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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 06:20

   "Ô Gens du Livre, venez à une parole commune entre vous et nous..." (Coran III, 64). Nous avons depuis longtemps pris le temps sur ce blog d'étudier un texte islamique de grande importance écrit dans une louable volonté de dialogue avec les chrétiens, et ayant choisi pour titre ce célèbre passage coranique. Mais, alors que le pape François vient justement de rappeler que, du point de vue chrétien, "le centre de notre foi n'est pas seulement un livre, mais une histoire de salut et surtout une Personne, Jésus Christ, Parole de Dieu faite chair", il est temps d'éclaircir ici une déclaration du Catéchisme de l'Eglise déjà citée sur ce blog, mais sans alors aller plus loin : "La foi chrétienne n’est pas une religion du Livre. Le christianisme est la religion de la Parole de Dieu, non d’un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant. Pour qu’elles ne restent pas lettre morte, il faut que le Christ, Parole éternelle du Dieu vivant, par l’Esprit Saint nous "ouvre l’esprit à l’intelligence des Ecritures"(Lc XXIV, 45)" ... Dans cette rubrique destinée à "déminer les mots-pièges" du dialogue, éclaircissons les raisons pour lesquelles cette expression coranique ne devrait pas être utilisée dans le cadre d'un dialogue équilibré entre musulmans et chrétiens.

 

   Les déclarations catholiques ci-dessus nous donnent déjà la conclusion ; mais avant de l'expliciter, revenons tout d'abord au passage coranique cité en introduction, et découvrons ce qui est dit juste après : "Ô Gens du Livre, pourquoi disputez-vous au sujet d'Abraham, alors que la Torah [At-Tawrāat] et l'Evangile [Al-'Injīl] ne sont descendus qu'après lui ?" (Coran III, 65). Nous retrouvons ici une croyance coranique déjà évoquée dans un autre billet, selon laquelle Dieu aurait fait "descendre" un Livre pour les juifs "dans lequel il y a guide et lumière" (Coran V, 44), expression que l'on retrouve pour l'Evangile, "donné" à Jésus "pour confirmer ce qu'il y avait dans la Torah avant lui" (Coran V, 46) tout comme le "Recueil" [Zabūrā] des Psaumes a été "donné à David" (Coran XVII, 55) et comme, bien entendu, le Coran aurait été donné à Muhammad.

 

   Ce point de vue semble faire écho à une vision de l'Apocalypse : "Va, prends le petit livre ouvert dans la main de l'ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre" (Ap X, 8) ; dans un billet futur, nous reviendrons sur ce passage, sur ses antécédents chez Ezechiel et sur sa postérité elkasaïte ou coranique. Pour l'heure, il s'agit de mettre en évidence comment la conception chrétienne de la Révélation n'est pas celle que l'on pourrait imaginer en prenant cette parole extatique à la lettre.

 

   Les apôtres parlent bien de l'Ecriture, comme par exemple dans cette déclaration déjà évoquée sur ce blog : Toute Ecriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre (2 Tim III, 16-17) ; mais ne perdons pas de vue que l'Ecriture évoquée ici, ce sont les livres juifs de la Bible ! Quand Philippe annonce à un éthiopien "l'Evangile de Jésus" (Ac VIII, 35), il ne lui parle pas d'un livre, mais lui transmet un enseignement en commentant "le passage de l'Ecriture qu'il lisait" (Ac VIII, 32), car "l'éthiopien lisait le prophète Esaïe" (Ac VIII, 30)

 

   Comme nous le rappelle Irénée de Lyon, l'enseignement oral des apôtres a ainsi précédé la synthèse écrite : "Le Seigneur de toutes choses a en effet donné à ses apôtres le pouvoir d'annoncer l'Evangile et c'est par eux que nous avons connu la vérité, c'est-à-dire l'enseignement du Fils de Dieu (...) Cet Evangile, ils l'ont d'abord prêché ; ensuite, par la volonté de Dieu, ils nous l'ont transmis dans des Ecritures (...) Ils avaient, tous ensemble et chacun pour son compte, l'Evangile de Dieu. Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d'Evangile, à l'époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Eglise. Après la mort de ces derniers, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Evangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l'Evangile, tandis qu'il séjournait à Ephèse, en Asie"

