préoccupé par le danger imminent d’atrocités de masse». Nous craignons que faute d’une réponse internationale plus importante, notre pays ne soit condamné aux ténèbres.
   En tant que principaux dirigeants religieux des communautés chrétienne et musulmane de notre pays, nous avons conscience qu’il nous incombe de montrer un chemin loin des violences communautaires. Certains de nos confrères, qu’ils soient prêtres ou imams, ont payé le prix ultime pour assumer cette responsabilité, et nous craignons que le pire ne reste encore à venir.
   C’est en mars 2013 que les violences ont éclaté, lorsque la Séléka, une coalition de groupes armés peu structurée et composée majoritairement de musulmans, s’est emparée du pouvoir après un coup d’Etat. La Séléka a pillé et tué, déclenchant des attaques de représailles par des groupes d’autodéfense civile, chrétiens pour la plupart. Lorsque les troupes françaises sont arrivées pour tenter de rétablir la sécurité et désarmer tous les groupes armés, l’ancienne milice Séléka s’est mise à fuir vers le Nord, ses membres se déguisant en civils. Il existe aujourd’hui un danger d’effroyables représailles contre des musulmans qui se retrouvent dans une situation précaire et sont susceptibles d’être visés par des actes de vengeance.
   En réponse à cette crise, nous avons créé une plate-forme interconfessionnelle dont l’objectif est d’apaiser les tensions et empêcher l’aggravation des divisions et du chaos. Ce conflit n’est pas en soi un conflit entre musulmans et chrétiens, c’est une crise humanitaire grave provoquée par une instabilité politique et militaire chronique. Mais, si rien n’est fait, la crise pourrait enclencher sa propre dynamique irrépressible et dangereuse.
   Nous nous sommes rendus aux quatre coins du pays pour transmettre aux Centrafricains un message de paix et de réconciliation qui leur offre une vision alternative au carnage. Lors de nos déplacements, qui n’ont été possibles que grâce à la protection de soldats africains, nous avons été témoins de la peur omniprésente que ressent tout un chacun. On retrouve chaque jour des corps sans vie le long des routes. Nous avons rencontré des personnes si pressées de fuir qu’elles ne pouvaient même pas enterrer leurs enfants.
   Si les forces françaises et africaines ont donné à notre pays la possibilité d’amorcer un nouveau départ, les progrès réalisés sont fragiles, et les troupes ne sauraient porter ce fardeau à elles seules. En autorisant le déploiement de troupes supplémentaires en RCA, la résolution du Conseil de sécurité a redonné espoir. Cependant, seule une force onusienne de maintien de la paix disposera des ressources nécessaires pour protéger nos civils de manière satisfaisante. L’ONU devrait de toute urgence convenir d’envoyer sur place une telle force.
   Lors de nos rencontres avec le président François Hollande, son ministre des affaires étrangères Laurent Fabius et l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, nous avons expliqué que la sécurité que conférerait une force de maintien de la paix onusienne permettrait de sauvegarder l’avenir du pays. Grâce à l’aide des casques bleus de l’ONU pour sécuriser nos routes et nos habitations, l’acheminement d’une aide et de vaccins éliminerait le sentiment de peur en le remplaçant par un espoir, et s’avérerait un véritable dividende de la paix propre à unir notre peuple. Un engagement de l’ONU à l’égard de notre pays permettra de nous concentrer sur le rétablissement d’une coexistence entre nos communautés. La réconciliation et la paix sont possibles.
   Nous sommes tous les deux nés dans un climat de tolérance. Nous avons toujours eu pour habitude de célébrer et de respecter les différentes religions. Noël et le ramadan sont des jours fériés. Il nous faut reconstruire aussi bien notre pays que notre tissu social, et nous comptons sur l’ONU pour nous en donner la possibilité.
   La paix n’a pas de prix. Nous espérons que la communauté internationale nous aidera à l’obtenir.
Mgr Dieudonné Nzapalainga,
archevêque de Bangui
Imam Omar Kobine Layama,
président de la communauté islamique de RCA"
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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 06:57
null   Ce week-end, à Lyon, s'est tenu le 3e forum islamo-chrétien, qui se veut depuis l'origine "espace de liberté, d’échanges et de réflexion entre responsables chrétiens (catholiques et protestants) et musulmans pour se confronter à la réalité de la société française". Dès la première année, ils travaillèrent sur "le mariage, les aumôneries dans l’armée, les hôpitaux et les prisons, la laïcité, la place du spirituel dans notre société"La deuxièmpe année, ils relevaient un certain nombre de défis à relever : "le défi de l’interprétation de nos Ecritures et d’une lecture commune pour nous ouvrir à l’autre et au sens qu’il donne à ses propres textes spirituels ; le défi spirituel où notre être intérieur sera vivifié par une écoute en vérité et un dialogue constructif avec l’autre ; le défi de la formation des responsables religieux et des acteurs de la vie publique et sociale dans un contexte de laïcité ; le défi politique pour qu’une éducation à la citoyenneté permette à chacun d’être également respecté et de vivre pleinement toutes les dimensions de la vie humaine dans les différents champs de la vie sociale"
   Cette année, les membres de cette assemblée ont rédigé une lettre ouverte en direction des jeunes. La voici, avec la liste de ses signataires
:      
 
