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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 06:32

Amolî    Haydar Amolî, cet auteur chi'ite du XIVe siècle dont nous avons pu découvrir l'itinéraire spirituel, faisait le rêve de réconcilier les chî'ites et les soufis. Voici, toujours à partir de la traduction d'Henri Corbin, comment il présenta ce projet dans l'introduction de son ouvrage Jâmî' al-Asrâr wa manba' al-Anwâr ("Somme des réalités cachées et source des lumières"), rédigé peu après son départ de Médine pour Najaf, lieu où est bâti le Mausolée de 'Alî :    

 

   "Plusieurs de mes vertueux frères, pèlerins mystiques cheminant sur la Voie de Dieu par désir de Lui complaire, me demandèrent alors avec insistance d'écrire à leur intention un livre (...) qui fût en harmonie avec les principes du chî'isme et du soufisme et avec les présuppositions de ces principes, de telle sorte qu'il soit mis un point final à toute dispute entre chî'ites et soufis, et que pour y mettre fin il n'y ait plus besoin d'un autre livre après ce livre. Et cela parce que, entre toutes les branches de l'Islam et les différents groupes mohammadiens, il n'est pas de groupe qui ait vitupéré le groupe des soufis à l'égal de ce qu'ont fait les chî'ites : réciproquement, aucun groupe n'a vitupéré le groupe des chî'ites comme l'ont fait les soufis. Et cela, malgré que leur origine aux uns et aux autres soit une même origine ; que la source à laquelle ils s'abreuvent soit la même ; que le terme auquel ils se réfèrent soit un seul et même.
   En effet, le terme auquel se réfèrent tous les chî'ites, en particulier le groupe imâmite duodécimain, n'est autre que la personne de l'Emir des Croyants et après lui ses enfants et les enfants de ses enfants. C'est lui qui est la source dont ils tirent leur origine et à laquelle ils s'abreuvent ; il est le point d'appui de leurs connaissances, le terme auquel se réfèrent leurs principe.
   De même en est-il pour les soufis authentiques, parce que celui sur qui ils fondent leurs connaissances et à qui ils font remonter leur khirqa n'est autres que le premier Imam, et après lui, l'un succédant à l'autre, ses enfants et les enfants de ses enfant.
   C'est qu'en effet ils font remonter leur origine soit à Komayl ibn Ziyâd al-Nakha'î, lequel était l'élève intime et le disciple d'élection de l'Imâm ; soit à Hasan Basrî, lequel avait été, lui aussi, l'un des élèves les plus éminents, l'un des plus grands disciples de l'Imâm ; soit à Ja'far al-Sâdiq
, qui était le descendant des descendants du Premier Imâm, et qui à son tour en fut le successeur et l'héritier spirituel, comme Imâm Imaculé investi de et par Dieu (...)
    Aussi bien, depuis la fleur de ma jeunesse, disons plutôt depuis les jours de mon enfance, jusqu'aux présents jours, lesquels sont pour moi les jours de la maturité, je me suis appliqué avec l'aide et l'assistance divines, à m'assimiler les enseignements fondamentaux de mes ancêtres les saints Imâms ainsi que leur voie mystique
[tarîqa], aussi bien selon l'exotérique, qui est la charia, telles que la pratiquent les chî'ites imamites parmi les différentes branches de l'Islam, que selon l'ésotérique, qui est la vérité spirituelle [haqîqa] à laquelle s'attache le groupe des soufis, maîtres en Unicité de Dieu et hommes de Dieu, et en considérant l'accord et la symphonie de l'une avec l'autre ; je compris la vérité spirituelle de l'une et l'autre position, et les ajustai l'une à l'autre, à la façon dont une sandale fait la paire avec l'autre (...)
   J'en arrivai ainsi au point où j'en suis, totalisant en moi-même la charia et la vérité spirituelle, contenant en moi-même l'exotérique et l'ésotérique, atteignant au plan de l'équilibre et de la stabilité, accueillant en moi-même ce que disent tous ceux qui sont dans le même cas que moi, ceux qui ont vécu la certitude, les hommes d'expérience personnelle
 (...)
   Et voici le minimum de tout cela : c'est qu'après avoir vu la vérité spirituelle chez les deux groupes en question, je vis ce qu'il y avait de vrai et ce qu'il y avait de négatif chez les uns et chez les autres, de quelle manière et en quel sens chacun des deux groupes est vrai et positif, de quelle manière et en quel sens chacun des deux est faux et négatif, et je compris comment chacun d'eux est orienté vers le point central qui est la vérité spirituelle de l'Unicité de Dieu, de même que les rayons convergent de la périphérie vers le centre
 (...)
   Certes, il n'y a pas de doute que cela, je veux dire l'affirmation de la vérité du soufisme, soit un coup dur pour certaines intelligences d'entre les chî'ites, à qui la vérité reste voilée. En effet, on va s'imaginer que j'amène l'erreur en renfort de l'école des professionnels de l'erreur, et que je m'efforce, sans droit ni raison, de prouver qu'ils sont dans la vérité. Or, il n'en va nullement ainsi. En vérité, je ne viens en aide qu'à l'école de mes pères et de mes aïeux, les Imâms immaculés, en me plaçant tant du point de vue exotérique que du point de vue ésotérique, comme je l'ai dit précédemment.

   C'est que la majorité des soufis eux-mêmes, à cause de leur ignorance, s'imaginent que les Imâms immaculés étaient privés de cette précellence. Et il y a des chî'ites qui commettent la même erreur, lorsqu'ils s'imaginent que la précellence de leurs Imâms était limitée aux connaissances communes qui ont cours parmi eux. Or, il n'en va pas du tout ainsi. Chacun de ces deux groupes se trompe dans sa manière de concevoir les choses ; chacun des deux groupes tombe à côté, en imaginant ce qu'il imagine. Que Dieu nous préserve de tomber dans l'erreur qui leur est commune !
   C'est qu'il n'est point de connaissance dont les saints Imâms ne soient la source ; point de secret gnostique dont ils ne soient la mine ; ils sont les chefs des docteurs de la charia ; ils sont les guides de ceux qui suivent la voie mystique ; ils sont les Pôles de ceux qui sont les piliers de la vérité spirituelle. Ils sont les califes de Dieu sur Sa Terre et dans Son Ciel ; ils sont les formes épiphaniques de Sa Sublimité et de Sa Majesté, dans le monde visible et invisible
(...) D'autre part, que Muhammad et ses descendants soient une Âme unique et une essence unique, que par conséquent ils méritent tous même créance que Muhammad lui-même, c'est là une vérité manifeste n'échappant à personne (...) De même, c'est une chose bien connue que, selon les théosophes mystiques, il est établi que l'univers tout entier subsiste par la réalité primordiale de l'Homme Parfait et que les Sphères révoluent par les souffles de sa repiration. C'est ce que montre le Cheikh [Ibn 'Arabî] sans son traité Noskhat al-Haqq
"  

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commentaires

Ishraqi 19/04/2014 03:03


Salut Ren,


J'ai une question : l'image en haut de cet article représente-elle le Sayyed ? Et si oui, serait-ce possible d'en voir la version intégrale ?

Ren' 19/04/2014 09:57



Demat !


Non, ce n'est pas une représentation de notre auteur. Comme pour les autres rubriques, je me suis contenté de chercher une image issue de la même région et datant à peu près de la même époque.
J'ai donc en ce qui le concerne recherché parmi les miniatures persanes - mais je ne me souviens plus ôù je l'avais trouvée... désolé !



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