 

   Cette attribution traditionnelle des textes appelés depuis "évangiles" -terme grec à l'origine du terme coranique Injil- peut être bien entendu remise en question. Un fait demeure cependant : l'existence de la communauté chrétienne, c'est-à-dire de l'Eglise, précède les écrits du Nouveau Testament.

 

   Comme vient de le redire le pape François, du point de vue catholique, "les Saintes Ecritures sont le témoignage sous forme écrite de la Parole divine, le mémorial canonique qui atteste de l’événement de la Révélation ; la Parole de Dieu précède et dépasse la Bible". Ce témoignage est un témoignage collectif - la Bible n'est pas un livre mais une bibliothèque, et un même livre peut avoir plusieurs auteurs humains, tel "l'Evangile de Pierre" qui est aussi selon la tradition celui de Marc, et "l'Evangile de Paul" qui est aussi celui de Luc... Cependant, ce n'est pas par une volonté d'homme qu'une prophétie a jamais été apportée, mais c'est poussés par le Saint Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu (2 P I, 21) ; "pour composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels Il a eu recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, Lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à Son désir, et cela seulement" (Dei Verbum, §11). La multiplicité des auteurs humains évoquée par ce texte du concile Vatican II ne retire rien à l'unicité de leur inspirateur divin.

 

   L'Ecriture a une dimension collective, et cette collectivité la précède ; ce simple constat explique la place également accordée à la Tradition : "Pour que l’Evangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Eglise, les Apôtres laissèrent pour successeurs des évêques, auxquels ils remirent leur propre fonction d’enseignement. Cette sainte Tradition et la Sainte Ecriture de l’un et l’autre Testament sont donc comme un miroir où l’Eglise en son cheminement terrestre contemple Dieu, dont elle reçoit tout jusqu’à ce qu’elle soit amenée à Le voir face à face tel qu’Il est (...) Toutes deux, jaillissant de la même source divine, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin. En effet, la Sainte Ecriture est la Parole de Dieu en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit ; quant à la sainte Tradition, elle porte la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux Apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité : il en résulte que l’Eglise ne tire pas de la seule Ecriture Sainte sa certitude sur tous les points de la Révélation" (Dei Verbum, §7 et §9)

 

   Cette dimension collective, nous la retrouvons lorsque les apôtres décident de suivre l'inspiration de Pierre, qui, en maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes (Mt XIII, 52), tire de l'Ecriture sa proposition d'élire un disciple pour remplacer Judas au sein des Douze (Ac I, 15-26). Nous la retrouvons également dans le récit du concile de Jérusalem (Ac XV, 6-22), premier d'une longue tradition...

 

   "Ainsi la communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l’Esprit Saint, demeure présente et agissante dans l’Eglise" (Catéchisme de l'Eglise, §79) ; et ainsi l'Eglise du Dieu vivant [est] la colonne et l'appui de la vérité (1 Tim III, 30), même si, comme l'a rappelé le pape François, "c’est précisément parce que l’horizon de la Parole divine embrasse et s’étend au-delà de l’Ecriture, que pour la comprendre correctement, la présence constante de l’Esprit Saint est nécessaire, qui "introduira dans la vérité tout entière" (Jn XVI, 13)"

 

   Les chrétiens ne sont pas "Gens du Livre" car ils ne se fondent pas sur un livre divin, mais sur une rencontre entre Dieu et une collectivité, rencontre qui se fait, certes, aussi par cette somme de livres que les chrétiens appellent l'Ecriture et qui est bien pour eux "Parole de Dieu", mais pas seulement. Les chrétiens sont des "Gens de la Parole" qui considèrent que "Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père" (Catéchisme de l'Eglise, §65). C'est ainsi que pour eux le Christ est le chemin, la vérité et la vie (Jn XIV, 6). "Cependant, même si la Révélation est achevée, elle n’est pas complètement explicitée ; il restera à la foi chrétienne d’en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles" (ibid. §66). Le Canon biblique, oeuvre collective au même titre que l'Ecriture, est fermé, mais les écrits de l'Eglise continuent inlassablement à jalonner l'Histoire du Salut...  