   "Régulièrement, représentants musulmans et chrétiens, nous nous rencontrons dans l’amitié et dans la vérité.
   Nous voulons d’abord affirmer notre chance et notre bonheur de vivre ensemble dans un pays marqué par la laïcité.
   Dans cette période de mutations, nous sommes conscients des difficultés que traversent la France et le monde, en particulier la crise économique et la paupérisation d’une grande partie de la population. De plus, nous constatons que se développent des propos radicaux, intégristes et haineux. Des violences, des atteintes graves au respect des personnes et aux symboles de nos valeurs républicaines et spirituelles se manifestent. Nous les dénonçons avec force.
   Nous faisons l’expérience que les rencontres interreligieuses nous enrichissent mutuellement et sont porteuses de fruits pour un meilleur vivre-ensemble dans une société pluriculturelle et multiconfessionnelle.
   Voilà pourquoi nous, responsables chrétiens et musulmans, hommes et femmes de dialogue, réunis à Lyon, du 29 novembre au 1er décembre 2013, il nous apparaît important de nous adresser à vous, les jeunes, porteurs d’amour et d’espérance.
   À vous, jeunes croyants en Dieu, nous disons : «Ne soyez pas naïfs ! Soyez vigilants ! Dans l’épreuve, restez en accord avec vos valeurs humaines et fidèles à votre foi ! Vous appuyant sur la fidélité de Dieu, soyez artisans de paix !»
   À vous, tous les jeunes, nous disons : «Soyez des citoyens responsables ! Exercez votre liberté de manière active et réfléchie ! Travaillez à tisser des liens dans le respect des valeurs qui fondent notre République»
   Hommes et femmes de toutes générations et de toutes cultures, promouvons ensemble une société où liberté, égalité et fraternité seront au service de cet humanisme qui lie spiritualité et raison, justice et solidarité.


