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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 16:00

null    Alors que le cas de la jeune Rimsha Masih vient de remettre en pleine lumière la tragique question de la loi anti-blasphème promue par le Pakistan, attardons-nous dans ce billet sur l'un des aspects de cette affaire : la question des lieux de cultes chrétiens en terre d'Islam. Car c'est pour se débarasser de l'église de son quartier que l'imam M. Chishti avait monté cette affaire de toute pièce...

 

Chronologie des faits :
- 1860 : l'Angleterre coloniale impose un Code Pénal ; §295 : "quiconque détruit, endommage ou profane un lieu de culte (...) sera puni d'emprisonnement, (...) d'une amende, ou les deux"
- 1er août 2009 : faussement accusés d'avoir profané le Coran, les chrétiens du village de Gojra sont attaqués par des émeutiers : les maisons sont incendiés, sept personnes meurent dans les flammes, dont Musa, 6 ans, et Umaya, 13 ans ; à ce bilan dramatique s'ajoutent quatre églises endommagées
- 11 mars 2010 : le Pakistan présente à l'ONU un projet de résolution qui "condamne fermement l’interdiction de la construction de minarets et de mosquées et d’autres mesures discriminatoires récentes, qui sont des manifestations d’islamophobie en claire contradiction avec les obligations internationales dans le domaine des droits de l’homme concernant la liberté de religion, de croyance, de conscience et d’expression"
- 1er novembre 2011 : les auteurs du massacre de Gojra sont acquittés
- février 2012 : les musulmans de Mehrabad, quartier pauvre situé dans l'une des dernières zones d'expansion d'Islamabad, aident les chrétiens à bâtir un pauvre local leur servant d'église.
- 17 avril 2012 : Rimsha Masih, jeune chrétienne handicapée mentale, est accusée d'avoir profané le Coran par Hafiz Mohamed Khalid Chishti, imam arrivé depuis un an à Mehrabad.
- 3 juillet 2012 : Ghulam Abbas, déficient mental, est arrêté après avoir été accusé d'avoir profané le Coran, avant d'être lynché par la foule venue assiéger le poste de police
- 16 août 2012 : Rimsha est arrêtée, et une majorité de chrétiens fuient leur quartier
- 24 août 2012 : M. Chishti déclare à l'AFP que "ces chrétiens nous ont provoqués au cours des derniers mois. Ils n'ont pas cessé leur musique malgré nos nombreux avertissements (...) Ils ont commis ce crime [du blasphème] afin de nous provoquer encore davantage. Tout ça est arrivé parce que nous n'avons pas mis fin plus tôt à leurs activités anti-musulmanes"
- 28 août 2012 : à l'autre bout du pays, dans la province du Sind, un projet de loi est finalisé pour protéger les lieux de culte des minorités religieuses contre la "mafia des terrains"
- 1er septembre 2012 : M. Chishti est arrêté pour avoir ajouté des pages du Coran aux feuilles brûlées par Rimsha en déclarant que c'était "la seule façon d'expulser les chrétiens de ce quartier"
- 7 septembre 2012 : Rimsha est libérée sous caution et doit vivre cachée avec sa famille. Elle ne se présentera pas à son procès, une semaine plus tard.

 

Commentaire :
A ne regarder que le code pénal pakistanais, on pourrait se dire que l'article à l'origine de la réglementation anti-blasphème protège tous les lieux de cultes, et donc également les lieux chrétiens. Le massacre de Gojra vient nous rappeler que la réalité est toute autre : les minorités religieuses pakistanaises sont à la merci de l'hystérie entrenue par des prêcheurs islamistes prompts à crier au blasphème et par la totale impunité de leurs agresseurs. Une hystérie telle qu'elle peut viser des personnes en principe protégées par l'Islam : les déficients mentaux, les enfants... La mort de Ghulam Abbas, quelques semaines avant l'arrestation de Rimsha, montre à quel point la vie de la jeune chrétienne est menacée.
En fait, c'est bien parce qu'il existe déjà un principe légal de protection des lieux de cultes que M. Chishti utilise un moyen détourné, "seule façon d'expulser les chrétiens" ; et tant que l'hystérie anti-blasphème pakistanaise ne retombera pas, on peut douter de l'efficacité de nouvelles lois contre la "mafia des terrains" telles que ce projet en préparation dans la province du Sind, si louable soit-il.
Face à cette réalité pakistanaise, il est difficile de ne pas tiquer face à l'activité de ce pays à l'ONU pour dénoncer des décisions telles que l'interdiction des minarets en Suisse...
Seul rayon de soleil dans cette triste histoire : des musulmans avaient visiblement aidé les chrétiens de Mehrabad pour bâtir leur lieu de culte, tout comme d'autres se battent pour défendre les minorités religieuses dans leur pays. Prions pour eux, autant que nous prions pour ceux qui sont persécutés !

 

Prolongements :
La question posée ici est donc celle des lieux de cultes non-musulmans en terre d'Islam. La protection, si fictive soit-elle, des lois pakistanaises n'a-t-elle sa source que dans des vestiges de lois coloniales occidentales, ou a-t-elle un écho du côté des règles islamiques ?
Lorsqu'on se tourne vers le Coran, on trouve un passage qui évoque la défense des lieux de cultes chrétiens, juifs et musulmans : Si Dieu ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages [Şawāmi`u] seraient démolis, ainsi que les lieux de culte [Biya`un], les oratoires [Şalawātun] et les mosquées où le nom de Dieu est beaucoup invoqué (Coran XXII,40) ; même un extrémiste comme Ibn Taymiyya ne va pas jusqu'à remettre en cause cette protection.

Elle ne va cependant pas sans de nombreuses restrictions, que l'on retrouve dans le pacte attribué par la tradition musulmane au deuxième calife 'Omar et par les historiens au calife omeyyade 'Omar II : les chrétiens "ne doivent pas construire de nouveaux monastères, églises ou cellules de moines dans leurs villes et leurs alentours ; ils ne doivent pas reconstruire ceux qui ont été détruits ; (...) Ils ne peuvent faire sonner leurs cloches que doucement ; Ils ne doivent pas lire à haute voix dans leurs églises en présence de musulmans ; Ils ne doivent pas porter de rameaux le dimanche des rameaux ; Ils ne doivent pas lever la voix pendant le deuil"
Le contenu de ce texte permet de comprendre comment M. Chishti a pu attiser la rancoeur des musulmans de son quartier contre les chrétiens en accusant leur culte d'être une provocation et une activité anti-musulmane : nous voyons ici que ce texte, admis par la tradition musulmane, évoque une tolérance du culte chrétien qui lui impose une pesante discrétion. Le culte chrétien n'est toléré que s'il se fait totalement oublier.
 

Pour conclure ce billet, faisons un rapide panorama des règles liées au lieux de cultes non-musulmans dans les lois de divers pays se référant à l'Islam :

Cette liste n'est bien entendu pas exhaustive. Elle donne cependant un aperçu de quelques constantes en pays dits "musulmans" : la tolérance est bien présente dans certains d'entre eux, mais elle demeure très limitée...

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 18:35

null   Ce n'est jamais un plaisir d'écrire un nouvel article dans cette rubrique. Mais, comme je l'avais expliqué en la créant, elle est incontournable. Et puis, outre sa mise en évidence -contrairement aux préjugés courants- des divergences existant sur certaines questions traitées en Islam, n'avons-nous pas parfois découvert certaines lois qui n'ont en fait aucune origine islamique ? Cette rubrique n'a jamais eu un but de stigmatisation, mais bien de clarification. Clarifions donc la question mise en évidence par le drame récent qui s'est produit au Maroc, le suicide de la jeune Amina Al Filali, contrainte d'épouser son violeur.

 

Chronologie des faits :
- 1810 : Le Code Napoléon, aux articles 354 à 357, précise : "Quiconque aura, par fraude ou violence, enlevé ou fait enlever des mineurs, ou les aura entraînés, détournés ou déplacés, ou les aura fait entraîner, détourner ou déplacer des lieux où ils étaient mis par ceux à l'autorité ou à la direction desquels ils étaient soumis ou confiés, subira la peine de la réclusion. Si la personne ainsi enlevée ou détournée est une fille au-dessous de seize ans accomplis, la peine sera celle des travaux forcés à temps. Quand la fille au-dessous de seize ans aurait consenti à son enlèvement ou suivi volontairement le ravisseur, si celui-ci était majeur de vingt et un ans ou au-dessus, il sera condamné aux travaux forcés à temps. Si le ravisseur n'avait pas encore vingt et un ans, il sera puni d'un emprisonnement de deux à cinq ans. Dans le cas où le ravisseur aurait épousé la fille qu'il a enlevée, il ne pourra être poursuivi que sur la plainte des personnes qui, d'après le Code Napoléon, ont le droit de demander la nullité du mariage, ni condamné qu'après que la nullité du mariage aura été prononcée"
- 1913 : le sultan Moulay Youssef, par le dahir du 9 ramadan 1331, rend applicable au Maroc le Code Pénal français.