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commentaires

Yahia 25/04/2013 17:51


Malladresse pour maladresse, quand je me relis, parlant de la "crispation" des autres, je  vois en miroir.... la mienne  ! désolé...


Cela dit en matière de communauté "fondatrice", les musulmans n'ont rien à envier aux catholiques ni aux juifs, loin de là. L'importance de la communauté et de la Tradition est un point de
convergence de plus , à mes yeux , à approfondir également.Les deux mythes de l'infaillibilité  du Pape chez les uns, de la Ummah chez les autres procèdent d'un même mécanisme. Etc...


Cette communauté si importante, qui ne serat rien , bien sûr sans la Révélation, l'Esprit, l'ouverture du coeur à la Parole, et..... le Livre !

Ren' 25/04/2013 19:45



Pointer la différence autour de la perception du phénomène du Livre n'est pas remettre en question l'importance de la communauté pour les musulmans ; et, oui, il y a un certain nombre de points
de convergence à approfondir... J'en profite donc pour te rappeler ce fil que j'avais lancé mais qui malheureusement a reçu peu d'échos : http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t302-qahal-eklesia-umma 


...Quant à tes "crispations", tu peux voir que le lecteur qui t'a précédé dans les commentaires a lui aussi été sensible au déséquilibre de mon billet ; comme quoi, j'ai encore du travail !



yahia 24/04/2013 19:26


Bonsoir REn.


JE n'avais pas lu ton commntaire que je viens de parcourir à l'instant.


Tu écris donc que:" ce n'est pas un livre (oral ou écrit) qui fonde pour nous la communauté/église, mais la communauté qui est fondatrice, par sa rencontre avec Dieu qu'elle met ensuite par écrit
selon l'inspiration divine." . Je pense au contraire que la révélation orale-puis-écrite est bien fondatrice de la communauté, et que les livres  sont les traces vivante de cette rencontre
fondatrice. Comme tu t'exprime  c'ets la communauté qui est fondatroce , alors qu'il me semble que aussi bien pour les juifs, les chrétiens que les musulmans, c'et Dieu qui scèle ses
alliances,et que les communautés essaient d'y être fidèles à l'aide notemment de leurs livres... Ton renvesrsement de perspective , d'un esprit très contemporain,  est assez particulier et
ne me paraît guère aller dans le bon sens.

Ren' 25/04/2013 08:16



Maladresse, quand tu nous tiens ! (cf mon commentaire plus haut )


Le seul "renversement de perspective" que j'ai voulu exprimer, c'est celui qui remet en avant la place de la communauté dans le judaïsme et le christianisme (la mise en avant exclusive
de l'individu-prophète en islam étant justement pour moi une vision plus "contemporaine" du rapport à l'Ecriture). Par contre, je n'ai jamais remis en question la place de Dieu comme fondateur !
 


Décidément, j'ai vraiment besoin d'affiner ma réflexion... Merci !



yahia 24/04/2013 19:02


Gens de la Parole et non gens du Livre.


Bonsoir Ren ; texte intéressant mais dans lequel je retrouve bien ta petite « crispation » habituelle


Ce texte et sont orientation me semble un peu trop basée sur ce qui me paraît une querelle identitaire où l'essentiel consisterait à ne pas se laisser enfermer dans l'appellation-vision de
« l'Autre ». Certes les « gens du Livre » comment disent ( assez justement à mes yeux d'athée), ne le sont pas au sens théologiquement compris par les musulmans. Et les
chrétiens ont raison de défendre , face à cette vision, leur propre vision, différente, de la révélation à travers les Ecritures.