 Signataires :
- Anouar KBIBECH, président du RMF et vice-président du CFCM
- Michel DUBOST, évêque d’Evry, Conseil pour les relations interreligieuses de la CEF
- Anne THÖNI, pasteur, Commission des relations avec l’islam de la FPF
- Cheikh Khaled BENTOUNES, Tariqa Alawiyya, président des Scouts musulmans de France
- Christophe ROUCOU, Service national pour les relations avec l'islam de la CEF
- Saïd Ali KOUSSAY, co-président musulman du GAIC, imam et aumônier musulman
- Jean-Marc AVELINE, directeur de l'Institut catholique de la Méditerranée
- Ahmed MIKTAR, imam, président de «Les Imams de France»
- Sœur Colette HAMZA, Institut catholique de la Méditerranée, adjointe du directeur du SRI
- Myriam BOUREGBA, Groupe d’amitié islamo-chrétienne (GAIC)
- Jean-François BOUR, délégué diocésain à Tours, adjoint du directeur du SRI
- Anne-Sophie VIVIER-MURESAN, enseignante à l’ISTR de l’Institut catholique de Paris
- Laïd Abdelkader BENDIDI, président du CRCM Rhône-Alpes
- Nicole FABRE, pasteur, Commission des relations avec l’islam de la FPF
- Bénaïssa CHANA, vice-président du CRCM Rhône-Alpes
- Samir ARBACHE, Université Catholique de Lille
- Kamel KABTANE, recteur de la mosquée de Lyon
- Bénédicte du CHAFFAUT, déléguée diocésaine pour les relations avec l'islam
- Azzedine GACI, recteur de la mosquée Othmane à Villeurbanne (Rhône)
- Vincent FEROLDI, délégué épiscopal aux relations avec les musulmans
- Haroun DERBAL, imam de la Mosquée Islâh, Marseille
- Christian DELORME, prêtre, Comité diocésain pour les relations avec les musulmans
- Abdessalem SOUIKI, imam à Marseille, Association « La Plume de la Vie »
- Rémi CAUCANAS, Institut Catholique de la Méditerranée
- Abdallah DLIOUAH, imam à Valence et enseignant
- Henry FAUTRAD, prêtre, délégué diocésain aux relations avec les musulmans, Le Mans
- Régine MAIRE, déléguée diocésaine à l’interreligieux, Lyon
- Louis-Pasteur FAYE, prêtre, délégué diocésain, Versailles
- Huê Trinh NGUYÊN, rédactrice en chef de Salamnews
- Marc BOTZUNG, spiritain, enseignant à l’ISTR de l’Institut catholique de Paris
- Djamel BEDRA, président de l’Association musulmane d’Istres, vice-président du CRCM–PACA
- Jean COURTAUDIERE, délégué diocésain pour les relations avec les musulmans, Saint-Denis
- Mustapha DALI, recteur de la mosquée Al Madina Al Mounawara à Cannes
- Pascal DAME, curé de paroisse, délégué diocésain à l’interreligieux, Lille
- Hafid SEKHRI, membre du groupe Abraham Lyon-Duchère
- Jacques PURPAN, prêtre, Comité diocésain pour les relations avec les musulmans, Lyon
- Nora ABDERRHAMANE, membre du groupe Abraham Lyon-Duchère
- Raphaël DEILLON, Père Blanc, Marseille
- Walid NASS, chef d’entreprise, membre du CFCM Rhône-Alpes
- Jean-Noël GINDRE, prêtre jésuite, Comité pour les relations avec les musulmans, Lyon
- Youcef ACHMAOUI, imam, professeur d'études islamiques à Saint-Denis
- Christophe Abd al-Qouddous Jibril GOURAUD, Institut des Hautes Etudes Islamiques
- Okba TELLI, étudiant
- Choaïb KORIBA, étudiant engagé dans le dialogue interreligieux, Valence
- Amina TOUATI, étudiante, Lyon
"
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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 23:00
null   Ecrivant sur l'euthanasie il y a bientôt deux ans, j'ai eu alors à me pencher sur le cas de la Belgique, où elle est légale. Il était alors déjà question d'étendre cette pratique aux mineurs, ce à quoi s'opposait par exemple l'association belge des praticiens de l'art infirmier. Aujourd'hui, alors qu'un rapport note là-bas "la nette augmentation des euthanasies pratiquées lorsque la mort du patient n’est pas prévue à brève échéance (doublement en 4 ans) ainsi que le nombre d’euthanasies pour des affections neuropsychiques", une loi est à l'étude pour étendre l'euthanasie aux mineurs "capables de discernement" et aux adultes atteints de trouble mentaux !
 
   S'unissant dans une parole commune sur ce sujet, les responsables religieux belges, juifs, chrétiens et musulmans, ont co-signés la déclaration suivante :    
 