- 1963 : le roi Hassan II, par le dahir n°1-59-413 du 28 Joumada II 1382, rend applicable le Code Pénal marocain. L'article 475 portant sur l'enlèvement de mineur précise que "lorsqu'une mineure nubile ainsi enlevée ou détournée a épousé son ravisseur, celui-ci ne peut être poursuivi que sur la plainte des personnes ayant qualité pour demander l'annulation du mariage et ne peut être condamné qu'après que cette annulation du mariage a été prononcée" 
- 2003 : le roi Mohamed VI aprouve par le dahir n° 1-03-207 du 16 Ramadan 1424 la loi n°24-03 qui modifie un certain nombre d'articles, dont l'article 475 qui commence désormais ainsi : "Quiconque, sans violences, menaces ou fraudes, enlève ou détourne, ou tente d'enlever ou de détourner, un mineur de moins de dix-huit ans, est puni de l'emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 120 à 500 dirhams" (le deuxième paragraphe n'est pas modifié) ; nous pouvons également lire à l'article 485 que "Est puni de la réclusion de cinq à dix ans tout attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violences contre des personnes de l'un ou de l'autre sexe. Toutefois si le crime a été commis sur la personne d'un enfant de moins de dix-huit ans, d'un incapable, d'un handicapé, ou sur une personne connue pour ses capacités mentales faibles, le coupable est puni de la réclusion de dix à vingt ans." ; et à l'article 486 : "Le viol est l'acte par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre le gré de celle-ci. Il est puni de la réclusion de cinq à dix ans. Toutefois si le viol a été commis sur la personne d'une mineure de moins de dix-huit ans, d'une incapable, d'une handicapée, d'une personne connue par ses facultés mentales faibles, ou d'une femme enceinte, la peine est la réclusion de dix à vingt ans"
- 2005 : le roi Mohamed VI promulgue par le dahir n° 1-04-22 du 12 Hija 1424 le nouveau Code de la Famille qui précise en son article 20 : "Le juge de la famille chargé du mariage peut autoriser le mariage du garçon et de la fille avant l’âge de la capacité prévu à l’article 19 ci- dessus, par décision motivée précisant l’intérêt et les motifs justifiant ce mariage, après avoir entendu les parents du mineur ou son représentant légal, et après avoir eu recours à une expertise médicale ou procédé à une enquête sociale. La décision du juge autorisant le mariage d’un mineur n’est susceptible d’aucun recours"

- 2011 : Amina Al Filali, alors âgée de 15 ans, est violée, puis contrainte d'épouser son violeur.
- mars 2012 : Amina se suicide en ingérant de la mort aux rats. 5 jours plus tard, un sit-in réunit près de 300 personnes devant le tribunal qui avait prononcé son mariage ; une pétition est lancée ; une page est créée sur Facebook. Le porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khelfi, déclare : "Nous prévoyons de durcir les sanctions en cas de viol et nous prévoyons également d'élargir le débat autour de l'article 475.2"

 

Commentaire :
Comme dans le cas des lois pakistanaises sur le blasphème, cette chronologie réserve une surprise à celui qui voudrait relier de façon simpliste ce drame à l'Islam. Encore une fois, le texte qui a permis ce drame est issu d'une loi venant d'une ancienne puissance coloniale, et non des juristes musulmans.
Nous pouvons également constater que l'article 475 commence ainsi : "Quiconque, sans violences, menaces ou fraudes, enlève"..
. Ce qui ne correspond pas au cas d'un viol. L'article en question est donc en réalité détourné de son sens lorsqu'il sert à éviter la prison à un violeur en lui faisant épouser sa victime. Autre remarque : cet article ne s'applique que pour les cas des personnes mineures. L'article 475 n'est donc pas le seul en cause, les dipositions de la Moudawana sur le mariage des mineurs sur décision d'un juge le sont aussi. Le père d'Amina, Lahcen Al Filali, a en effet déclaré : "le procureur a conseillé à ma fille de se marier"
Comme le dit cet excellent article, "nous voilà donc avec une disposition pénale dont l’interprétation erronée par une magistrature incompétente permet de violer une deuxième fois les victimes de viols en les poussant à épouser leur violeur"

 

Prolongements :
Le problème posé ici est donc la question du viol en Islam. Nous l'avons abordée ici sous l'angle des lois d'un pays dit "musulman" pour découvrir que la loi appliquée n'était même pas islamique. En gardant cette approche, comment, cependant, ne pas penser à cette autre victime, Gulnaz, violée à 17 ans, puis comme bien d'autres en ce pays emprisonnée pour adultère, avant d'être graciée par le président Karzaï en décembre dernier -soit deux ans plus tard- sous la pression internationale... Et d'épouser son violeur pour se protéger du reste de la société afghane à sa sortie, tout en imposant que son frère épouse la soeur de son agresseur.
Mais là encore, devons-nous croire à une pratique "islamique" ?
   

Le problème, dans ce deuxième cas, est la confusion entretenue entre le viol et l'adultère : tout est zina. C'est cette confusion qui amène à des décisions telle que la condamnation à un an de prison et 100 coups de fouets d'une saoudienne de 23 ans qui avait tenté d'avorter après avoir été victime d'un viol collectif.

 

La confusion peut pourtant être évitée, puisqu'une appellation plus spécifique existe pour qualifier le viol : zina bi'l-jabr. Et un hadith nous rapporte ceci : Lorsque le prophète s'apprêtait à donner sa sentence, l'homme qui avait attaqué la femme se leva et dit : "Messager de Dieu, je suis coupable". Le prophète dit à la femme : "Pars, car Dieu t'a pardonnée !" (...) Quant à l'homme qui a eu des relations sexuelles avec elle, il dit : "lapidez-le à mort !" (Abû Dawud, n°4366). Ach-Châfi'iimam de l'un des quatres rites sunnites, écrit dans Al Oum : "Le violeur doit payer une dot à la femme ou à l’esclave violée. Aucune punition ne sera infligée à la victime mais le violeur, s’il est marié, doit être lapidé. S’il n’est pas marié, il sera fouetté et exilé pendant un an"
 

...Sans pour autant cautionner la lapidation, on ne peut que regretter que cette distinction présente dans l'Islam classique soit négligée aujourd'hui dans bien des pays dits "musulman"...

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 21:57

null   Alors que la condamnation à mort d'Asia Bibi vient rappeler à tous la situation des chrétiens au Pakistan et l'existence de lois discriminantes contre le blasphème, revenons sur un drame récent mais que la versatilité médiatique n'a guère inscrit dans les mémoires. Il s'agit de deux frères, Rachid et Sajid, assassinés alors que leur innocence venait d'être prouvée. Après avoir envisagé la question dans son contexte pakistanais, nous chercherons à comprendre ce qui, dans le Coran et les hadiths, peut avoir un rapport avec cette question du blasphème.

 