 


Mais les propos du pape François me paraissent bien plus nuancés et subtils , comme ils se doit  .


Je cite dans
ton article même :


 


"le centre de notre foi n'est pas seulement un livre, mais une histoire de salut et surtout une Personne, Jésus Christ, Parole de Dieu faite
chair",etc


 


Pas seulementdit-il, ce qui explique qu'elle l'est aussi, et l'essentiel est dit en quelques mots.


 


Sous ta plume
cela devient plus restrictif : 


 


"La foi
chrétienne n’est pas une religion du
Livre. Le christianisme est la religion de la Parole de Dieu, non d’un verbe écrit et muet, etc..., 


 


Cette
nuance aussi dirigée dans le sens restrictif n'est pas anodine du tout, surtout dans le rapport avec les autres religions « du livre » ( je ne suis pas méchant , :je te laisse
les guillemets). En fait tua assimiles, dans un raisonnement par sous-entendu conscient ou non , mais assez clair à mes yeux, que le Livre pourrait se réduire à un verbe écrit et muet. Ce n'est
certes pas la vision qu'ont les protestants de la Bible, et certes pas non plus celle du pape cité plus haut. Ce n'est pas parce que l'on se revendique de l'éclairage de l'Esprit pour en faire
une lecture vivante et non dogmatique , ni que l'on conçoit que la personne du Christ donne une dimension radicalement différent au Texte, qu'un chrétien peut valablement ainsi dévaloriser son
texte. Car tu me semble le dévaloriser à par tes propos. Je devine certes bien que c'est plutôt la lecture morte - et donc les lecteurs- qui sont la cible de tes pensées critiques, mais cela ne
paraît pas dans ce que tu écris explicitement.


 


Maintenant
j'en viens au cœur de mon tracas : gens de la Parole et non du Livre, dis-tu. Mais les autres « gens du livre » sont également gens de la parole , et combien ! Et ce n'et pas
gens de la Parole et NON du Livre, mais gens de la Parole ET du Livre qu'il me semble convenir pour tous. Que tu dises ta vision différencié de Dieu et de l'Ecriture, je veux bien, mais cela ne
doit pas se faire en laissant penser qu'il n'y a pas de ponts et de liens entre les différentes visions. Comme si les juifs ou les musulmans avaient -eux- forcément une
« lecture-morte » d'un texte mort. Pour eux également la réception du texte écrit doit se faire de façon vivante dans le cœur et l'esprit de celui qui le lit. Pour eux également, le
texte est ( ou peut être: les dogmatiques sont partout) une Parole de Vie, un Révélation. Tu ne le dis pas, et tu ne dis certes pas le contraire, mais la façon dont tu t'exprime, tes accents
restrictifs, laissent à penser qu'il y là des sous-entendus QUE TU NE DISSIPES PAS .


 


Bref tu es
explicite sur ta particularité , et j'aime bien cela, mais tu ne l'es pas sur ce qui rassemble et qui unit. Et c'est cela qui me désole chez toi 


 


Voilà ma
réaction de lecteur certes, très particulier, mais aussi très fraternel


 


Yahia




P { margin-bottom: 0.21cm; }

Ren' 25/04/2013 07:48



Demat ! Merci d'être venu enrichir ma réflexion !


Petite précision tout d'abord : la citation que tu trouves si restrictive n'est pas de ma plume, cest une citation du Catéchisme de l'Eglise. Le sous-entendu que tu y lis n'est donc pas
de moi ; il sera à creuser dans un prochain billet ?  


En ce qui me concerne, j'ai juste voulu explorer la différence réelle qui existe entre le point de départ des musulmans et celui des chrétiens face au "Phénomène du Livre". Une différence qui
justifie d'éviter l'expression "Gens du Livre" qui est issue de la théologie musulmane (et qui occulte alors par ses sous-entendus nos différences de conception, ce qui nourrit l'incompréhension)
pour privilégier l'expression ouverte de "Gens de la Parole" (qui pointe ce qui nous unit, mais je vois à vos commentaires que j'ai été tellement occupé à tenter d'expliquer la position
catholique que je n'ai pas assez insisté sur ce dernier point, merci à tous deux !)  