   "Alors qu’au Parlement on se penche à nouveau sur un élargissement possible de la loi de 2002 dépénalisant l’euthanasie, nous voulons une fois encore faire entendre notre voix dans ce débat qui concerne toute la société, en tant que citoyens en nous appuyant sur des arguments philosophiques, et en tant que croyants héritiers de nos traditions religieuses respectives.
Nous marquons notre opposition à ces extensions et exprimons notre vive inquiétude face au risque de banalisation croissante d’une réalité aussi grave.
    Nous aussi, nous sommes contre la souffrance, tant physique que morale, en particulier celle des enfants, car toute souffrance révolte. Mais proposer que des mineurs puissent décider de leur propre euthanasie est une manière de fausser leur faculté de jugement et dès lors leur liberté.
   Proposer que des personnes démentes puissent être euthanasiées est un déni de leur dignité et les livre au jugement, voire à l’arbitraire,  des personnes qui prennent cette décision.
   Quant au corps médical et au personnel soignant, on fait pression sur eux à pratiquer un acte soi-disant médical.
   Au lieu de soutenir la personne souffrante en rassemblant autour d’elle  toutes les personnes  et les forces qui l’entourent, on risque précisément de diviser ces forces et dès lors d’isoler cette personne souffrante, de la culpabiliser et de la condamner à la mort.
   Le consentement prévu par la loi tend à devenir de plus en plus une réalité sans consistance. La liberté de conscience des personnes concernées risque de ne pas être sauvegardée.
   L’euthanasie des personnes fragiles, enfants ou personnes démentes, est une contradiction radicale de leur condition d’êtres humains. 
   Nous ne pouvons dès lors entrer dans une logique qui conduit à détruire les fondements de la société
.

 Signataires :
- Pasteur Steven Fuite, président de l’Église Protestante Unie de Belgique
- Rabbin Albert Guigui, Grand Rabbin de Bruxelles
- Chanoine Robert Innes, président du Comité Central de l’Église Anglicane en Belgique
- Monseigneur André-Joseph Léonard, président de la Conférence Épiscopale de Belgique
- Geert Lorein, président du Synode Fédéral des Églises Protestantes et Évangéliques de Belgique
- Métropolite Panteleimon Kontogiannis, Exarque du Patriarcat Œcuménique de Constantinople
- Semsettin Ugurlu, président de l’Exécutif des Musulmans de Belgique
"
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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 20:36
null   La semaine dernière, une délégation française interreligieuse est partie à la rencontre des réfugiés syriens en Jordanie et au Liban. Une illustration concrète de ce qu'évoquait le père Christophe Roucou interrogé à l'occasion des 40 ans du SRI : "D’abord, la solidarité, sans distinction de religion, depuis nos quartiers jusqu’aux peuples qui nous appellent à l’aide comme en Syrie"
 
    Voici leur déclaration commune, datée de ce jour :  
      
"1. Ensemble, responsables humanitaires et religieux, chrétiens et musulmans, vous avons voulu poser un geste de solidarité à l’égard du peuple syrien dans l’épreuve en allant, en Jordanie et au Liban, à la rencontre des réfugiés syriens et de ceux qui les accueillent. Une démarche pour tous les syriens, quelle que soit leur appartenance religieuse.
2. Nous saluons la solidarité des peuples jordaniens et libanais pour l’accueil des réfugiés syriens, un accueil qu’ils font à travers leurs organisations avec beaucoup de respect et de dignité. Que des nations peu peuplées accueille autant de réfugiés force notre admiration. Nos visites aux différents projets et surtout la rencontre des réfugiés nous ont beaucoup marqués.
3. Nous constatons que les besoins sont immenses et que, malgré une solidarité remarquable, la Jordanie et le Liban ne peuvent pas faire face seuls à ce défi.
4. Que ce soit en Jordanie ou au Liban, un effort considérable est fait pour l’accueil des réfugiés syriens. Cette visite nous a mis face à notre responsabilité à tous, en France et en Europe, pour mettre en œuvre tous les moyens possibles pour l’accueil des réfugiés syriens et pour travailler à l’instauration d’une paix juste et durable.
5. De retour en France, nous voulons être témoins ce que nous avons vu et entendu. Nous nous y sommes engagés auprès de ceux que nous avons visités.

