Dimanche 25 septembre 2011 7 25 /09 /Sep /2011 08:53

Monstre.jpg   "De toutes les anciennes histoires, il n'en est aucune, parmi celles des prophètes et des rois de la terre, qui soit plus merveilleuse (...) que l'histoire de Joseph. Cette histoire a été déclarée dans le Coran, par Dieu, la plus belle de toutes celles qui existent"... Ainsi commence le récit de Tabarî, en écho au début de la sourate Yusuf : Nous te racontons le meilleur récit ['Aĥsana Al-Qaşaşi] grâce à la révélation que Nous te faisons dans le Coran même si tu étais auparavant du nombre des inattentif (Coran XII, 3)

 

   Après avoir proposé un article sur la place des songes en Islam), il était naturel de renouer avec les comparaisons entre récits bibliques et coraniques par le biais de ce "grand rêveur" : Joseph.

 

   Le récit biblique commence de façon beaucoup plus succinte : Voici l'histoire de Jacob. Joseph avait dix-sept ans (Gn XXXVII, 2). Le raccourci est cependant, en soi, significatif : des douze enfants de Jacob-Israël, c'est Joseph qui va visiblement avoir un rôle décisif. "Jacob parvint à un degré de prospérité qui a difficilement été atteint par un autre (...) La divinité prenait un tel soin de lui et veillait si bien à sa prospérité que même les événements qui lui semblaient déplorables devinrent une source d'immenses bienfaits" (Flavius Josèphe, Antiquité Judaïque, livre II, chap. II)

 

   Ainsi que nous l'avions vu il y a deux ans, Joseph fait l'objet d'un favoritisme mal digéré par ses frères : Israël aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, car il était le fils de sa vieillesse, et il lui fit faire une tunique ornée. Ses frères virent que son père l'aimait plus que tous ses autres fils et ils le prirent en haine, devenus incapables de lui parler amicalement (Gn XXXVII, 3-4) ; Joseph et son frère sont plus aimés de notre père que nous, alors que nous sommes un groupe bien fort. Notre père est vraiment dans un tort évident (Coran XII, 8)

   Déjà, entre les deux récits, quelques différences surviennent : le récit de la Genèse nous dit que la préférence de Jacob-Israël ne va que vers Joseph, alors que le Coran nous dit que la préférence va aux deux enfants de Rachel. Le récit biblique pourrait donner tort au père, puisque sa préférence est mise sur le compte d'une certaine faiblesse de sa part : il était le fils de sa vieillesse. Le récit coranique incite plutôt à donner tort aux frères, leur justification étant le droit du plus fort.

   Notons au passage qu'un auteur juif tel que Flavius Josèphe tend plutôt à justifier la préférence paternelle par les qualités de Joseph lui-même : "Joseph, que Jacob avait eu de Rachel, était celui de tous ses enfants qu'il chérissait le plus, tant pour sa beauté physique que pour les qualités de son âme, car il avait une sagesse exceptionnelle" (ibid.). Certes, la Bible nous dira plus loin dans l'histoire que Joseph avait une belle prestance et un beau visage (Gn XXXIX, 6) et qu'il n'est "personne d'intelligent et de sage" comme lui (Gn XLI, 39) ; mais pour l'instant, les esprits chagrins pourront noter qu'outre la préférence paternelle, Joseph agit d'une façon qui ne pousse guère ses frères à l'apprécier : Il gardait le petit bétail avec ses frères -il était jeune- avec le fils de Bilha et les fils de Zilpa, femmes de son père, et Joseph rapporta à leur père le mal qu'on disait d'eux (Gn XXXVII, 2)

   ...On trouve rarement sympathique un délateur...

 

   C'est dans ce contexte qu'interviennent les premiers rêves de Joseph : Or Joseph eut un songe et il en fit part à ses frères qui le haïrent encore plus. Il leur dit : "Ecoutez le rêve que j'ai fait : il me paraissait que nous étions à lier des gerbes dans les champs, et voici que ma gerbe se dressa et qu'elle se tint debout, et vos gerbes l'entourèrent et elles se prosternèrent devant ma gerbe" Ses frères lui répondirent : "Voudrais-tu donc régner sur nous en roi ou bien dominer en maître ?" Et ils le haïrent encore plus, à cause de ses rêves et de ses propos. Il eut encore un autre songe, qu'il raconta à ses frères. Il dit : "J'ai encore fait un rêve : il me paraissait que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi" Il raconta cela à son père et à ses frères, mais son père le gronda et lui dit : "En voilà un rêve que tu as fait ! Allons-nous donc, moi, ta mère et tes frères, venir nous prosterner devant toi ?" Ses frères furent jaloux de lui, mais son père gardait la chose dans sa mémoire (Gn XXXVII, 5-11) ; Quand Joseph dit à son père : "Ô mon père, j'ai vu onze étoiles, et aussi le soleil et la lune ; je les ai vus prosternés devant moi" "Ô mon fils, dit-il, ne raconte pas ta vision à tes frères car ils monteraient un complot contre toi ; le Diable est certainement pour l'homme un ennemi déclaré. Ainsi ton Seigneur te choisira et t'enseignera l'interprétation des rêves, et Il parfera Son bienfait sur toi et sur la famille de Jacob, tout comme Il l'a parfait auparavant sur tes deux ancêtres, Abraham et Isaac car ton Seigneur est Omniscient et Sage"(Coran XII, 4-6)

 

   Le Coran ne rapporte que le deuxième songe. Mais la différence la plus significative n'est pas là ; il faut sans aucun doute plutôt la voir dans la divergence des réactions attribuées à Jacob-Israël : dans le récit biblique, il garde encore une certaine ambigüité, alors que dans le récit coranique, nous le voyons mis en scène comme un confident lucide sur la réaction des frères de son fils préféré. Rien ne vient ternir son statut islamique de prophète. Il annonce déjà ce qui va suivre : "ton Seigneur te choisira et t'enseignera l'interprétation des rêves"

Par Ren' - Publié dans : Légendes des Anciens - Communauté : DIALOGUE INTERRELIGIEUX
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