Chronologie des faits :
- 1860 : l'Angleterre coloniale instaure un Code Pénal dans ses possessions indiennes. Le §295 stipule que "quiconque détruit, endommage ou profane un lieu de culte, ou tout objet tenu pour sacré (...) avec l'intention, ce faisant, d'insulter quelque religion que ce soit, ou sachant que quelqu'un peut considérer les dommages, destructions ou profanations comme une insulte à sa religion, sera puni d'un emprisonnement (...) jusqu'à deux ans, ou d'une amende, ou les deux"
- 1927 : ajout du §295-A stipulant que quiconque ayant "avec l'intention délibérée et malveillante de porter atteinte aux sentiments religieux d'une catégorie de citoyens (...) par ses paroles ou ses écrits, ou par des représentations visibles, insulté la religion ou les croyances religieuses de cette catégorie, sera puni d'un emprisonnement (...) jusqu'à dix ans, ou d'une amende, ou les deux"
- 1947 : fondation du Pakistan.
- 1977 : coup d'état du général Zia-Ul-Haq
- 1980 : ajout du §298-A stipulant que quiconque ayant "par ses paroles ou ses écrits, ou par des représentations visibles, ou par toute imputation ou allusion, directement ou indirectement, profané le nom sacré de toute épouse (Ummul Mumineen), ou des membres de la famille (Ahle-bait), du Saint Prophète (paix soit sur lui), ou l'un des vertueux califes (Khulafa-e-Rashideen) ou des compagnons (Sahaaba) du Saint Prophète (paix soit sur lui) sera puni d'un emprisonnement (...) jusqu'à trois ans ou une amende, ou les deux"
- 1982 : ajout du §295-B stipulant que quiconque ayant "volontairement, souillé, dégradé ou profané un exemplaire du Coran ou un extrait de celui-ci" ou l'ayant "utilisé d'une manière désobligeante ou à des fins illégales est puni de l'emprisonnement à perpétuité"
- 1984 : ajout des §298B et §298C visant les Ahmadis pour les empêcher de se réclamer de l'Islam et de propager leurs idées.
- 1986 : ajout du §295C stipulant que quiconque ayant "par ses paroles ou ses écrits, ou par des représentations visibles, ou par toute imputation ou allusion, directement ou indirectement, profané le nom sacré du Saint Prophète (que la paix soit sur Lui), sera puni de mort ou d’une peine de réclusion à perpétuité, assortie d’une amende"
- 1988 : Zia meurt dans un accident d'avion
- 1999 : le Pakistan présente à la Commission des droits de l'Homme des Nations Unies le premier projet de résolution contre la diffamation des religions
- 2004 : loi invitant les forces de police à s'assurer du bien fondé des accusations de blasphème avant de traduire en justice la personne, pour éviter toute instrumentalisation contre des adversaires politiques ou personnels.
- 18 décembre 2007 : l’Assemblée générale des Nations Unies adopte une résolution contre la diffamation des religions, présentée par le Pakistan
- 25 mars 2010 : le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies adopte une résolution portant sur la lutte contre la diffamation des religions, présentée par le Pakistan au nom de l'Organisation de la Conférence islamique
- 20 mai 2010 : le Parlement Européen "invite le gouvernement pakistanais à revoir en profondeur les lois sur le blasphème et leur application actuelle ainsi que, notamment, la section 295-C du code pénal, qui prescrit la peine de mort obligatoire pour toute personne reconnue coupable de blasphème et, dans le même temps, à apporter les amendements proposés par le ministre fédéral chargé des questions des minorités" ; il déclare également être "préoccupé par l'abus possible de la campagne de "lutte contre la diffamation des religions" aux Nations unies, soulignant les conclusions du Conseil du 16 novembre 2009 selon lesquelles la législation internationale en matière de droits de l'homme protège les individus et les groupes d'individus et que, à cet égard la diffamation des religions n'est pas un concept de droits de l'homme"
- 2 juillet 2010 : arrestation du pasteur Rachid Emmanuel et de son frère Sajid, accusés d'avoir écrit un pamphlet blasphématoire portant leurs coordonnées
- 10 juillet 2010 : manifestations à Faisalabad pour réclamer la mort des deux frères, conduisant à des actes de violence dans le quartier chrétien de Waris Pura, dont des jets de pierre contre l'église du Saint-Rosaire.
- 14 juillet 2010 : une expertise graphologique innocente les deux accusés
- 19 juillet 2010 : les deux chrétiens sont relaxés ; ils vont cependant être abattus par des hommes masqués.
- 23 juillet 2010 : l'Agence Fides publie les propos de Muhammad Aslam Khaki, avocat musulman favorable à l'abolition des lois anti-blasphème

 

Commentaire :
   Cette chronologie réserve tout d'abord deux surprises pour ceux qui voudraient résumer cette question du blasphème à l'Islam et à la charia. La première, c'est que c'est l'Angleterre qui est à l'origine des premières lois pakistanaises en la matière. La deuxième, c'est que l'état islamique du Pakistan a vécu trente ans sans éprouver le besoin de les modifier.
   C'est avec la dictature de Zia que des discriminations sont inscrites dans la loi : amendée tous les 2 ans, elle ne cesse de donner raison à l'Islam de l'exagération. Seule la mort de Zia semble avoir interrompu ce durcissement permanent. Les gouvernements qui ont suivi n'ont cependant pas osé modifier de façon significative cet arsenal législatif qui permet toutes les dérives -pointées récemment par l'Europe.
   Les événements de cet été nous montrent également que même quand un tribunal prouve l'innoncence des accusés malgré la pression populaire, c'est en pure perte. L'assassinat de Rachid et de Sajid nous prouve, hélas, que la menace est bien réelle. De plus, il ne semble pas qu'il y ait eu la moindre condamnation contre ceux qui ont attaqué une église chrétienne...
   On peut enfin remarquer que le Pakistan a joué un rôle majeur dans l'élaboration des diverses résolutions qui depuis 1999 ont amené l'ONU à élaborer un concept de "diffamation des religions" ; et la lecture du compte-rendu de la séance du 30 avril 1999 est très éclairant quant au souci qui motive l'OCI : défendre l'Islam, et lui seul. On peut d'ailleurs remarquer que tous les textes adoptés depuis ne cite nommément que cette religion, même si une vague ouverture vers les autres religions est pratiquée. Difficile de ne pas faire le parallèle avec ce Code Pénal que nous avons étudié ici... C'est en gardant cet activisme en tête que l'on peut mieux comprendre la résolution adoptée par le Parlement européen.
   Les propos de Muhammad Aslam Khaki viennent également nous rappeler que les musulmans pakistanais ne forment pas un tout homogène, et que si les foules restent malheureusement la proie des extrémistes, il y a cependant également des musulmans qui tentent de faire évoluer leur pays dans une autre direction.

 

Prolongements :
   Le problème posé ici est donc la question du blasphème en Islam. Nous l'avons envisagé à partir du cas pakistanais, mais tout le monde garde en mémoire des cas médiatisés comme l'affaire des "Versets Sataniques" ou encore les récentes caricatures du Jylland-posten. Mais sur quoi s'appuient donc les musulmans qui réclament la mort des blasphémateurs ?
   Un passage coranique est souvent cité par les musulmans partageant cet avis : La récompense de ceux qui font la guerre contre Dieu et Son messager, et qui s'efforcent de semer la corruption sur la terre, qu'ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées (Coran V, 33). Ce passage arrive juste après une sorte de citation du Talmud sur laquelle nous nous étions déjà arrêté dans un article précédent. Les blasphémateurs étant assimilés à ceux qui cherchent à répandre la "corruption" (fasâd) ; mais on est en droit de se demander si le Coran contient une indication plus explicite.
   Un certain Syed Mumtaz Ali dans sa "Synthèse sur les lois sur le Blasphème/Apostasie" donne comme traduction arabe au mot blasphème le mot kufr. Mais nous sommes là devant un abus de langage flagrant, car ce terme est habituellement traduit par "mécréance" ; ou alors, notre auteur considère que ne pas se convertir à l'Islam serait, de facto, blasphémer ?
   L'abus de langage est d'autant plus criticable qu'il y a bien une référence explicite au blasphème dans le Coran. Une référence qui donne une leçon bien différente de celle défendue par les partisans de la mise à mort du blasphémateur : N'injuriez pas [Lâ Tasubbû] ceux qu'ils invoquent en dehors de Dieu car par agressivité ils injurieraient [Fayasubbû]  Dieu dans leur ignorance. De même, Nous avons enjolivé pour chaque communauté sa propre action. Ensuite, c'est vers leur Seigneur que sera leur retour ; et Il les informera de ce qu'ils oeuvraient (Coran VI, 108)
   Ce sont les musulmans qui sont appelés à respecter l'object de la croyance des autres et non l'inverse ; nous voilà bien loin des lois pakistanaises et de leur application sélective ! L'affaire est renvoyée à Dieu, qui "les informera de ce qu'ils oeuvraient" ...Quant aux musulmans, voilà ce que leur demande un autre passage : Et dans le Livre, Il vous a déjà révélé que, lorsque vous entendez les mécréants nier et se moquer [Yustahza'u] des signes de Dieu, ne vous asseyez pas en leur compagnie tant qu’ils n’aient change de conversation, sinon vous seriez comme eux... (Coran IV, 140)
   On peut alors comprendre comment, lors de la fameuse affaire des caricatures, le mouvement Ahmadiyya -considéré comme une secte hérétique par l'avis majoritaire en Islam, et persécuté comme telle au Pakistan, mais se référant au Coran comme à son Livre Saint- a pu réagir d'une façon si différente de ces manifestations de musulmans qui parfois, comme à Maiduguri, aboutirent à des meurtres...
   Laissons le mot de la fin à l'universitaire tunisienne Raja Ben Slama : "Les musulmans les plus croyants, ceux qui n’ont pas subi l’endoctrinement fondamentaliste, gardent un goût avéré pour le blasphème, les jurons et les mots d’esprit blasphématoires. Il suffit d’écouter les propos d’un homme tunisien ou algérien du peuple, pour constater l’existence d’une pratique quotidienne du blasphème et d’un usage ancestral de toutes sortes de lèse-majesté divine (...) Chez les anciens arabes musulmans, qui étaient généralement plus sereins que nos censeurs modernes, les pratiques blasphématoires ne se limitaient pas aux jurons, aux blagues et aux insultes. Elles étaient au centre de leurs activités artistiques et littéraires (...) La ferveur censurante, celle qui conduit aux actes de violence, est l’indicateur d’un dérèglement de cette fonction blasphématoire. Elle témoigne d’une proximité étouffante de Dieu et d’un arrêt du pivotement continu entre la foi et son contraire, entre la loi et sa transgression. La censure religieuse, quand elle se mue en folie mortuaire, est aussi la marque désespérée d’un exorcisme et d’une crise des fondements : le censeur tenterait d’extirper le sceptique, l’athée qui est en lui, en se transformant en thuriféraire fétichiste du divin et en lanceur d’anathèmes, en investissant ses autres lui-même de toute la force sacrificielle dont on pare le bouc émissaire. L’emprise de la main censurante est une étreinte haineuse"

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 16:52

null   Penchons-nous aujourd'hui sur la question des mutilations sexuelles en Islam. La fillette égyptienne dont nous parlons ici ne serait pas morte si ses parents n'avaient pas voulu qu'elle soit excisée ; nous évoquerons donc les débats qu'il y a pu avoir sur le sujet dans ce pays. Mais nous verrons aussi dans notre étude des prolongements de cette question que la pratique de la circoncision ne peut-être laissée de côté sous prétexte qu'il s'agirait d'un autre sujet.