Participants à la délégation en Jordanie et Liban:
- Mgr Marc STENGER, Evêque de Troyes
- Pax Christi France
- Œuvre d’Orient
- Secours Catholique-Caritas France
- Secours Islamique France
- Tareq Oubrou, Recteur de la grande mosquée de Bordeaux
- CCFD-Terre Solidaire
- SRI (Service des Relations avec l’Islam)
- Action Chrétienne en Orient
- Réseau Chrétiens de la Méditerranée
"        
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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 16:23
null   "La justice ne peut être sélective, elle se soucie du sort de tous et particulièrement des plus vulnérables"... Voici l'appel d'un musulman pour les minorités chrétiennes du Proche-Orient que n'aurait pas renié le pape émérite Benoît XVI, lui qui rappelait au président israélien, lors de sa visite de la Terre Sainte, que "le véritable intérêt d’une nation est toujours servi par la recherche de la justice pour tous"
 
   Ce musulman belge, Mohamed Ramousi, auteur d'un livre récent intitulé "La Citoyenneté : Clef d une contribution civilisationnelle des musulmans d'Europe", et qui avait déjà contribué a un texte condamnant le départ de jeunes musulmans pour la Syrie, vient de publier une tribune se souciant cette fois-ci du sort des chrétiens du Proche-Orient. Les islamophobes crieront selon leur habitude à la taqîya ; mais ce texte, reproduit ci-après, est une réponse à leur sempiternel refrain "pourquoi n'entend-on jamais de voix musulmane dénoncer..."
   Et puis, ne boudons pas notre plaisir de lire quelqu'un qui cite Ibn Khaldûn !
      
   "Lorsque l’état de crise est décrété, peu d’oreilles attentives entendent ce qu’endurent les minorités présentes dans les régions en conflit. Nous avons encore tous en tête l’épisode tragique des moines du monastère de Tibhirine en Algérie. Un massacre perpétré par un groupe dissident d’un parti politique déchu qui tenta de prendre le pouvoir d’un état à majorité musulmane dans les années 90. Une fois de plus, l’histoire se répètera-t-elle ?
   Aujourd’hui, alors que les forces en présence au Machrek, que ce soit en Syrie, en Égypte et peut-être même bientôt au Liban, sont à couteaux tirés. Les Droits de l’Homme sont plus que bafoués et nous restons sans nouvelles de citoyens et parmi eux des jésuites, évêques orthodoxes et bien d’autres.
   Force nous est de mentionner qu’il est plus que nécessaire que des voix musulmanes dénoncent aussi les violences infligées aux minorités chrétiennes innocentes et cela, sans compromission, aucune. La santé démocratique d’une société civile se jauge à travers le traitement de ses minorités, partenaires à part entière de la société. En tant que musulman d’Occident, je reste solidaire des chrétiens d’Orient dans cette situation difficile. La protection du citoyen et de sa liberté de conscience constitue le leitmotiv d’une société moderne et équitable. L’intellectuel musulman éclairé Ibn Khaldun disait que "la justice est la base de toute civilisation"
   Indéniablement, les retournements de situation favorisent l’hostilité et stimulent la polarisation. La situation chaotique généralisée présentant de manière biaisée ces sociétés comme uniquement musulmanes dans cette partie du monde ne doit pas nous faire oublier les églises incendiées, les écoles et l’orphelinat chrétiens dévastés. Cela est une réalité qu’il est important de condamner avec la même intensité car les lieux de culte et la vie humaine sont sacrés qu’importe leur religion d’appartenance. En effet, la justice ne peut être sélective, elle se soucie du sort de tous et particulièrement des plus vulnérables.
   Une gestion non violente est plus que nécessaire pour que ne s’embrasent ces tentations de violences au sein de la société civile. Aux prémices de l’islam déjà, l’accent était mis sur le sort des minorités chrétiennes en terre d’islam. Pour exemple, lorsqu’un copte sortit triomphant d’une course à cheval contre le fils de l’émir de l’Égypte de l’année 640. Furieux, ce dernier l’emprisonna mais le copte s’échappa de sa geôle et se rendit à la capitale du monde musulman de l’époque, Médine, où il présenta son cas au calife Omar. Ce dernier lui donna raison, sanctionna sévèrement le fils de l’émir et prononça cette formule notoire, entrée dans la culture du monde arabo-musulman : «Comment pouvez-vous avilir les hommes, alors que leurs mères les ont engendrés libres !» 
   Il n’existe pas de justification théologique ou tout simplement raisonnée valable pour cibler aussi injustement des citoyens sous prétexte de leur choix confessionnel, la justice est l’anse même de la tradition musulmane. Un verset coranique note sans aucune ambiguïté que «Dieu n'aime pas les injustes» (Coran III, 142) et la tradition prophétique nous enseigne que «Dieu s’est interdit l’injustice et vous l’a interdite». Chrétiens, musulmans ou autres, tous ont droit à la sécurité, à la justice et à l’émancipation selon leur choix de vie. C’est dans ces moments précis que la solidarité et une condamnation sans équivoque sont des plus précieuses"
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 14:00

