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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 06:30
Taym   Avant d'explorer plus avant la pensée de cet admirateur chî'ite d'Ibn 'Arabî que fut Haydar Amolî, prenons connaissance plus en détail de la façon dont le sunnite Ibn Taymiyya s'oppose, lui, au cheikh al-Akbar. Nous avons déjà eu l'occasion de découvrir sa définition particulièrement étriquée du soufisme, entrons maintenant dans le détail avec des extraits de son ouvrage Al-Furqan Bayna Awliya Al-Rahman Wa Awliya As-Shaytan ("Le discernement entre les «saints» de Dieu et les «saints» du Diable"), à partir de la traduction proposée par 'Alî Hassan Khan. 
 
   Mais avant d'entamer notre lecture, un préalable est requis. Nous avons déjà évoqué le choix fait sur ce site de rendre le terme complexe awliyâ par «saints» ; il est nécessaire d'en dire plus aujourd'hui. Voici comment ce grand connaisseur du soufisme qu'est Michel Chodkiewicz explicite un tel choix : "Nous traduisons par «saints», conformément à l'usage et faute de mieux, le mot walî, au pluriel awliyâ, de la racine WLY. Il faut tout de suite signaler (...) que, d'un point de vue strictement étymologique, les véritables équivalents des termes français «saints» ou «sainteté»  devraient être formés sur la racine QDS, qui exprime l'idée de pureté, d'inviolabilité et fournit donc les correspondaces souhaitées avec le grec hagios et le latin sanctus (...) Le sens premier de WLY est celui de proximité, de contigüité ; en dérivent deux familles de significations : «être ami», d'une part, «gouverner, diriger, prendre en charge», d'autre part (...) Notons au passage que, pour un romain tardif, l'amicitia, terme usuel pour définir la relation à un saint patron, exprimait à la fois, comme le remarque Peter Brown, la notion d'«amitié» -au sens fort- et celle de protection et de pouvoir" (Le Sceau des saints, Prophétie et sainteté dans la doctrine d'Ibn 'Arabî, p.30.32) 
 
   Ceci étant clarifié, découvrons maintenant le point de vue d'Ibn Taymiyya :
 
