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En comprenant l'affirmation coranique selon laquelle Muhammad est "le Sceau des
Prophètes" comme une affirmation selon laquelle il est le dernier des prophètes dans
l'histoire de l'humanité, les musulmans ont considéré certaines portes de la communication avec Dieu comme définitivement closes. Mais une porte est restée ouverte : celle des rêves.
C'est d'ailleurs un élément marquant de nombreux récits de conversions à l'Islam. Tournons-nous donc à
nouveau vers Ibn Khaldun pour voir comment un musulman du XIVe siècle a pu exposer cet aspect de sa religion.
"L’interprétation des songes est une des sciences qui se rattachent à la loi et qui prirent
naissance dans l’Islam (...) Il est vrai que les songes et l’art de les interpréter existaient chez les hommes des temps anciens, de même que chez ceux qui vécurent dans les siècles
postérieurs ; mais, bien que cet art se pratiquât avant dans quelques sectes et chez quelques
peuples, il ne nous est pas parvenu, parce que, depuis lors, on s’en est tenu uniquement aux doctrines émises à ce sujet par les musulmans.
Quoi qu’il en soit, les songes sont naturels à l’espèce humaine et ont besoin d’être interprétés. Joseph, le patriarche et favori de Dieu, expliquait les songes, ainsi que nous
l’apprenons par le Coran ; le Prophète et Abû Bakr interprétaient les songes, ainsi que nous le lisons dans le Sahîh.
Les songes sont une des voies vers les perceptions du monde invisible. Le Prophète a dit : Les bons songes forment une des
quarante-six parties de la prophétie. Il a dit aussi : De toutes les annonces, il ne reste que les bons songes ; l’homme saint les
voit, ou bien ils se montrent à lui.
La première révélation qu'il reçut lui vint sous la forme d’un songe, et chaque songe qui lui arrivait était comme l’éclat de l’aurore. Quand il sortait de la prière du matin,
il avait l’habitude de demander aux Compagnons si quelqu’un d’entre eux avait eu un songe cette nuit, espérant trouver dans cette manifestation quelque bon présage poux le triomphe de la
religion. Les songes sont un des moyens par lesquels on obtient des perceptions du monde invisible (...)
L’homme plongé dans le sommeil voit ces formes de la manière dont il aperçoit celles qui se recueillent par les organes des sens. Voilà comment les perceptions obtenues par
l’esprit intellectuel se trouvent abaissées au degré de celles qui s’acquièrent par les sens ; et, dans tout cela, l’imagination joue le rôle d’intermédiaire. Voilà la vérité en ce qui regarde
les songes.
Ces indications suffiront pour faire distinguer entre les songes vrais et les songes confus et faux. Ces deux classes de manifestations se composent de formeset se présentent à
l’imagination pendant le sommeil : si elles descendent de l’esprit intelligent et perceptif, elles sont des songes vrais ; mais si elles proviennent de formes que l’imagination avait transmises à
la mémoire dans l’état de veille, ce sont des songes confus.
Sachez maintenant que les songes vrais portent en eux-mêmes des marques qui attestent leur vérité et leur réalité, et qui autorisent celui à qui une de ces manifestations arrive
à y reconnaître une annonce venue de la part de Dieu. Une de ces marques, c’est la promptitude avec laquelle celui qui a eu un songe se réveille (...)
Une autre de ces marques, c’est la persistance et la durée du songe. Il s’imprime avec tous ses
détails dans la mémoire, et cela si profondément qu’il ne saurait être négligé ou oublié (...) Si l’homme, en s’éveillant, occupe sa faculté réflective et son esprit dans le but de se
ressouvenir d’un songe qu’il a eu et dont il a oublié trop de détails pour pouvoir se le rappeler en entier, il n’a eu qu’un songe confus. Les mêmes marques servent à faire reconnaître les
révélations qui sont vraies. Dieu Lui-même a dit en parlant au Prophète : N’agite pas la langue avec trop d’empressement ; c’est à Nous de les
rassembler et de les réciter. Quand Nous les lirons, suis-en la lecture, puis ce sera à Nous de les expliquer [Coran LXXV, 16-18]
Les songes ont donc un certain rapport avec le prophétisme et la révélation, comme le Sahîh le donne à entendre (...)
L’âme intelligente, ayant obtenu une perception, la transmet à l’imagination afin que celle-ci lui applique une forme. La forme que l’imagination choisit a toujours quelque
analogie avec cette perception (...) Parmi les choses qui se voient en songe, les unes n’ont pas besoin d’interprétation parce qu’elles sont parfaitement claires, ou parce qu’elles
fournissent des perceptions ayant une analogie frappante avec les formes pour les représenter. Voilà pourquoi nous trouvons dans le Sahîh qu’il y a trois espèces de songes : ceux qui viennent de
Dieu, ceux qui viennent d’un ange et ceux qui viennent du démon. Le songe qui vient de Dieu est celui qu’on nomme clair, parce qu’il n’a point besoin d’interprétation ; celui qui vient d’un ange
est le songe vrai, mais qu’il faut interpréter ; celui qui vient du démon est le songe confus.
