Partager l'article ! Dialogue islamo-chrétien et chrétiens d'Orient: Le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le ...
Le cardinal
Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, est intervenu jeudi 1er décembre dans un colloque consacré aux chrétiens d'Orient. Voici des extraits de
ses propos sur les chrétiens d'Orient et le dialogue islamo-chrétien :
Les chrétiens d’Orient se sentent toujours considérés comme des citoyens de seconde catégorie. Ils se référent
souvent au statut de la «dhimmitude». On comprend alors que ces chrétiens ne soient pas spontanément des enthousiastes du dialogue interreligieux !
Pourtant, si nous prenons en considération le christianisme, l’islam et le judaïsme, on peut relever que ces trois monothéismes favorisent une pédagogie de la rencontre.
Certes nous sommes différents et nous devons nous accepter comme tels. Mais nous pouvons mettre à la disposition de la société des valeurs communes qui nous inspirent : respect de
la vie, sens de la fraternité, dimension religieuse de l’existence. Dans le fond, Juifs, chrétiens et musulmans, nous croyons que chacun de nous est unique. Alors, il me semble
qu’il n’est pas impossible de sensibiliser éducateurs et législateurs à l’opportunité de proposer à ces peuples qui vivent depuis toujours ensemble des règles de conduite telles que
:
Si nous pouvions dire tout cela ensemble, il est sûr que nous aurions devant nous un avenir beaucoup plus
serein.
N’est-ce pas au fond ces convictions qui sont à l’origine de ce que l’on appelle le «printemps arabe» ? Cette jeunesse de certains pays du Maghreb, consciente,
cultivée, qui ne supporte plus la dictature, est plus «révoltée» que «révolutionnaire». Elle est en quête de dignité et de liberté, Il est vrai que les
chrétiens d’Orient ont beaucoup souffert depuis qu’ils existent (...) Que peut-on donc faire pour eux ?
D’abord, les aider à rester sur place. Dieu les a plantés dans cette partie du monde et c’est là qu’ils doivent fleurir. Malgré certains phénomènes de fondamentalisme, la présence chrétienne dans la société arabe joue un rôle positif de facilitateur entre les composantes de cette société et de catalyseur pour la convivialité. Ils jouent aussi le rôle de pont entre l’Orient et l’Occident (...)
Il faut les visiter, soutenir leurs institutions et travailler à la cause du rétablissement de la justice et de la paix pour qu’advienne une solution rapide du Moyen Orient (...)
Pratiquer le dialogue entre croyants, c’est être convaincu que nous formons tous une famille, qu’il existe une
communauté humaine et un bien universel. Mais c’est aussi s’opposer à la xénophobie, à la fermeture des frontières, aux idéologies qui diffusent la haine. Le dialogue entre
cultures et entre croyants n’a pas seulement pour but de mieux se connaître pour éviter les conflits, mais il a aussi pour but de nous aider à élaborer une culture qui permette à tous de vivre
dans la dignité et la sécurité.
Comme certains d’entre vous le savent, j’ai été pendant quelques années en poste à la Nonciature au Liban, de 1975 à 1982. C’est là que j’ai participé pour la première fois à
un groupe d’amitié islamo-chrétienne, guide par un jésuite français, Augustin Dupré Latour. Parlant de ces rencontres, il écrivait : «Croyants de deux religions, nous nous sommes
retrouvés, non comme des «sédentaires» satisfaits de ce qu’ils possèdent, mais comme appartenant à la race des «nomades», vivant sous une «tente», des itinérants
guides par l’Esprit de Dieu. Nous nous sommes reconnus tout spontanément, non pas comme possédant la vérité divine, mais comme possédés par cette vérité, qui guide, entraine, libère, chacun
dans sa ligne propre, plus attaché à sa propre foi» (...)
Avec les chrétiens d’Orient, les Européens, qui eux aussi sont désormais «condamnés» au dialogue interreligieux dans des sociétés de plus en plus plurielles, il nous faut arriver à un réel sens de l’altérité, accepter nos différences, se réjouir de nombreux terrains de rencontre. Il ne s’agit pas de négocier ou de faire des concessions sur ce que nous croyons. Il ne s’agit pas de convertir l’autre, même si le dialogue interreligieux favorise souvent les conversions. II s’agit de se connaitre pour s’aimer et créer du bonheur autour de soi.
Soyons nous-mêmes ! Non pour imposer nos convictions, mais pour les proposer. Pèlerins de la vérité au milieu des contradictions de l’histoire, en dépit de nos incohérences, soyons capables par notre générosité, notre douceur et notre persévérance de purifier notre mémoire et notre cœur pour faire en sorte que la sagesse humaine se rencontre avec la sagesse de Dieu" (...)
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