    "Lorsque nous avons appris que parmi les gens figurent les «saints» du Miséricordieux et les «saints» du Diable, il est obligatoire de faire la différence entre eux, tout comme Dieu et Son Messager les ont différenciés. Les «saints» de Dieu sont les croyants pieux, ainsi qu'Il a dit : Certes, les «saints» de Dieu seront à l'abri de toute crainte, et ils ne seront point attristés, ceux qui croient et qui craignent [Coran X, 62-63] (...) Les «saints» de Dieu sont ceux qui ont cru en Lui et Lui ont prêté allégeance, ainsi ils aiment ce qu'Il aime, détestent ce qu'Il déteste, agréent ce qu’Il agrée, se mettent en colère contre ce pour quoi Il se met en colère, ordonnent ce qu'Il ordonne, interdisent ce qu'Il interdit, donnent à celui qu'Il aime donner, s'abstiennent de donner à celui qu'Il aime être dépourvu de don (...) La «sainteté» est l'opposé de l'animosité, et la réalité de la «sainteté» est l'amour et la proximité, et la réalité de l'animosité est la haine et l'éloignement (...)
   Et les meilleurs des «saints» de Dieu sont Ses Prophètes, et les meilleurs de Ses Prophètes sont les Messagers parmi eux, et les meilleurs des Messagers sont ceux doués de fermeté : Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Muhammad
(...) Et le meilleur de ceux doués de fermeté est Muhammad, sceau des Prophètes (...) Ses vertus et les vertus de sa communauté sont nombreuses, et depuis que Dieu l'a envoyé, Il l'a instauré comme le séparateur entre Ses «saints» et Ses ennemis, et nul ne peut être «saint» de Dieu sauf celui qui croit en ce avec quoi il est venu, et qui le suit intérieurement et extérieurement. Celui qui proclame l'amour de Dieu et Son «saint patronage» alors qu’il ne le suit pas, alors il ne compte pas parmi les «saints» de Dieu, au contraire celui qui s'oppose à lui figure parmi les ennemis de Dieu et les «saints» du Diable (...)
   Les vertueux d'entre les croyants sont ceux qui sont saints parmi les croyants, les croyants pieux sont les «saints» de Dieu, et cela comprend Abû Bakr, 'Umar, 'Uthmane et 'Ali et l'ensemble des personnes du serment de la satisfaction, ceux qui ont prêté serment d'allégeance sous l'arbre, et ils sont mille quatre cent, et ils seront tous au paradis (...) Et parmi les mécréants figurent ceux qui prétendent être «saints» de Dieu, mais qui ne le sont pas, étant au contraire Ses ennemis. De même parmi les hypocrites qui manifestaient l'Islam, prononçaient extérieurement l'attestation que nul n'a le droit d'être adoré en dehors de Dieu Seul et que Muhammad est le Messager de Dieu, envoyé vers (...) les deux créatures dotés de poids, humains et jinns, tout en croyant dans leur intérieur ce qui contredit cela, comme par exemple (...) que Dieu a des «saints» particuliers envers lesquels il n'est pas envoyé (...) comme était Al-Khidr avec Moïse [Ils trouvèrent l'un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous. Moïse lui dit : «Puis-je suivre, à la condition que tu m'apprennes de ce qu'on t'a appris concernant une bonne direction ?» > Coran XVIII, 65-66] (...)
   Et parmi eux, il y avait ceux qui affirmaient que Dieu a révélé intérieurement aux gens de Souffah ce qu'Il a révélé la nuit de l'Ascension du Prophète (...) Il est rapporté que le serviteur de Al-Mûghirah ibn Shû'bah résidait ici, et que le Prophète dit : Celui-ci est l'un des sept, et ce hadith est un mensonge par consensus des gens de science (...) Et de la même façon pour tous les Hadiths attribués au Prophète sur le nombre des Saints, Substituts, Guides, Nobles, Pôles, Pivots (...) et les Pieux Prédécesseurs n'ont utilisé aucun de ces termes sauf le mot "Substitut" [Abdal] (...)
   Quiconque croit qu'un seul des saints possède une voie vers Dieu autre que celui tracé par Muhammad est un mécréant comptant parmi les «saints» du Diable (...)
   Si un homme pratique beaucoup d'actions de dévotion, d'adoration et atteint une science considérable, sans croire en la totalité de ce avec quoi Muhammad est venu, alors il n'est pas croyant, ni «saint» de Dieu, comme les érudits et moines parmi les savants Juifs et Chrétiens et leurs dévots. De même les gens affiliés à la science et à la dévotion parmi les associateurs, ceux de l'Arabie, de Turquie et d'Inde et autres parmi les philosophes (...) Ils sont donc mécréants et ennemis de Dieu, bien qu'une partie pensait être «saint» de Dieu, comme les philosophes de Perse parmi les Mages étaient mécréants, ainsi que Zoroastre, de même que les philosophes de Grèce comme Aristote et ses semblables (...)