Mon exploration est visiblement assez maladroite, puisque ce que tu lis entre les lignes (sur l'Esprit et la Lettre) était totalement absent de mon esprit. Mais c'est pourquoi j'aime le format
"blog" : on peut clarifier ensuite en commentaire, et ainsi progresser ! Merci de m'avoir pointé cette autre piste de réflexion.  



Qais 20/04/2013 10:18


Billet intéressant, qui présente très clairement le point de vue du catholicisme vis à vis du "Livre".


Cependant, l'article ne permet pas réellement de clarifier la sois-disant divergence concernant les "Livres descendus", et l'emploi du terme "Gens du Livre".


Tout d'abord, par ce que les termes arabes "Livre Descendu ou Révélé" ne peuvent être comprises qu'au sens premier, celui du Codex. En effet, jusqu'à la mort du Prophète, le Coran (la récitation)
n'a jamais été un Livre, et tel n'était ni le projet de la Révélation en-elle même, ni le projet du Prophète. Toutefois, le Coran mentionne le terme "Kitab" (livre / écritures)  pour
désigner la Parole Révélée alors que le Coran ne constituait pas encore de "Livre", à cette époque précise. Par ailleurs, le Coran mentionne des "Feuillets" donnés à Abraham et à Moïse, alors que
la Tradition ne mentionne aucun Livre ou feuillets, révélés à Abraham....


Je conçois que le terme "Gens de la Parole" est plus adapté en Français. Et cela s'applique aussi bien pour les musulmans.


Le Coran est la Parole de Dieu, lorsqu'il est récité et s'incarne dans l'homme. Ce qui signifie, que pour les mystiques musulmans, chaque être qui s’imprègne du Coran, devient la Parole, qui
ainsi se fait chaire... Si sur un plan purement littéral, il y a une grande divergence, sur le plan spirituel, nous parlons de la même Expérience de la Parole Éternelle.

Ren' 20/04/2013 21:59



Merci pour ces précisions sur la vision musulmane, que je n'avais pas présenté ici parce que j'ai surtout voulu, aujourd'hui, clarifier l'affirmation catholique formulée lors du concile Vatican
II : "La foi chrétienne n'est pas une religion du Livre". Cette affirmation cible la formule coranique "Ahl al-Kitab" pour la réfuter et dire que de notre point de vue, nous
sommes "Ahl al-Kalimat" (d'où mon choix pour le verset introductif de cet article, que j'aurais sans doute pu expliciter davantage, mais lorsqu'on écrit un simple billet de blog, il faut
condenser)


 


Certes, des parallèles existent entre nos deux religions, plus proches que ce que les extrémistes de tous bords veulent nous le faire croire. Ce n'est pas par hasard que l'analogie est
fréquemment faite entre l'eucharistie pour le catholique et la récitation coranique du musulman. On pourrait aussi faire de nombeux parallèles autour de la question de l'interprétation de
l'Ecriture -ce que H.Corbin appelle le "phénomène du Livre" si ma mémoire est exacte ?- en particulier du côté chî'ite.


 


Mais il y a bien une divergence de fond dans la conception que nous avons de la prophétie - que j'ai tenté de montrer ici. Les manichéens croyaient que "la Sagesse et les bonnes
oeuvres ont été apportées avec une suite parfaite d'une époque à une autre par les Prophètes de Dieu" ; pas les chrétiens. Comme j'ai tenté de le montrer, ce n'est pas un livre (oral ou
écrit) qui fonde pour nous la communauté/église, mais la communauté qui est fondatrice, par sa rencontre avec Dieu qu'elle met ensuite par écrit selon l'inspiration divine.



Wa Allahu a'lam 



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