Vendredi 3 juin 2011 5 03 /06 /Juin /2011 11:24

   Les représentants pour les relations avec l'Islam des conférences épiscopales européennes devaient se réunir du 31 mai au 2 juin à Turin pour faire un point sur le dialogue entre catholiques et musulmans. Après un mot d'accueil du cardinal Ricard, les délégués se sont mis au travail... A l’issue de cette rencontre, un communiqué de presse a été publié. Le voici :

 

   "La rencontre des délégués des Conférences épiscopales d’Europe pour les rapports avec l’islam a apporté la confirmation de l’intérêt avec lequel l’Église catholique suit les dynamiques d’insertion des résidents et citoyens de religion musulmane dans le contexte européen, tant au niveau individuel que communautaire. Il s’agit d’un processus complexe qui n’est pas exempt de contradictions, où émerge le défi –qui est en train de devenir une réalité– de l’inculturation progressive de l’islam en Europe, avec une tendance à manifester davantage sa dimension religieuse et morale, que sa dimension politique.

   Toutes les initiatives culturelles et théologiques qui sont l’expression de ce qu’on appelle la «théologie de l’inculturation» sont suivies avec beaucoup d’intérêt, car elles instaurent et consolident des processus de participation positive à la vie sociale et culturelle des pays d’Europe dans un contexte pluraliste, ouvert au dialogue interreligieux et interculturel.
   C’est pourquoi l’Église suit avec intérêt les attentes et les initiatives qui se font jour au sein des communautés musulmanes en vue de fournir à leurs responsables religieux –imams ou enseignants– une formation théologique et culturelle leur permettant d’exercer convenablement leur rôle religieux dans le contexte européen ; elle formule le souhait que ces initiatives –y compris la création d’une chaire de théologie islamique dans les universités d’Etat des pays où la théologie est une discipline inscrite au programme des universités– pourront être organisées avec les adaptations voulues selon le modèle juridique des rapports existant entre l’État et l’Église.
   Dans cette perspective, l’Église est favorable à ce que l’enseignement confessionnel de la religion dans les écoles publiques soit également accessible aux autres traditions religieuses, parmi lesquelles l’islam, tout en insistant sur le respect des conditions requises prévues par les différents États pour l’exercice de cette fonction.
   En élargissant leur horizon à tout le bassin méditerranéen, les délégués des Conférences épiscopales participent avec sympathie aux expressions de désir de démocratie, de liberté, d’appel au respect de la dignité de la personne dont les jeunes de différents pays arabes se sont faits les promoteurs au cours de ces mois de grands changements politiques,
et formulent le souhait que le processus en cours puisse conduire à l’établissement d’une vraie liberté de religion dans ces pays, de telle sorte que les arabes chrétiens puissent jouir eux aussi de cette liberté dans le cadre d’une citoyenneté égalitaire.
   Les délégués ont fait ensuite une évaluation critique du terme
«islamophobie» utilisé pour décrire les réactions d’hostilité à l’islam apparues dans la société européenne, lui préférant plutôt ceux de «peur» et «hostilité». En confirmant la volonté de l’Église de contribuer à surmonter ce genre de réactions qui conduisent à l’intolérance, ils exhortent les musulmans à nouer des relations positives et transparentes dans les différents contextes et de rejeter publiquement ces interprétations.
   Enfin, les délégués ont exprimé une nouvelle fois leur conviction que l’Église catholique qui est en Europe poursuivra avec un engagement renouvelé le dialogue avec les musulmans à l’école du Concile Vatican II et de l’enseignement de Benoît XVI, un dialogue dans lequel chrétiens et musulmans sont appelés à relever trois défis :
- le défi de l’identité (savoir et accepter ce que nous sommes) ;
- le défi de l’altérité (nos différences ne doivent pas nous conduire à la haine, mais devenir une source d’enrichissement mutuel) ;
- le défi de la sincérité qui implique d’exprimer sa foi sans l’imposer dans un contexte pluraliste et dans une perspective dialogique.
   À cette rencontre, présidée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et Vice-président du CCEE, a également participé le cardinal Jean Louis Tauran, Président du Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux.
   À l’issue des travaux, les délégués des Conférences épiscopales ont remercié l’archevêque de Turin, Mgr Cesare Nosiglia, pour son hospitalité, Don Andrea Pacini pour l’organisation de cette rencontre, et les Sœurs de Notre-Dame du Cénacle pour leur accueil chaleureux. Les travaux, qui se sont déroulés dans un climat de cordialité et d’amitié, ont été enrichis par des temps de prière et par la célébration quotidienne de l’Eucharistie"

Par Ren' - Publié dans : Regard de l'Eglise - Communauté : Dans le sein d'Abraham
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Commentaires

Voila une parole bien lisse, bien aseptisée... même en me retournant le cerveau, je ne parviens pas à imaginer ces propos tenus par l'apôtre Paul (par exemple). Certes, la question de la "dimension politique" de l'islam est importante, et il est effectivement souhaitable que les exigences de l'islam politique ne s'imposent pas en Europe... mais en quoi (je veux dire, pour des évêques) y a-t-il lieu de se réjouir de ce que la dimension "religieuse" de l'islam s'exprime et se développe ?

Toujours cette crainte de passer pour obscurantiste, de se voir reprocher une attitude prosélyte... alors, il faut se rabattre sur le PPCM ("plus petit commun dénominateur" comme on disait en math), quitte à passer le Sauveur (et d'ailleurs, tout le symbole de la foi) par "pertes et profits".

Je comprend que des politiques puissent tenir ce langage, viser ces objectifs, que des évêques le fassent me laisse... désemparé.

Commentaire n°1 posté par Albocicade le 28/06/2011 à 14h14

Comme je le disais il y a peu sur notre forum ( http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t264p15-le-peche-originel#5915 ), je ne suis pas monsieur "réponse à tout" ; je ne répondrai donc pas en lieu et place des évêques. Je vais cependant vous faire part de mon sentiment personnel : que l'Islam en Europe développe "une tendance à manifester davantage sa dimension religieuse et morale, que sa dimension politique" a de l'intérêt selon moi en ce qu'un tel développement permet de dialoguer entre croyants, sans les pressions/persécutions de l'Islam politique.

Réponse de Ren' le 28/06/2011 à 19h53
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