Sachez maintenant que l’imagination, à qui l’âme transmet la perception qu’elle reçoit, façonne cette perception dans un des moules dont le sens a l’habitude de se servir ; si
le sens ne possédait pas de ces moules, il serait incapable de rien façonner (...) Si la personne qui interprète le songe ne fait pas attention à ces circonstances, elle s’embrouillera
dans son explication et gâtera les règles qu’elle doit employer (...) L’interprète des songes doit savoir par coeur toutes ces règles, afin de pouvoir en appliquer, à chaque cas, celle
que les circonstances accessoires désignent comme la plus convenable (...)
L’interprétation des songes nous est venue des anciens musulmans : Muhammad Ibn Sîrîn, un des grands maîtres dans cet art, en a enseigné les règles, et ses disciples, qui
les ont mises par écrit, nous les ont transmises. Après lui, al-Karmani composa un livre sur cette matière, et des écrivains plus modernes ont rédigé beaucoup d’ouvrages sur le même sujet
(...) Et Dieu sait tout ce qui est caché" (Al Muqqadima, Sixième Section)
- Pour Aristote à qui S. Freud a "emprunté" une partie de son savoir, le fait que tous les hommes rêvent et non seulement les saints ou les spirites suffit à prouver que les rêves n'ont pas le caractère divinatoire ou prémonitoire que certains leur prêtent. D'où une analyse strictement médicale. Le mot d'Alexandre le Grand est assez fameux : "Par le fait que je mange et que je dors, je sais que je suis mortel." Le sommeil est en effet pour les Grecs un état intermédiaire entre la mort et la vie.
- C'est un point où la pensée chrétienne et la pensée grecque, très concrètes, se rejoignent. L'imaginaire chrétien, comme l'imaginaire grec, ne tend pas vers des formes abstraites, politiques ou morales. La vision à Patmos de l'apocalypse, où l'apôtre Jean en même temps qu'il est "ravi en esprit" le "jour du seigneur" (jugement dernier) voit l'histoire du monde et de l'Eglise des martyrs du Christ en face n'est pas un songe. L'état de veille est celui de l'apôtre, et d'ailleurs il est rappelé dans le Nouveau Testament de veiller et ne pas dormir (ce qui est assez dissuasif du reste de s'adonner à de vains projets ou occupations politiques "à dormir debout", ou de "rêver éveillé".)
- Tout en comparant l'islam et le christianisme, il ne faudrait pas tomber dans le syncrétisme, comme on l'a trop souvent fait s'agissant du christianisme et du judaïsme, pour des motifs qui paraissent aujourd'hui à beaucoup de musulmans "obscurs". Autant le fait de savoir qui, des musulmans ou des chrétiens, ont importé la religion et le savoir grec en Europe, est une vaine querelle entre universitaires bornés, autant il ne faut pas tout mélanger sur le plan spirituel, sous peine d'occulter la vérité, qui correspond parfaitement dans le christianisme avec dieu.
Puis-je savoir pourquoi le mot "syncrétisme" débarque ainsi dans votre commentaire, tel un cheveu dans la soupe ?
Le syncrétisme, on est obligé d'en parler dès qu'on aborde les questions spirituelles er religieuses aujourd'hui, étant donné que c'est la religion majoritaire aujourd'hui.
Pour différentes raisons, dans lesquelles un chrétien ne manquera pas de soupçonner l'influence de Satan, la confusion règne dans les esprits. Je pourrais vous citer cinquante exemples de propos tenus par des dignitaires chrétiens dans les médias absolument contraires au christianisme. Ce n'est donc pas spécialement dirigé contre vous, mais si on veut lutter contre l'ignorance et le manque de spiritualité, il faut sans cesse expliquer ce qui distingue les différentes religions. En outre vous introduisez à propos du rêve des notions sur la perception et l'intelligence assez compliquées. La vérité pour un chrétien est extérieure à l'homme et elle n'est pas abstraite, quoi qu'il y a dans l'histoire du christianisme eu des mathématiciens assez ésotériques pour comparer dieu à un "point", cela est sans fondement évangélique et plus proche de la religion d'Isis et Osiris.
Vous savez, en tant que chrétien marié avec une musulmane, je peux vous garantir que s'il y a une chose dont j'ai horreur, c'est bien du syncrétisme. Et l'esprit de ce blog est bien de mettre à jour les différences entre Islam et christianisme... En évitant cependant de se contenter des évidences incontournables sur ce point. Dans cette démarche, mettre à jour les points communs comme je le fais dans "Parole Commune" est également une façon de voir les différences plus subtiles qui demeurent même là où ces deux religions se rapprochent.
Pour ce qui est de cet article, je rappelle que seul le premier paragraphe introductif est de moi. Le reste n'est ensuite qu'une présentation islamique de ce sujet dont l'importance en Islam est souvent méconnue des non-musulmans.