 

Chronologie des faits :
- 1959 : décret interdisant les mutilation génitales féminines. D'autres décrets, par la suite, vont en légaliser certaines formes.
- 1994 : décret ordonnant que les mutilations génitales féminines ne soient pratiquées qu'un jour par semaine dans les services publics, uniquement par des membres du personnel médical qualifiés, et seulement s'ils ne réussissent pas à persuader les parents de renoncer à ces pratiques.
- 1995 : abrogation de ce décret ; naissance de Badour Shaker.
- 1996 : décret statuant qu'il est "interdit de pratiquer l'excision que ce soit dans les hôpitaux ou les établissements médicaux publics ou privés. Cette pratique n'est admise qu'en cas de maladie et avec l'accord du chef du service d'obstétrique à l'hôpital, et sur proposition du médecin traitant. L'exécution de cette opération dans d'autres conditions est considérée comme une violation des lois régissant la profession médicale. Cette opération ne peut être pratiquée par du personnel non médical"
-
24 juin 1997 : annulation de ce décret par un tribunal administratif
- décembre 1997 : arrêt de la Haute Cour Administrative rétablissant le décret
- juin 2007 : mort de Badour à l'âge de 12 ans, lors de son excision dans une clinique illégale à Maghagh (sud de l'Egypte), du fait d'un surdosage d'anesthésique.
- 28 juin 2007 : décret interdisant au personnel médical égyptien d’exciser sous peine d’exclusion des établissements rattachés au ministère de la Santé
- 6 juin 2008 : approbation d'amendements à la loi sur l'Enfance de 1996, instituant une peine de prison pouvant aller jusqu'à deux ans pour les auteurs d’ablation partielle ou totale des organes génitaux féminins sauf si l’excision est faite pour "nécessité médicale"

 

Commentaire :
   Nous pouvons constater que l'Egyte a peu à peu renforcé son cadre légal face à la pratique de l'excision. Mais la clause dérogatoire de la loi de 2008, présente pour ne pas voir le texte être rejeté au parlement égyptien du fait de l'opposition des islamistes membres de l'organisation des Frères Musulmans, signifie en réalité que les mutilations génitales féminines pourront encore longtemps être pratiquées sans risquer de sanction.

 

   De plus, la mort de Badour Shaker vient nous rappeler que la pratique de cette opération par des personnes extérieures au corps médical, non-formées, perdure toujours, ce qui explique également les décisions apparemment contradictoires du gouvernement égyptien : les coutumes ont plus de poid que la loi de l'Etat, et l'interdiction officielle ne fait que pousser les gens à la pratique illégale sur laquelle tout le monde ferme les yeux...

 

Prolongements :
   Le premier problème posé ici est donc celui des mutilations sexuelles imposées aux fillettes avec une caution islamique. Pour découvrir la source de cette caution, tournons-nous tout d'abord vers les Chroniques de Tabarî : "Lorsque Agar accoucha d'Ismaël, Abraham fut rempli de joie ; mais Sara éprouva de la colère et une violente jalousie (...) Elle dit avec serment : Je couperai une partie quelconque du corps d'Agar, ou une main, ou un pied, ou une oreille, ou le nez. Mais après avoir réfléchi, elle dit : C'est moi qui ai commis cette faute, car j'ai donné Agar à Abraham. Il ne serait pas juste de couper à cette jeune fille une partie de son corps, ni de la tuer ; mais j'ai juré, et il faut absolument que je lui coupe quelque chose. Après y avoir pensé, elle dit : Je la circoncirai pour l'empêcher de rechercher les hommes. Lorsque Sara eut circoncis Agar, Dieu imposa la circoncision à la famille d'Abraham, et à toutes les personnes qui suivaient la religion d'Abraham, de sorte que Sara elle-même fut obligée de se circoncire, et Abraham également" (Târîkh al-Rusul wal Mûlûk, Première partie, XLIX) 

 

   At-Tabarî rapporte ensuite le hadith selon lequel le prophète de l'Islam aurait dit à à Umm `Atiyyah, une exciseuse de Médine, la parole suivante : "N’abuse pas, car cela est meilleur pour la femme et plus agréable pour le mari" (Abû Dâwûd). Il existe également un autre hadith qui dit ceci : "La circoncision est une tradition louable pour les hommes et un honneur pour les femmes" (Ahmad, Al-Bayhaqî et At-Tabarânî). Mais ces hadiths sont jugés faibles selon les règles traditionnelle de la science des hadiths. Ce qui fait que cette pratique, qui en Islam est principalement répandue en Afrique sub-saharienne et en Egypte, n'est pas défendue par l'avis majoritaire.

 

   Cet avis critique bien évidemment la faiblesse des hadiths utilisés ; mais il s'appuie également sur un argument théologique. Parlant de la Création, le Coran donne en effet à lire : Nous avons certes créé l'homme dans la forme la plus parfaite (Coran XCV, 4) ; Telle est l'oeuvre de Dieu qui a tout façonné à la perfection (Coran XXVII, 88) ; En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l'alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d'intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Dieu et méditent sur la création des cieux et de la terre : "Notre Seigneur ! Tu n'as pas créé cela en vain" (Coran III, 190-191)

 

   En toute logique, le Coran condamne donc toute altération des signes de Dieu, ces signes étant les écrits révélés et même la Création toute entière : Demande aux enfants d'Israël combien de signes probants Nous leur avons apportés ! Or, quiconque altère le bienfait de Dieu après qu'il lui soit parvenu... Alors, Dieu vraiment est dur en punition (...) Ils détournent les paroles de leur sens (Coran II, 211 et V, 13) ; Dieu a maudit [le Diable] et celui-ci a dit : "Certainement, je saisirai parmi Tes serviteurs, une partie déterminée. Certes, je ne manquerai pas de les égarer, je leur donnerai de faux espoirs, je leur commanderai, et ils fendront les oreilles aux bestiaux ; je leur commanderai, et ils altèreront la création de Dieu"  (Coran IV, 118-119) ; en écho à ce dernier passage coranique, nous pouvons d'ailleurs trouver un hadith dans un des recueils les plus anciens de l'Islam faisant le lien entre l'ablation du nez ou des oreilles chez les animaux et les parents faisant de leur enfant un juif ou un chrétien : Tout enfant naît dans cette religion naturelle ; ce sont ses parents qui en font un Juif ou un Chrétien. Quand naissent chez vous de jeunes animaux, leur trouvez-vous le nez ou les oreilles coupés à moins que vous ne les leur ayez coupés vous-mêmes ? (Sahîfa Hammâm ibn Munabbih, n°66)

 

   On pourra ainsi par exemple lire que "la création de Dieu doit demeurer telle quelle et ne doit pas être modifiée (...) Dans les hadiths prophétiques authentiques, la malédiction est jetée contre toutes celles qui modifient la création de Dieu" ; ce qui n'empêche pas le même auteur d'écrire un peu plus bas : "La circoncision des garçons a été exclue des considérations précédentes, en vertu de preuves juridiques manifestes, à l’authenticité avérée et à la signification explicite. La circoncision compte en effet parmi les règles d’hygiène de la prime nature de l’homme, et est un héritage abrahamique. De surcroît, la cironcision est un rite islamique, à l’instar de l’appel à la prière ou de la prière des deux Fêtes, faisant l’objet du consensus des Musulmans depuis l’aube de l’islam jusqu’à nos jours. Nous n’avons connaissance d’aucun peuple, d’aucune contrée ni d’aucune tribu qui se soit distingué de cette règle. Ce rite est d’ailleurs confirmé par l’ensemble du corps médical contemporain"

 

   Passons sur le mensonge du rite "confirmé par l'ensemble du corps médical contemporain" (s'il existe des études pro-circoncision, il existe également des études contre) et concentrons-nous sur le seul aspect qui nous intéresse ici : celui des textes islamiques.