null   Lundi 11 février, Benoît XVI a pris une décision historique en annonçant qu'il se retirait de sa charge. Nous avons largement eu l'occasion de lire ses interventions en direction des musulmans, que ce soit pendant avant la création de ce blog, ou par la suite, lors de ces voyages au Cameroun, en Jordanie, à Jérusalem, en Allemagne, au Liban... Contrairement aux attentes de certains, Benoît XVI a maintenu le cap du dialogue interreligieux, tout en en donnant sa vision, comme par exemple au Royaume-Uni ou au Bénin.

   Certains musulmans, tels Qaradawi, n'ont voulu retenir que la vague médiatique autour de son discours de Ratisbonne. Restés volontairement sourds depuis, ils tentaient encore récemment d'exciter les foules contre un texte dont ils ne savaient rien. Aussi est-ce à sa juste valeur que nous savourerons la dernière sortie de cette personnalité malheureusement si influente dans le monde musulman : "Maintenant, Dieu a voulu que nous reprenions le dialogue, après l'élection d'un nouveau pape" - le dialogue, dans leur bouche, a souvent d'étranges définitions... Mais nul doute que le Vatican, qui en a vu d'autre, agira avec le Qatar comme, récemment, avec l'Arabie Saoudite : "Un tel objectif doit toujours être accueilli avec faveur dans l’optique de la compréhension et de la convivialité pacifique entre les peuples, urgence fondamentale pour l’humanité d’aujourd’hui et de demain !" 

 

   Dans ce jeu politicien, l'Egypte n'est pas en reste, où Al-Azhar avait également rompu le dialogue avec le Vatican au nom des "offenses répétées du pape Benoît XVI à l’égard de l’islam" lorsque celui-ci, aux lendemain de l'attentat contre les coptes d'Alexandrie, avait simplement dit prier pour les victimes "de cette stratégie de violences, qui a pour objectif les chrétiens et qui a des conséquences sur toute la population"... Un mois après, on apprenait que l'attentat était visiblement une provocation orchestrée par un ministre de Moubarak ; mais c'est seulement aujourd'hui que la porte s'entrebaille, d'après ce communiqué officiel de l'instance sunnite, lu pour l'AFP par Mahmoud Azab : "Al-Azhar espère des relations amicales dominées par le respect mutuel et l'appréciation entre les deux parties, afin d'entamer un dialogue équivalent et efficace qui fournira la bonté et la paix à l'humanité et aux relations mutuelles (...) Al-Azhar a longtemps discuté des conditions du dialogue dans le cadre de nombreuses réunions et Al-Azhar espère encore dans le cadre de cette nouvelle atmosphère le retour des assises saines du dialogue, et dans ce cas il fera volontier le premier pas"

   Qu'il s'agisse de Qaradawi ou d'Al-Azhar, la question des relations avec le Vatican n'est qu'un mouvement stratégique parmi d'autres dans leur interminable partie d'échec visant à déterminer qui des deux a le plus d'influence sur le monde musulman... Loin de ces manoeuvres, tournons-nous vers le Council on American-Islamic Relations, signataire d'un texte qui fut l'un des gestes musulmans les plus importants sous le pontificat de Benoît XVI, et qui, de ce fait, n'en est pas resté -contrairement à une majorité de musulmans- à la blessure de Ratisbonne, puisqu'il a pris part au dialogue qui suivit : "Nous offrons les meilleurs voeux de la communauté musulmane américaine pour le pape Benoît XVI alors qu'il quitte son poste de chef de l'Eglise catholique romaine. Ces dernières années -et malgré certaines controverses- les relations entre les musulmans et les catholiques se sont renforcées, en particulier sur les questions liées à la justice sociale et aux valeurs familiales. En tant que musulmans aux Etats-Unis, nous nous réjouissons de poursuivre des relations interconfessionnelles de plus en plus positives avec le nouveau pontife, ainsi que, de par le monde, avec les gens de toutes religions et cultures qui cherchent à construire un monde meilleur"