   La totalité des ces personnes associées au dévoilement et actions surnaturelles, lorsqu'elles ne suivent pas les Prophètes, mentent nécessairement : leurs diables les trompent, leurs actions contiennent le péché et la dépravation, associationisme, injustice, débauche, exagération ou innovation dans l'adoration. C'est pour cela que les démons descendent sur eux et s'associent à eux, et ils deviennent les «saints» du Diable et non les «saints» de Dieu. Dieu a dit : Et quiconque est aveugle au rappel du Tout Miséricordieux, Nous lui désignons un démon qui devient son compagnon inséparable [Coran XLIII, 36] (...)
   Si pour le fou, sa foi et piété ne sont pas correctes, de même que son rapprochement de Dieu par les actions obligatoires et surérogatoires, il est impossible qu'il figure parmi les «saints» de Dieu, et il n'est permis pour personne de croire que le fou est un «saint» de Dieu, même si sa preuve est un dévoilement qu'il a entendu de lui ou une forme de contrôle, tel qu'il le voit faire signe vers quelqu'un, et celui-ci meurt ou s'évanouit, car on sait que les mécréants et hypocrites parmi les associateurs et les gens du Livre ont des dévoilements et contrôles diaboliques (...)
   Les «saints» de Dieu n'ont rien les distinguant extérieurement des gens dans les choses permises, ils ne se distinguent pas par un habit particulier (...)
   Il ne fait pas partie des conditions du «saint» de Dieu d'être protégé de toute erreur, de ne pas commettre de fautes et ne pas se tromper, mais il est possible que certaines sciences de la loi religieuse restent cachées de lui (...) Et il est possible qu'il pense que certaines actions surnaturelles soient des Faveurs des «saints» de Dieu alors qu’elles proviennent du Diable qui l'a dupé (...) Il ne sort pas avec cela du «saint patronage» de Dieu car Dieu a pardonné à cette communauté ce qui est fait par erreur, oubli ou coercition (...) Ainsi, puisqu'il est possible pour le «saint» de Dieu de se tromper, il n'est donc pas obligatoire pour les gens d'avoir la foi en tout ce qu’il affirme, sauf s'il est un Prophète de Dieu. Bien plus, il n'est pas permis pour le «saint» de Dieu de se reposer sur ce qu'il reçoit dans son coeur (...) Il lui est obligatoire de soumettre tous cela à ce avec quoi Muhammad est venu, s'il y a concordance, il l’accepte, s'il y a opposition, il ne l’accepte pas, et s'il ne sait pas si cela est en concordance ou en opposition, alors il s'abstient (...)
   Le meilleur de cette communauté après le Prophète est Abû Bakr et ensuite 'Umar. La désignation de 'Umar comme étant un inspiré dans cette communauté est établie dans le Sahih ; il a donc la précellence sur toute personne censée être inspirée et adressée à la communauté de Muhammad. Et pourtant, 'Umar faisait ce qui était obligatoire pour lui, et il jugeait ce qu'il recevait à l'aune de ce avec quoi le Messager était venu : s'il y avait concordance, c'était inscrit parmi ses vertus ; s'il y avait opposition, il renonçait à son avis (...) Et la supériorité de Abû Bakr sur 'Umar est démontrée, bien que 'Umar soit un inspiré, car la position du véridique [siddîq] est plus élevée que la position de l'inspiré. En effet, le véridique tire tout ce qu'il dit ou fait du Prophète infaillible, alors que l'inspiré prend tire certaines choses de son coeur, or son coeur n'est pas infaillible (...)
   Un groupe se trompant a pensé que le «sceau des saints» est le meilleur des «saints» par analogie avec le sceau des Prophètes, alors qu'aucun chef spirituel des anciens n'a parlé du «sceau des saints», à l'exception de Muhammad ibn 'Ali Al-Hakim At-Tirmidhi. En effet, il rédigea un ouvrage dans lequel il commit par endroits des erreurs, puis quelques individus (...) commencé à prétendre qu’il était le «sceau des saints», et certains ont proclamé que le «sceau des saints» est supérieur au sceau des Prophètes du point de vue de la science de Dieu, et que c'est par lui que les Prophètes bénéficient de la science de Dieu - ainsi le prétend Ibn 'Arabî, l'auteur du livre Al-Futûhât al-Makkiyya et du livre Al-Fusûs. Il contredit ainsi la Loi et la Raison, et s'oppose à l'ensemble des Prophètes et des «saints» de Dieu (...) Et le dernier des «saints» n'est pas le meilleur d'entre eux, comme le dernier des Prophètes est le meilleur d'entre eux, car la supériorité de Muhammad est établie (...)