 

   L'argumentaire coranique utilisé contre l'excision est remis en question pour la circoncision pour une unique raison : comme nous l'avons déjà vu dans un précédent article, le Coran donne Abraham comme modèle. Or si le Coran ne parle de la circoncision du prépuce, une pratique qui serait totalement incohérente avec la logique de son discours, les hadiths, eux, en parlent. Abu-Hurayrah aurait rapporté que le prophète de l'Islam a dit : "Abraham s'est circoncis lorsqu'il avait 80 ans, avec une hache" (Bukhari, Muslim) ; "Cinq pratiques sont inhérentes à la nature humaine : la circoncision, l'épilation du pubis, la taille des moustaches, la coupe des ongles et l'épilation des aisselles" (Bukhari, Muslim)

 

   La Bible, elle, rapporte clairement la circoncision à Abraham : Abraham prit son fils Ismaël, tous les esclaves nés dans sa maison ou acquis à prix d'argent, tous les mâles de sa maisonnée ; il circoncit la chair de leur prépuce le jour même où Dieu avait parlé avec lui. Abraham avait quatre-vingt-dix-neuf ans quand fut circoncise la chair de son prépuce, et Ismaël avait treize ans quand fut circoncise la chair de son prépuce (Gn XVII, 23-25) ; Jésus lui-même est circoncis : Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l'enfant, on l'appela du nom de Jésus (Lc II, 21). Mais le point de vue biblique sur le rôle de l'homme dans la Création n'est pas le même que le point de vue coranique, nous l'avons déjà vu. Tout comme la notion de "modèle prophétique" est d'une certaine manière typiquement islamique.

 

   Notons au passage qu'aucun des biographes du prophètes de l'Islam n'évoque sa circoncision, même si l'on trouve par la suite des spéculations sur son hypothétique circoncision par son grand-père, par un ange... On trouve même l'idée d'une miraculeuse absence de prépuce dès la naissance.

 

   L'avis majoritaire n'hésite donc pas à contredire la logique coranique au nom de textes extérieurs au Coran (tout comme cet avis n'hésitait pas à contredire le texte même du Coran dans le cas de la lapidation)... Difficile alors de contredire les partisans islamiques de l'excision, qui ne font qu'appliquer la même méthode ! D'autant plus que du point de vue dont Tabarî est un témoin, la circoncision elle-même découle de l'excision décidée par Sara.

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 19:35

   Certains sujets déplaisants sont pourtant inévitables lorsqu'il est question de l'islam ; c'est le cas du problème sur lequel nous nos penchons aujourd'hui. Mais la courageuse fillette yéménite dont il est question ici va également nous apporter une lueur d'espoir...

Chronologie des faits :
- février 2008 : Le père de Nojoud Ali donne sa fille de 9 ans en mariage à un homme de 31 an, Faez Ali Thamer, qui promet de ne pas la toucher tant qu'elle n'aura pas eu ses règles ; cette promesse était un mensonge.
- 2 avril 2008 : Suivant le conseil d'une tante, Nojoud parvient à prendre la fuite et à se réfugier au tribunal de Sanaa ; le juge Mohammed al-Ghadhi la remarque. L'avocate Chadha Nasser va la défendre gratuitement, et obtenir le soutien d'associations féministes et du Yemen Times.
- 15 avril 2008 : Le divorce est prononcé, Faez recevant 250 $ pour "rupture de contrat"
- février 2009 : Le parlement yéménite fixe l'âge minimum légal du mariage à 17 ans

Commentaire :
   Comme pour
Mokarrameh Ebrahimi, réjouissons-nous de voir que Nojoud Ali a été avant tout défendue par des yéménites, et non par des pressions étrangères. Certes, le chemin reste long pour toutes les fillettes condamnées à vivre ce qu'elle a vécu, mais les choses bougent, ainsi que le prouve l'évolution de la législation du Yémen suite à cette affaire.
   Remercions Dieu qui a tendu la main à cette fillette en lui faisant rencontrer, à chaque fois, les bonnes personnes au bon moment ; sans cet enchaînement de circonstance, l'issue aurait pu être bien différente. Il suffit pour s'en rendre compte de regarder ce jugement rendu en décembre dernier en Arabie Saoudite : la mère d'une fillette de 8 ans tentait de faire annuler le mariage arrangé par le père avec un homme de 58 ans, mais le juge de Unayzaha a finalement
"refusé de se prononcer sur la plainte, estimant qu'elle n'avait pas le droit d'effectuer une telle démarche et qu'une plainte éventuelle devait être déposée par la fillette elle-même, une fois pubère"

Prolongements :
   Le problème posé ici est donc celui des mariages de fillettes auxquels on donne une caution islamique. La source de cette caution est un hadith rapporté par Boukhârî et Mouslim : `A'icha a dit : "J'avais six ans lorsque le Prophète m'épousa et neuf ans lorsqu'il eut effectivement des relations conjugales avec moi. Quand nous nous rendîmes à Médine, j'avais eu de la fièvre un mois durant et mes cheveux avaient poussé jusqu'à mes épaules. Ma mère, 'Umm Rûmân, vint me trouver alors que j'étais sur une balançoire, entourée de mes camarades. Quand elle m'eut appelé, je me rendis auprès d'elle sans savoir ce qu'elle voulait de moi. Elle me prit par la main, me fit rester à la porte de la maison jusqu'à ce que j'eusse pris mon souffle. Elle me fit ensuite entrer dans une maison où se trouvaient des femmes des 'Ansâr qui me dirent : "A toi le bien, la bénédiction et la meilleure fortune !" Ma mère m'ayant livrée à ces femmes, celles-ci me lavèrent la tête et se mirent à me parer. Or, rien ne m'effraya et quand l'Envoyé d'Allah vint dans la matinée, elles me remirent à lui"

   Le prophète de l'islam étant présenté par le Coran comme un modèle à suivre, son mariage avec `A'icha est alors devenu exemplaire pour nombre de juristes musulmans.

   Et pourtant... Les failles de ce raisonnement ne manquent pas. Nombreux sont ceux qui, par exemple, rappellent tout simplement que le Coran donne au prophète de l'islam et à ses femmes un statut à part : Ô femmes du Prophète ! Vous n'êtes comparables à aucune autre femme (...) Ô Prophète ! Nous t'avons rendue licites tes épouses (...) c'est là un privilège pour toi, à l'exclusion des autres croyants (Coran XXXIII, 32.50)

   Cette explication suffit à bien des musulmans, même s'il soulève alors des questions épineuses quant à la moralité de leur "excellent modèle" (Coran XXXIII, 21)... Aussi d'autres musulmans remettent-ils en cause le hadith à l'origine de ce débat. Et leurs arguments ne manquent pas. Le premier étant que Boukhârî et Mouslim ont certes validé ce hadith en considérant sa chaîne de transmission comme authentique, mais que cette tradition n'a été rapportée que par une seule source : c'est un hadith singulier (âhâd), ce qui autoriserait le doute. De plus, ce récit a été rapporté par Hichâm Ibn 'Ourwa, un individu au sujet duquel l’imam Mâlik -fondateur de l'une des 4 grandes écoles de jurisprudence sunnite- a émis quelques réserves.

   L'argument le plus marquant reste cependant... La confrontation de ce récit avec les autres traditions admises. Une comparaison qui peut amener à bien des surprises pour qui s'attarde à effectuer quelques calculs ! Car, au final, il semble bel et bien mathématiquement impossible que `A'icha ait pu avoir l'âge mentionné dans ce hadith lors de son mariage. Une conclusion née de recoupements trop longs pour être mentionnés ici, mais qui mériterait d'être davantage connue. Certes, elle passe par une remise en question importante de la vision qu'ont les musulmans des détails de la vie de leur prophète, mais n'est-ce pas un faible prix à payer, alors que tant de vies sont en jeu ?

 

   Les musulmans tentant de s'opposer aux mariages des fillettes ont cependant un dernier obstacle dans le Coran lui-même : "Si vous avez des doutes à propos de vos femmes qui n'espèrent plus avoir de règles, leur délai est de trois mois. De même pour celles qui n'ont pas encore de règles. Et quant à celles qui sont enceintes, leur période d'attente se terminera à leur accouchement. Quiconque craint Dieu cependant, Il lui facilite les choses" (Coran LXV, 4). Certes, leur argumentation défend l'idée selon laquelle cette précision coranique est relative aux problèmes d'aménorrhée, mais cet un argument qui semble bien peu convaincant...

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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 10:48

    nullVoici donc un nouveau cas concret de jugement "islamique". Encore une fois, malheureusement, l'affaire est sordide et n'a rien d'un phénomène isolé. Derrière les lignes de cet article, les victimes sont des personnes réelles, ne l'oublions jamais.