 

   Mustafa Ceric, grand mufti de Serbie qui, lui aussi, participa à ces initiatives, va dans le même sens : "Après les critiques qui ont suivi la conférence de Ratisbonne, le pape s'est excusé pour ses propos et on peut dire que, finalement, cette phrase malencontreuse sur l'islam a produit une énergie positive. Ces propos ont en effet amené 138 intellectuels musulmans à signer une lettre demandant au pape et aux chrétiens de travailler ensemble à des relations fondées sur la paix et la justice autour de l'amour de Dieu. Benoît XVI s'est rendu par la suite en Turquie et même à la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem. Il a montré qu'il était ouvert au dialogue (...) Ce pape, qui est un grand théologien, un pasteur fervent, un homme traditionnel, est un intellectuel. Et parfois les grands intellectuels ont du mal à penser au-delà de leur propre cadre de pensée. Mais, encore une fois, au final, cette crise inattendue a produit davantage de dialogue"

 

   Terminons ce billet avec une réaction particulièrement intéressante, par l'enseignement spirituel qu'elle tire de ce geste papal. Elle ne vient pas (encore ?) de Mustapha Cherif, premier musulman de l'histoire à avoir eu un entretien en tête-à-tête avec un Pape au Vatican, mais de Tariq Ramadan, intellectuel si souvent décrié (comme Benoît XVI...) par des gens qui ne le lisent pas :

   "Je ne suis pas chrétien et j’ai souvent été en désaccord avec les positions théologiques ou les interprétations historiques du Pape Benoît XVI. Sur le fond comme sur la forme au demeurant. Je l’ai rencontré à deux reprises. La première fois en tant que Cardinal Joseph Ratzinger et la seconde, à Rome, en tant que Pape, dans le cadre de dialogues interreligieux.
   Je l’ai beaucoup lu et écouté de surcroît. L’homme m’a impressionné par son savoir, sa rigueur intellectuelle et la profondeur de ses analyses. Derrière un visage aux expressions parfois distantes, froides, et une attitude d’introverti, il dégageait une bonté et une douceur surprenantes.
  Et il m’a surpris de façon contradictoire. Malgré des désaccords de fond, et profonds, j’ai toujours eu un respect pour l’homme, son intelligence, sa générosité, et un courage certain. Il n’a jamais eu peur de dire ce qu’il pensait être juste même contre l’avis de ses opposants, ou des opinions majoritaires.
   Dans sa dernière fonction, il semblait parfois en décalage, offrant davantage la pensée profonde, voire sombre, d’un théologien que le message visionnaire et nourri d’espérance d’un Pape.
   Aujourd’hui, il renonce, conscient de l’âge et du poids de la responsabilité. Sans doute se souvient-il des difficiles dernières années de son prédécesseur. Il faut saluer ce geste. Profondément.
C’est une leçon nourrie de multiples messages pour l’Eglise comme pour le monde. Reconnaître ses limites, quitter le pouvoir, renoncer par choix avant le décret de la destinée.
   On espère certes que l’Eglise saura entendre ce message et inviter à son sommet plus de jeunesse associée au même savoir, avec la même rigueur intellectuelle. Espérons que le monde, les dirigeants, les femmes et les hommes de pouvoir comprennent, au-delà de l’âge, qu’il est question ici, fondamentalement, d’humilité. Reconnaître que l’on n’est plus apte à réaliser le mandat qui nous lie et apprendre à s’en aller, à quitter le pouvoir. C’est une leçon pour tous les hommes, tous, avec ou sans foi religieuse, agnostiques, athées, hindous, bouddhistes, chrétiens, juifs, musulmans ou autres... Jamais assez conscients de nos limites, jamais assez humbles.
   Une vie réussie se mesure souvent à nos façons de renoncer, de partir... et même parfois de la quitter. Respect.
"

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