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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 06:56

Amolî   Pour son anniversaire, ce blog a choisi de s'ouvrir au chî'isme en donnant la parole à Haydar Amolî. Mais comme il est de coutume ici depuis 5 ans d'alterner les rubriques lors de la parution des articles, en voici encore une nouvelle ! Une rubrique qui renoue avec une démarche suivie dans les tous premiers articles de ce blog, consacrés à St Augustin : celle qui consiste à étudier les écrits d'auteurs chrétiens antérieurs à l'Islam, dont la production polémique aurait cependant parfaitement pu être écrite en réponse à certains aspects de cette religion.

  

   L'auteur qui va nous intéresser ici est Epiphane de Salamine. Cet évêque chypriote, contemporain de St Augustin et de St Jérôme, polyglotte (St Jérôme surnommait son aîné "Pentaglosse" car il parlait le grec, le syriaque, le copte, l'hébreux et le latin), est l'auteur d'un traité sur les hérésies qu'il a intitulé "La Panière" (sous-entendu : à remèdes). Nous ne nous intéresserons pas à ce qu'il dit du manichéisme, puisque nous l'avons déjà fait avec St Augustin, mais à ce qu'il écrit de l'elkasaïsme, religion dans laquelle fut élevé Mani, et qui fait partie des nombreuses influences religieuses de l'Arabie du VIIe siècle. Contrairement au petit jeu anachronique d'il y a 5 ans, les extraits d'Epiphane seront donnés sans retouche particulière, tout en donnant bien sûr en parallèle, selon la ligne éditoriale habituelle de ce blog, les textes islamiques justifiant notre intérêt. La Bible, ainsi que d'autres auteurs antiques seront également cités pour enrichir notre point de vue.

 

   Le premier sujet que nous allons aborder est assez simple. Donnons la parole à Epiphane : "Le dénommé Elxai, du temps de l'empereur Trajan, après l'arrivée du Sauveur, était un faux prophète. Il écrivit un livre, à l'en croire par prophécie ou sagesse venue de Dieu  (...) Cet homme avait des moeurs égarées et un esprit trompeur. A l'origine, c'était un juif avec des croyances juives, mais il ne vivait pas selon la Loi, introduisant une chose, puis une autre, façonnant sa propre hérésie, et prôna dans son culte de jurer par le sel, l'eau, la terre, le pain, le ciel, l'éther et le vent. Mais une autre fois il désigna sept autres témoins : le ciel, l'eau, les esprits qu'il dit saints, les anges de la prière, l'huile, le sel et la terre" (Panarion XIX)

  

   Selon une source chrétienne plus ancienne -attribuée à Hippolyte de Rome- le livre d'Elkasaï donne en effet à lire : "Si une personne (...) est désireuse d'obtenir la rémission des péchés (...) laissez-la être baptisé une seconde fois au nom du Dieu Grand et Très-Haut et au nom de Son Fils, le Roi Puissant (...) Descendez vers une rivière ou une fontaine avec un grand bassin et laissez-la y plonger toute habillée, en invoquant le Dieu Grand et Très-Haut dans son coeur, et laissez-la jurer par les sept témoins qui ont été décrits dans ce livre : Voyez ! Je prends à témoin le ciel, l'eau, les esprits saints, les anges de la prière, l'huile, le sel et la terre. J'atteste par ces sept témoins que plus jamais je ne pécherai !" (Elenchos X)

 

   Epiphane s'offusque de cette pratique, "d'autant plus que le Seigneur dit clairement dans la Loi et l'Evangile Tu n'auras point d'autres dieux que Moi [Ex XX, 3], tu ne prêteras pas serment au nom d'un autre dieu [cf Dt VI, 13-14]. Et à son tour dans l'Evangile : ne jurez pas, ni par le ciel, ni par la terre, ni d'aucune autre manière. Que votre oui soit oui et votre non, non [Jc V, 12], tout le reste vient du Malin [Mt V, 37]. Moi, je considère ceci comme une prédiction du Seigneur lancée contre certains qui allaient dire de prêter serment par d'autres noms. Premièrement, en ce qu'il ne faut pas jurer en effet par le Seigneur ou quoi que ce soit d'autre car jurer vient du Malin. C'est donc le Malin qui parla à Elxaï, c'est lui qui l'a forcé à jurer non seulement par Dieu, mais aussi par le sel, l'eau, le pain, l'éther, le vent, la terre et le ciel"

 

   Comme nous pouvons le constater, Epiphane se réfère dans son argumentation à un enseignement de Jésus ainsi développé dans le texte de St Matthieu : Moi, je vous dis de ne pas jurer du tout : ni par le ciel car c'est le trône de Dieu, ni par la terre car c'est l'escabeau de ses pieds, ni par Jérusalem car c'est la Ville du grand Roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux en rendre un seul cheveu blanc ou noir [Mt V, 34-36] ; un enseignement qui n'est pas sans entretenir des liens étroits de parenté avec ce que l'historien juif Flavius Josèphe nous décrivait de la secte juive des esséniens : "Toute parole prononcée par eux est plus forte qu'un serment, mais ils s'abstiennent du serment même, qu'ils jugent pire que le parjure, car, disent-ils, celui dont la parole ne trouve pas créance sans qu'il invoque Dieu se condamne par là même" (Guerre des Juifs, Livre II, VIII, 6)

 

   Epiphane a vécu deux siècles avant le prophète de l'Islam ; mais nul doute qu'il aurait, le cas échéant, réagit face à l'abondance de passages coraniques tels que ceux-ci : Par ceux qui sont rangés en rangs ; par ceux qui poussent avec force ; par ceux qui récitent, en rappel (Coran XXXVII, 1-3) ; Par les vents qui éparpillent ; par les porteurs de fardeaux ; par les glisseurs agiles ; par les distributeurs selon un commandement (Coran LI, 1-4) ; Par At-Tur ; et par un Livre écrit sur un parchemin déployé ; et par la Maison peuplée ; et par la Voûte élevée ; et par la Mer portée à ébullition (Coran LII, 1-6) ; Par ceux qu'on envoie en rafales et qui soufflent en tempête, et qui dispersent largement ; par ceux qui séparent nettement et lancent un rappel (Coran LXXVII, 1-5) ; Par le ciel aux constellations et par le jour promis ; et par le témoin et ce dont on témoigne (Coran LXXXV, 1-3) ; Par le soleil et par sa clarté ; et par la lune quand elle le suit ; et par le jour quand il l'éclaire ; et par la nuit quand elle l'enveloppe ; et par le ciel et Celui qui l'a construit ; et par la terre et Celui qui l'a étendue ; et par l'âme et Celui qui l'a harmonieusement façonnée (Coran XCI, 1-7) ; Par le figuier et l'olivier ; et par le Mont Sinaï ; et par cette Cité sûre (Coran XCV, 1-3)... Il n'aurait pas manqué de dénoncer l'avalanche de témoins invoqués dans ces serments.

 

   Remarquons d'ailleurs pour conclure que les polémistes actuels se sont bel et bien emparés de ce sujet, à leur manière, comme en témoigne par exemple cette question posée par un musulman sur un site : "Un non-musulman m’a posé une question qui m’a beaucoup troublée. Il m’a dit : Il n’est pas permis au musulman de jurer par quelqu’un autre qu’Allah comme cela est mentionné dans un hadith authentique car personne n’est plus majestueux qu’Allah. Cependant, Allah lui-même jure souvent par Ses créatures dans le Coran ?"

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