Chronologie des faits :
- Début 2006 : Une jeune chi'ite de 18 ans, mariée, se trouvait dans la voiture d'un homme de sa connaissance. Sept sunnites vont les attaquer et les violer. L'un des agresseurs filme la scène avec son téléphone portable.
- Octobre 2006 : Le tribunal condamne les agresseurs pour "enlèvement", ce qui conduit à des peines plus légères que pour une condamnation pour viol. Les deux victimes de l'agression sont également condamnées à 90 coups de fouet chacun pour "fréquentations illégales" (délit de khalwa)
- Novembre 2007 : Lors du procès en appel, la Cour générale de Qatif aggrave la peine, arguant de la tentative de cette jeune fille via l'organisation Human Rights Watch "d’envenimer la situation et d’influencer l’appareil judiciaire par l’entremise des médias" : six mois de prison et à 200 coups de fouet. L'avocat de la défense, Abd al-Rahman al-Lahim, se voit confisquer sa licence professionnelle et convoqué à une audience disciplinaire le 5 décembre.
- Décembre 2007 : Celle que l'on appelle désormais la "Fille de Qatif" est graciée par le roi Abadallah. Commentaire de son Ministre de la Justice :
"Le roi examine toujours les moyens d’adoucir la souffrance des citoyens quand il aboutit à la certitude que ces verdicts laisseront des séquelles psychologiques, et ce, même s’il est convaincu que les verdicts sont justes"

Commentaire :
   Doit-on considérer que cette triste histoire "se termine bien" ? Rien n'est moins sûr, car la déclaration du ministre saoudien de la "justice" ne remet absolument pas en cause la justesse du verdict. La grâce royale relève donc d'une hypocrisie maintenant familière, puisque nous l'avions déjà rencontrée dans l'étude du cas d'Abdul Rahman et de Chadia Nagui Ibrahim : on fait plaisir à l'opinion internationale sans pour autant désavouer l'iniquité des juges...
   Notons au passage que l'injustice des condamnations prononcées dans le cas présent semble avoir été renforcée par l'appartenance communautaire : les victimes, chi'ites, appartiennent à une minorité religieuse ; les agresseurs sont, eux, dans le camp majoritaire. Le camp des "bons".
   Il semble y avoir un lien très net entre la volonté de minimiser la peine des agresseurs et celle de condamner les victimes, comme si la notion de culpabilité relevait du système des "vases communiquants" : plus on charge d'un côté, moins on en met de l'autre. D'où l'argument du délit de khalwa...
    Remarquons que la "fille de Qatif" a au moins évité d’être accusées du crime de qadhf -accusation calomnieuse- réprimé par une peine de flagellation. Ce qui ne fut pas le cas de Bariya Ibrahim Magazu, jeune adolescente nigériane condamnée en septembre 2000 à 100 coups de baguette pour relations sexuelles hors mariage et 80 pour accusation calomnieuse de viol contre ses trois agresseurs. Après la naissance de son enfant en décembre 2000, elle a été châtiée publiquement le le 19 janvier 2001. La mobilisation internationale, efficace face à la "justice" de Qatif, n'avait pas suffit face au tribunal supérieur islamique de Tsafe.
    Prions pour ces deux femmes, marquées à vie, ainsi que pour toutes les victimes qui n'osent pas parler, sachant le sort qu'on leur réserve...

Prolongements :
   Dans une autre série d'articles, nous pouvons lire des extraits d'ouvrages écrits par des musulmans en direction des chrétiens. Voici les propos de l'un de ces auteurs : “Les musulmans ont leurs “brebis galeuses”, comme tous les autres peuples, c’est certain, mais pris en tant que nation, dans son ensemble, personne ne peut contester aux musulmans qu’ils ont (...) les plus faibles taux de criminalité au monde” (M. A. Alibhaye, Islam et Christianisme : logique de rapprochement, Chap. I). Le "taux de criminalité" est un indicatif dont la validité dépend de l'honnêteté du système judiciaire ; quand celui-ci sanctionne les victimes -pour avoir brisé la loi du silence- et parle d'enlèvements pour nier l'existence des viols, on perçoit alors toute la valeur d'une telle déclaration !
   Il n’existe toujours pas de code pénal en Arabie Saoudite ! Les procès -à huis clos- débouchent sur des jugements arbitraires, et les verdicts sont rarement consignés, ce qui a des conséquences évidentes sur les possibilités de faire appel...

   Pour ce qui est des sanctions évoquées, nous retrouvons dans le cas de Bariya Ibrahim Magazu l'application partiale -elle seule fut sanctionnée- d'une prescription coranique que nous avions déjà rencontré dans un autre article : La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les chacun de cent coups de fouet (...) Et qu'un groupe de croyants assiste à leur punition (Coran XXIV, 2).
    S'y ajoute celle contenue dans cet autre passage, un peu plus loin : Et ceux qui lancent des accusations contre des femmes chastes sans produire par la suite quatre témoins, fouettez-les de quatre-vingts coups de fouet (Coran XXIV, 4). Cette sourate développe longuement le sujet de la calomnie, et va lourdement insister : Ceux qui aiment que la turpitude se propage parmi les croyants auront un châtiment douloureux, ici-bas comme dans l'au-delà. Allah sait, et vous, vous ne savez pas (Coran XXIV, 19). Est-ce cette disproportion dans le discours qui pousse des juges iniques à s'en prendre prioritairement aux victimes qui osent dénoncer leurs agresseurs ?
   Cette sourate, nous venons de le lire, parle également de chasteté. Nous pouvons ainsi trouver l'appel suivant : Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C'est plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu'ils font. Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu'elles ne montrent leurs atours qu'à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs soeurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu'elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu'elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l'on sache ce qu'elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès (Coran XXIV, 30-31). Là encore, nous sommes face à une disproportion manifeste -cette fois-ci, entre hommes et femmes- qui ne peut être sans conséquences. Surtout si l'on songe à cet autre passage du Coran : Ceux qui se maintiennent dans la chasteté et n'ont de rapports qu'avec leurs épouses ou les esclaves qu'ils possèdent -car dans ce cas, ils ne sont pas blâmables, mais ceux qui cherchent en dehors de cela, sont des transgresseurs- (...) ceux-là seront honorés dans des Jardins (Coran LXX, 29-31.35)

   L'interprétation à donner à ces passages relève de l'exégèse. Quand des juges de pays dits "musulmans" rendent des verdicts tels que ceux présentés dans cet article, on est en droit de considérer que leur exégèse est une insulte à la dignité humaine. Des voix musulmanes s'élèvent pour défendre une autre lecture ; laissons donc à nouveau le mot de la fin à un tunisien : "Nous osons affirmer qu'une nouvelle interprétation du Coran et des textes fondateurs est non seulement possible mais qu'elle est plus fidèle à l'esprit et à l'objectif ultime du message du Prophète. Sans remettre en cause la bonne foi des oulémas de l'islam classique, on peut noter qu'ils étaient sous la coupe d'une aliénation mentale qui les empêchait d'affronter la réalité dans sa nudité et d'admettre la fragilité de l'ordre social humain (...) Dans cet ordre d'idées, il nous suffit de nous arrêter sur les rapports hommes-femmes qui sont, avec le pouvoir politique, au centre des intérêts des islamistes. Les fondamentalistes sont hantés par le corps de la femme. Ils fantasment sur les attributs féminins et occultent la dimension humaine, personnelle et intellectuelle, de la femme (...) Aujourd'hui, l'islam peut-être interprété et vécu en conformité avec les valeurs de la modernité et le respect des droits humains universels et inaliénables. Les combats d'arrière-garde que mènent les islamistes et les gouvernants qui instrumentalisent la religion à des fins politiques et idéologiques sont en contradiction avec l'épanouissement spirituel recherché par tout musulman honnête et conséquent" (Abdelmajid Charfi, L'islam aujourd'hui face à la modernité)

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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 19:16

    nullLa lapidation en islam est malheureusement un sujet inévitable... Penchons-nous sur la question à partir du cas de l'iranienne Mokarrameh Ebrahimi et du défunt Jafar Kiani.

Chronologie des faits :

- 1994 : Condamnation de Mokarrameh Ebrahimi et de Jafar Kiani ; il n'y a ni témoins, ni aveux, mais le juge "sait" qu'il y a eu adultère : en prison, Mokarrameh donne naissance à un fils, Ali
- 2002 : L’Ayatollah Shahroudi aurait instauré un moratoire sur les exécutions par lapidation.
- 2003 : Une loi est adoptée sur l’application de certains châtiments, dont la lapidation.
- 2006 : L’appel de Mokarrameh et de Jafar ayant été rejeté, ils doivent être mis à mort en juin au cimetière de Behesht-e Zahra à Takestan ; les militants de Stop Stoning Forever -une campagne contre la lapidation en Iran- alertent le public de la menace pesant sur le couple, et l’ayatollah Shahroudi donne l'ordre de suspendre l’exécution. Jafar Kiani sera cependant tué par les autorités locales début juillet.
- 2007 : Graciée par l'Ayatollah Ali Khamenei, Mokarrameh Ebrahimi, 43 ans, est libérée -avec ses deux enfants- de la prison de Choubin.

Commentaire :

   La mort de Jafar Kiani doit nous rappeler que -même si ce sont majoritairement des femmes qui sont condamnées- les hommes peuvent eux-aussi être concernés...
   Pour ce qui est de Mokarrameh, encore une fois, la mobilisation internationale a permis d'épargner une vie. Notons cependant ici que cette campagne fut d'abord locale avant de trouver des relais à l'étranger : Stop Stoning Forever est un mouvement lancé par des militants iraniens -malgré diverses mesures de répression- qui a sauvé plusieurs vies. Que Dieu soutienne leur courage !