   Sont des mécréants impie, ceux qui affirment que parmi les «saint» de Dieu auxquels le message de Muhammad est parvenu, certains ont une voie vers Dieu dans laquelle ils n'ont pas besoin de Muhammad. Et si quelqu'un dit être dépendant de Muhammad dans l'exotérique mais pas dans l'ésotérique, ou dans la science de la Loi mais pas dans la science de la vérité spirituelle, alors il est pire que les Juifs et Chrétiens qui ont dit que Muhammad était uniquement le Messager de Dieu pour les païens (...) De même, devient mécréant celui qui affirme que Muhammad est envoyé avec l'exotérique sans l'ésotérique, car il a cru en une partie de ce avec quoi il est venu, et a renié un partie (...) Le Messager est forcément un Prophète et un «saint», et Son message comprend sa prophétie, et sa prophétie comprend sa «sainteté». Et s'ils assument que Dieu va seulement l'établir prophète sans le «saint patronage» de Dieu, alors cette présomption est impossible (...)
   Ces gens disent parfois - comme affirme l'auteur de Al-Fusûs, Ibn 'Arabî - qu'ils puisent à la même source que l'ange qui apporte la révélation au Messager, parce qu'ils adhèrent [en réalité] aux croyances des philosophes, avant de les présenter sous la forme de dévoilements (...) La cause de leur erreur vient du fait que le mot "raison" dans la langue des Musulmans ['Aql] ne correspond pas au mot "raison" dans la langue de ceux-là [Logos] (...) Pour eux, la raison est une essence existante par elle-même, comme l'intelligence. Et ceci n'est pas conforme à la langue des Messagers et du Coran (...) Ces philosophes ont établi Gabriel comme étant l'imagination ayant pris une forme dans l'âme de Muhammad, l’imagination étant subordonnée à l’intelligence. Ensuite vinrent d'autres hérétiques qui s'associèrent à ces philosophes tout en affirmant être des «saints» de Dieu, et par la même supérieurs aux Prophètes de Dieu, recevant de Dieu sans intermédiaire. Tel est Ibn ‘Arabî, l'auteur de Al-Futûhât et de Al-Fusûs, qui dit qu’il puise à la même source que l'ange qui apporte la révélation au Messager : pour lui, la source  est l’intelligence, l’ange est l’imagination, et l’imagination est subordonnée à l’intelligence ; ainsi, comme il prétend puiser directement dans ce qui est à l'origine de l'imagination, quand le Messager puise dans l'imagination, il devient d'après sa pensée supérieur au Prophète (...)
   Ibn ‘Arabî et ses semblables, s'ils proclament être des Soufis, figurent alors parmi les Soufis des philosophes hérétiques, et non parmi les Soufis des gens de science, et encore moins parmi les chefs spirituels des gens du Livre et de la Sunna, comme Al-Fudhayl ibn ‘Iyâdh, Ibrahim ibn Adham, Abû Sulayman Ad-Darânî, Ma’ruf Al-Karkhi, Al-Junayd ibn Muhammad, Sahl ibn ‘Abdillah At-Tustârî, et leurs semblables (...)
   Ceux-là sont les plus grands prétendant parmi les gens au «saint patronage» de Dieu, et ils sont en fait les plus grands «saints» du Diable
(...) L'ensemble de leur paroles provient uniquement d'états diaboliques. Ils disent, comme l'auteur de Al-Futûhât dans son chapitre sur le "domaine de la réalité" qu'il s'agit du domaine de l'imagination. Nous pouvons en conclure que la réalité dont ils parlent est en fait celle de l’imagination, qui est la sphère d'activité du Diable, car le Diable fait imaginer à l'homme des choses contrairement à ce qu'elles sont (...)
   C'est de ce type d'esprit satanique que l’auteur de Al-Futûhât a cru recevoir ce livre. C’est pour cela qu’il mentionne différentes catégories d'actes d’isolements avec un type particulier de nourriture et avec des choses particulières. C'est ce avec quoi son auteur peut ouvrir un contact avec les jinns et les démons - ils pensent que cela fait partie des Faveurs des «saints» de Dieu alors que ce ne sont que des états sataniques (...)
   Comme les états de ceux-là étaient sataniques, ils contredisaient les Messagers, ainsi qu'on le constate dans les paroles de l'auteur de Al-Futûhât al-Makkiyya et de Al-Fusûs et de ses semblables (...) Ils blâment les chefs spirituels des Musulmans (...) comme Jounayd ibn Mouhammad (...) et ils louent les gens condamnés par les Musulmans comme Al-Hallaj"    

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commentaires

Musulman 12/11/2016 07:50

qu'Allah aie pitié de vous, je ne souhaiterai a personne ce qui vous arrive. je suis un jeune soufi d'une vingtaine d'années et je rends grâce à Allah ! j'ai apprécié moi-même et j'ai pu distinguer le vrai du faux. les soufis sont les amis d'Allah et leur voie est la voie de l'amitié avec Allah. Mais cest une grâce d'Allah. Si un quelconque n'a pas reçu cette grâce, le pire c'est qu'il vienne a les critiquer. Un vrai soufi ne suivra jamais les critiques a l'encontre du soufisme, quoi qu'on dise. Puisqu'il est lui-même la preuve de la véracité de cette voie. Ainsi se dit t'il tous les jours: c'est une très grande malchance de ne pas s'intéresser au Soufisme, la voie de l'amitié et de l'Union avec Allah. SALAM aleikoum wa rahmatoullahi

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