Prolongements :

   La question posée ici est donc celle de la lapidation en islam. Ouvrons le Coran. Nous pouvons tout d'abord lire ceci : Celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d'entre vous. S'ils témoignent, alors confinez ces femmes dans vos maisons jusqu'à ce que la mort les rappelle ou qu'Allah décrète un autre ordre à leur égard (Coran IV, 15)
   Nous sommes bien loin de l'affaire présentée ici. Poursuivons notre lecture : La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les chacun de cent coups de fouet. Et ne soyez point pris de pitié pour eux dans l'exécution de la loi d'Allah -si vous croyez en Allah et au Jour dernier. Et qu'un groupe de croyants assiste à leur punition (Coran XXIV, 2)

   Nous voici face à une contradiction flagrante. La tradition islamique l'explique en s'appuyant sur le passage suivant : Si Nous abrogeons un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur, ou un semblable. Ne sais-tu pas qu'Allah est Omnipotent ? (Coran II, 106). Ainsi, la prescription du confinement est considérée comme faisant parti des versets abrogés (Mansoukh). Reste que le fouet n'est pas la lapidation. Alors, comment en est-on arrivé à prôner dans la Charia une peine absente du Coran ?

   Il nous faut nous tourner vers les récits de la tradition islamique. Selon elle, Omar, deuxième successeur du prophète de l'Islam, a déclaré : "Parmi ce qu'Allah a fait descendre, il y a le Verset sur la lapidation. Nous l'avons récité et nous l'avons bien compris et assimilé. Le Messager d'Allah a lapidé et nous avons lapidé après lui" (rapporté par Bukhari et Muslim). Cette déclaration est illustrée par divers hadiths. L'un d'eux est même proposé comme explication du passage coranique suivant : Mais comment te demanderaient-ils d'être leur juge quand ils ont avec eux la Thora dans laquelle se trouve le jugement d'Allah ? Et puis, après cela, ils rejettent ton jugement. Ces gens-là ne sont nullement les croyants (Coran V, 43)

   Et, de fait, si nous acceptons l'exégèse qui veut relier ce verset au cas que nous traitons ici, nous pouvons alors ouvrir le dernier livre du Pentateuque et lire ceci : Si l'on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, ils mourront tous les deux, l'homme qui a couché avec la femme, et la femme elle-même (...) vous les amènerez tous les deux à la porte de cette ville, vous les lapiderez et ils mourront (Dt XXII, 22.24)

   Laissons le mot de la fin à un musulman, en désaccord -au nom du Coran !- avec les juristes qui élaborèrent la Charia : "Historiquement, la lapidation nous vient de la Loi juive (...) Le Christ est le premier à contester cette pratique (...) Les membres du Sanhédrin (...) présentent au Christ une femme adultère, lui disent que selon la Loi de Moïse, elle doit être lapidée et lui demandent son avis. Le Christ leur répond : "Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre" (...) Ils se retirèrent, à commencer par les plus âgés (Jn VIII, 7.9). A mon avis, ce moment est une révolution extraordinaire dans l'histoire de la Loi sémitique monothéiste" (Mahmoud Azab, Dans le Coran, il n'y a aucune trace d'incitation à la lapidation)

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 09:26

    null   Les juristes ayant une place essentielle en islam, nous nous penchons donc à nouveau aujourd'hui sur un cas précis, celui de l'égyptienne Chadia Nagui Ibrahim, qui nous offrira un éclairage sur le statut des non-musulmans dans une société prônant le communautarisme confessionnel au nom de la Charia.

Chronologie des faits :

- 1960 : naissance de Chadia Nagui Ibrahim
- 1962 : son père se convertit à l'islam et prend le nom de Mustafa
- 1965 : après avoir falsifié ses papiers, son père rentre au domicile conjugal
- 1982 : Chadia Nagui Ibrahim, qui a été élevée dans la religion copte, se marie ; son certificat indique évidemment qu'elle est chrétienne
- 1996 : le père de Chadia est arrêté pour avoir falsifié ses papiers
- 2000 : Chadia Nagui Ibrahim est condamnée par contumace à trois ans de prison pour “fausses informations sur des documents officiels” 
- 2007 : arrêtée par la police égyptienne, Chadia va passer plusieurs mois en prison
- 2008 : Chadia Nagui Ibrahim est remise en liberté : "La cour avait affirmé avoir condamné Mme Ibrahim sur examen des scellés, dont la carte d'identité de l'accusée.
Le dossier ne comportant pas de scellés, le procureur a estimé que le jugement a été rendu sur la base d'informations erronées"

Commentaire :

   Le point de départ de cette affaire remonte donc aux années 60 : un copte abandonne, puis réintègre le domicile conjugal. Il s'était converti à l'islam : était-ce pour divorcer ? En effet, tout comme l'Eglise Catholique, l'Eglise Copte interdit le divorce, en se référant au passage suivant : N'avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit mâle et femelle et qu'Il a dit : "C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair" Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni ! (Matthieu XIX, 4-6)
   Après quelques années de séparations, le père de Chadia revient -sa file a alors 5 ans- avec des papiers falsifiés. Falsifiés, car la justice égyptienne interdit tout changement de religion aux musulmans. De plus, pour la loi égyptienne, le fait que le père de Chadia se soit converti -même clandestinement- à l'islam a fait automatiquement de sa fille une musulmane.

   Apprécions à nouveau aujourd'hui l'artifice juridique utilisé pour se sortir d'une situation aberrante... Certes, Chadia -Dieu merci- a été libérée, mais la justification hypocrite qui a permis d'annuler sa condamnation maintien de fait l'idée de la justesse de celle-ci : dire que "le jugement a été rendu sur la base d'informations erronées" remet en cause la procédure -absence de scellés- et non le jugement.
   
Nous évoquions précédemment la justice afghane tiraillée entre attente populaire et attente de la communauté internationale ; nul doute que la conclusion de la présente affaire relève du même processus. Il est cependant regrettable de voir que cette "justice" égyptienne qui prétend être rendue au nom de l'islam semble ignorer la déclaration suivante : Ô les croyants ! (...) Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l'équité : cela est plus proche de la piété... (Coran V, 8)

Prolongements :

   La question posée ici est donc celle du statut des non-musulmans dans une société dite "islamique". L'Egypte, à sa façon, actualise un concept hérité de la tradition musulmane : le statut de dhimmi. Cette idée peut être définie ainsi : la oumma -la communauté musulmane- accueille les Ahl al Kitâb -les Gens du Livre- dans la mesure où ceux-ci acceptent la domination de l'Islam.
   La dhimmia n'apparaît pas dans le Coran, mais résulte d'une élaboration juridique où les passages coraniques suivant ont eu une grande place : ...Tuez les associateurs où que vous les trouviez (...) Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salât et acquittent la Zakât, alors laissez-leur la voie libre (...) Combattez ceux qui (...) ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés (Coran IX, 5.29) Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, et les sabéens, quiconque d'entre eux a cru en Allah au Jour dernier et accompli de bonnes oeuvres, sera récompensé par son Seigneur ; il n'éprouvera aucune crainte et il ne sera jamais affligé (Coran II, 62)

   Donnons la parole a une importante figure tunisienne
qui nous a malheureusement quitté récemment : "Le statut islamique des minorités est complexe. il est fait de tolérance, remarquable pour l'époque, et de discriminations, inacceptables aujourd'hui (...) Certaines des discriminations établies par les 'ulemas subsitent encore aujourd'hui dans certains pays musulmans. Elles seront certainement aggravées considérablement chaque fois qu'un des régimes actuels, qui sont mi-modernes, mi-religieux, cèdera la place à un régime intégriste. N'oublions pas les malheurs qui ont été infligés aux baha'is (...) Même en dehors des quelques régimes intégristes, dans le reste du monde musulman, le sort des minorités religieuses est généralement peu enviable. Les tracasseries administratives que subissent les coptes égyptiens (...) sont injustifiables (...) Il faut rejeter l'argument que, les musulmans étant majoritaires, ils sont en droit de gouverner. La majorité à prendre en considération pour le gouvernement démocratique est celle des opinions et projets politiques, non des convictions religieuses ou des origines ethniques" (Mohamed Charfi, Islam et Liberté)

   L'Egypte, dix ans après ce livre, a instauré l'informatisation des actes de naissance ; le déclarant se doit de mentionner la religion du nouveau-né, religion qui ne relève donc pas de la conviction mais de l'appartenance communautaire. Dans ce contexte particulier, nous voyons la justice égyptienne entériner l'idée d'une transmission paternelle automatique et rétro-active de cette appartenance, tout en maintenant également, dans d'autres cas, l'impossibilité pour un musulman de changer de religion. N'est-ce pas une illustration de ces discriminations "aggravées considérablement chaque fois qu'un des régimes actuels, qui sont mi-modernes, mi-religieux, cèdera" aux pressions intégristes ?
   M. Charfi parlait des "tracasseries administratives que subissent les coptes égyptiens"... Mais il évoquait également le sort des baha'is en Iran. L'Egypte, elle aussi, réserve un sort peu enviable aux membres de cette religion. Le système informatique limite le choix à trois catégories : christianisme et judaïsme -tolérés comme Ahl al Kitâb- ou, bien sûr, islam. Refuser ces catégories, c'est priver son enfant de papiers d'identité, et donc ne pas pouvoir les inscrire à l'école, leur interdire toute vie économique officielle et les condamner à la clandestinité...

   Notons cependant que la Haute cour administrative d'Egypte a récemment décidé (cas du baha'is Raouf Halim) qu'il était possible de ne pas mentionner une religion non listée. Un pas dans la bonne direction ? Un autre jugement, en février 2008, a également permis à douze coptes, convertis à l'islam, puis revenus au christianisme, de recevoir des papiers d'identité les désignant à nouveau comme chrétiens. Un autre pas dans la bonne direction... Mais la route est longue !

   Laissons le mot de la fin à un autre tunisien : "L'appartenance à un Etat est une chose, l'appartenance à une communauté spirituelle en est une autre. Il y a en France trois à quatre millions de musulmans. Va-t-on leur donner le statut de dhimmis ? Si nous ne voulons pas que les musulmans soient des dhimmis ailleurs, nous ne devons pas chez nous réduire les non musulmans à ce statut. C'est pourquoi il est si important de clarifier la notion de umma, de faire comprendre qu'elle est une relation verticale entre Dieu et l'homme que l'on partage avec un certain nombre de gens. Chaque Musulman porte en lui la communauté des croyants, mais dans son coeur, pas dans la géographie. Les confusions ont toujours été entretenues pour des raisons politiques" (Mohamed Talbi, Plaidoyer pour un Islam moderne)

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 13:03

    null   Compte tenu de l''importance donnée aux juristes en islam, le choix est fait ici de se pencher sur des cas précis de jugements prononcés au nom de cette religion. Ce premier article va donc se pencher sur la question de la peine de mort pour apostasie en islam, autour du cas d'Abdul Rahman.

Chronologie des faits :

- 1990 : Abdul Rahman, travaillant au Pakistan pour une ONG chrétienne, abandonne l'islam pour le christianisme.
- 2004 : la nouvelle constitution afghane établi "qu'aucune loi ne peut être contraire aux principes de la religion sacrée de l'islam"
- 2005 : Après avoir vécu en Allemagne, Abdul Rahman revient en Afghanistan
- 2006 : arrestation d'Abdul Rahman sur dénonciation de sa famille (qui avait la garde de ses deux filles de 13 et 14 ans) ; selon les propos du juge Ansarullah Mawlavizada : "S'il ne revient pas à l'islam, il recevra la peine de mort, comme le prévoit la loi. S'il revient à l'islam, le tribunal a deux options : lui pardonner, ou lui infliger des châtiments mineurs"
   En 15 jours, les pressions internationales vont amener le porte-parole de la Cour suprême afghane, Walik Omari, à déclarer qu'Abdul Rahman (qui reconnaît être chrétien et affirme n'avoir aucun regret) avait peut-être "un problème psychologique" ; le procureur, Sarinwal Zamari, va relayer cette position : "Nous pensons qu'il pourrait être fou. Ce n'est pas un homme normal, il ne parle pas comme un homme normal"
   Des centaines d'Afghans vont se rassembler aux cris de "Mort à Bush", au lendemain de l'annonce par le tribunal de l'abandon pour absence de preuves des poursuites pesant sur Abdul Rahman. Il sera discrètement exfiltré vers l'Italie, qui lui accorde l'asile politique.

Commentaire :

   Nous voyons la justice afghane tiraillée entre l'attente populaire -mise à mort du traître- et l'attente de la communauté internationale -respect de l'article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme : "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion : ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction"
   Remercions tout d'abord Dieu d'avoir permis que la pression internationale sauve une vie.
   Apprécions ensuite à sa juste valeur l'artifice juridique utilisé pour satisfaire les deux partis : passons sur son hypocrisie manifeste -qui n'a trompé personne- et constatons que ce qui est décrété ici, c'est qu'affirmer "ne pas avoir de regret" lorsque l'on abandonne l'islam pour le christianisme relève de la folie.
   Voilà un jugement qui exprime un grand respect pour la foi d'autrui... Mais que tout chrétien blessé par ce mépris manifeste garde en mémoire ces propos de Paul : Que personne ne s'abuse : si quelqu'un parmi vous se croit sage à la manière de ce monde, qu'il devienne fou pour être sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu... (1 Co III, 18-19)

Prolongements :

   La question posée ici est donc celle de la peine de mort pour apostasie de l'islam. L'argumentation traditionnelle s'appuie en général sur l'interprétation faite du fragment coranique suivant : ...Ne prenez donc pas d'alliés parmi eux, jusqu'à ce qu'ils émigrent dans le sentier d'Allah. Mais s'ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez (Coran IV, 89)

   La peine de mort pour apostasie est également défendue au nom de ce hadith célèbre : Il n'est permis de verser légalement le sang d'un musulman que dans trois cas : celui de l'homme marié qui commet l'adultère, celui de l'assassin qui, légalement, mérite la mort et celui de l'homme qui renie sa religion et se sépare de la communauté

   Ce châtiment est accepté par toutes les écoles du droit sunnite, comme nous le rappelle par exemple Averroes : "Si on saisit l’apostat avant qu’il ne soit entré en guerre contre les Musulmans, alors les juristes sont communément d’avis pour dire qu’il doit être tué, conformément au hadith du Prophète : Quiconque change sa religion, tuez-le (rapporté par l’ensemble des compilateurs de hadiths sauf Muslim). Les juristes ont néanmoins divergé sur l’exécution de la femme et sur le fait de savoir si on doit lui demander la repentance ou non. La majorité de ces juristes sont d’avis que la femme doit être tuée, comme l’homme. Abû Hanîfah est cependant d’avis qu’elle n’a pas à être tuée, et qu’elle est à considérer au même titre que la mécréante d’origine" (citation tirée de Bidâyat Al-Mujtahid wa Nihâyat Al-Muqtasid)

   Certains pays musulmans ont donc inscrit cette peine de mort dans leur code pénal.

  •   Ainsi, en Mauritanie, l'article 306 qui stipule : "Tout musulman coupable du crime d'apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours. S'il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu'apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor"
  •   Au Soudan, l’article 126 du code pénal de 1991 déclare : “Quiconque se rend coupable d’apostasie pourra exprimer son repentir pendant une période fixée par le tribunal. Toute personne qui maintient son reniement de la foi est passible, sauf s’il s’agit d’une personne convertie récemment à l’Islam, de la peine de mort. La peine infligée pour apostasie est remise si l’apostat abjure avant l’exécution”
  •   Le 25 février 2008, l'Union Européenne s'est inquiétée officiellement du projet iranien de réforme du code pénal : "L’inquiétude de l’UE porte en particulier sur le chapitre 5, consacré à l’apostasie, à l’hérésie et à la sorcellerie. Il importe d’observer que, si cette loi est adoptée, la République islamique d’Iran introduira pour la première fois dans son code pénal une disposition législative rendant l’apostasie passible de la peine de mort. Par le passé, la peine de mort a été prononcée et exécutée dans des cas d’apostasie, mais elle n’a jamais été inscrite dans la loi"

   Cette déclaration de l'Union Européenne nous rappelle que la peine de mort pour apostasie existe également dans des pays où elle n'a pas forcément été inscrite dans la loi. Ainsi, l'Arabie Saoudite -qui n'a pas de code pénal- condamne bien souvent à la décapitation...

   Des voix s'élèvent au sein de l'islam contre ces pratiques. Certains font remarquer que le verset 89 de la sourate IV parle de ceux qui "émigrent dans le sentier d'Allah". Il s'agit donc d'un verset rattaché à une période bien définie de l'histoire musulmane, l'Hégire. Une période de conflit, aujourd'hui révolue : ...On ne peut comparer cependant celui d'entre vous qui a donné ses biens et combattu avant la conquête... Ces derniers sont plus hauts en hiérarchie que ceux qui ont dépensé et ont combattu après (Coran LVII, 10).

   Quand à la question des hadiths... Voici ce que déclarait l'intellectuel tunisien Mohamed Talbi dans un entretien pour le Nouvel Observateur : "Le critère que je propose pour une réforme, c’est le Coran : tout hadith en contradiction avec le Coran, avec sa lettre ou avec son esprit, est à écarter sans appel. Seul le Coran oblige. Il en est de même pour la peine de mort pour apostasie en vertu du principe "Qui change de religion doit être tué". Or rien de tel n’existe dans le Coran. Au temps du Prophète, on changeait de religion plusieurs fois par jour, des versets nous le disent : des gens étaient musulmans le matin lorsqu’ils étaient avec des musulmans et polythéistes le soir avec des polythéistes (...) Alors ce hadith qui coupe les têtes est en contradiction totale avec le Coran. Je n’entends pas le réformer, je le rejette"

   A l'appui de cette déclaration de Mohamed Talbi, citons pour finir ce verset : Ceux qui ont cru, puis sont devenus mécréants, puis ont cru de nouveau, ensuite sont redevenus mécréants, et n'ont fait que croître en mécréance, Allah ne leur pardonnera pas, ni les guidera... (Coran IV, 137)

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