Lundi 15 juin 2009
  Adam et Eve ont dû quitter le jardin d'Eden : Bible et Coran sont en accord sur ce point. Etudions donc aujourd'hui les passages évoquant cet épisode qui, dans la tradition judéo-chrétienne, est désigné comme celui de la "Chute". Et commençons tout d'abord par le récit biblique : Il dit à Adam : "Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre dont Je t'avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C'est dans la peine que tu t'en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l'épine et le chardon et tu mangeras l'herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu'à ce que tu retournes au sol car c'est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras" L'homme appela sa femme du nom d'Eve -c'est-à-dire La Vivante- car c'est elle qui a été la mère de tout vivant. Le SEIGNEUR Dieu fit pour Adam et sa femme des tuniques de peau dont il les revêtit. Le SEIGNEUR Dieu dit : "Voici que l'homme est devenu comme l'un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. Maintenant, qu'il ne tende pas la main pour prendre aussi de l'arbre de vie, en manger et vivre à jamais !" Le SEIGNEUR Dieu l'expulsa du jardin d'Eden pour cultiver le sol d'où il avait été pris. Ayant chassé l'homme, Il posta les cherubins à l'orient du jardin d'Eden avec la flamme de l'épée foudroyante pour garder le chemin de l'arbre de vie (Gn III, 17-24)
   Même si la narration peut sembler peu fluide, passant sans transition d'un détail à un autre, le texte est clair : l'expulsion est la conséquence de la transgression d'Adam. Parce qu'il a mangé du fruit défendu, il ne peut plus avoir accès à celui de l'arbre de vie et se voit chassé du jardin. Ainsi, comme nous l'avions déjà vu auparavant, "par la faute d'un seul, la multitude a subi la mort" (Rm V, 15)

   Comparons maintenant ce récit avec le mythe sumérien d'Adapa. Pour avoir "brisé l'aile du Vent du Sud", Adapa est emmené aux cieux pour comparaître devant le dieu Anu. Le dieu Ea était cependant venu le prévenir de cette convocation, et lui avait donné certains conseils, lui expliquant par exemple comment gagner à sa cause les dieux Dumuzi et Gishzida : "Ils se regarderont l'un l'autre et éclateront de rire. Eux alors, ce sont des paroles favorables qu'ils diront à Anu. C'est le visage amical d'Anu qu'eux te feront voir. Lorsque tu te tiendras devant Anu, on t'offrira la nourriture de mort. N'en mange pas ! On t'offrira la boisson de mort. N'en bois pas ! On t'offrira un vêtement. Revêts-le ! On t'offrira de l'huile. Oins-t'en ! Les instructions que je t'ai données, ne les néglige pas. Les paroles que je t'ai dites, souviens-t'en"
   Mais découvrons la fin de l'histoire : Répondirent à ses côtés Dumuzi et Gishzida, en disant à Anu des paroles favorables. Son coeur s'apaisa et il se tut. "Pourquoi Ea, à une humanité qui n'en est pas digne, a-t-il révélé ce qui appartient au ciel et à la terre ? D'un coeur courageux il l'a doté. C'est bien son oeuvre ! Nous, qu'allons-nous faire de lui ? De la nourriture de vie, apportez-lui et qu'il mange !" On lui apporta de la nourriture de vie, mais il ne mangea pas. On lui apporta de l'eau de vie, mais il ne but pas. On lui apporta un vêtement, il s'en vêtit. On lui apporta de l'huile, il s'en frotta Anu le contempla et lui rit au nez : "Allons, Adapa, pourquoi n'as-tu ni mangé ni bu ? Tu n'auras pas la vie éternelle, pas plus que les peuples sans nombre !" "Mon Seigneur Ea m'a dit : "Ne mange pas, ne bois pas" "Qu'on le prenne et qu'on le ramène à sa glèbe !"
   Nous retrouvons ici des éléments présents dans le récit biblique : un trompeur -le dieu Ea- qui fait douter Adapa de la sincérité du dieu Anu ("Lorsque tu te tiendras devant Anu, on t'offrira la nourriture de mort. N'en mange pas ! On t'offrira la boisson de mort. N'en bois pas !"), privant ainsi sa descendance, "peuples sans nombre", de la "vie éternelle". Nous retrouvons également le thème du vêtement offert par les dieux, ainsi que la chute finale : "Qu'on le ramène à sa glèbe !"

   Venons-en maintenant au Coran. Nous avons déjà pu voir que le trompeur -ici, Satan- fait manger le fruit défendu grâce à une fausse promesse d'immortalité : "Ô Adam, t'indiquerai-je l'arbre de l'éternité et un royaume impérissable ?" (Coran XX, 120) et en induisant le doute quant aux motivations de Dieu : "Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des Anges ou d'être immortels" (Coran VII, 20). Nous retrouvons ainsi ce thème de la mortalité humaine, mais réduit ici à n'être qu'un prétexte, et non une conséquence de ce récit.
   Poursuivons le récit coranique : Adam désobéit ainsi à son Seigneur et il s'égara. Son Seigneur l'a ensuite élu, agréé son repentir et l'a guidé. Il dit : "Descendez d'ici, tous ennemis les uns des autres. Puis, si jamais un guide vous vient de Ma part, quiconque suit Mon guide ne s'égarera ni ne sera malheureux. Et quiconque se détourne de Mon Rappel, mènera certes, une vie pleine de gêne, et le Jour de la Résurrection Nous l'amènerons aveugle au rassemblement" (Coran XX, 121-124). Notons que la faute d'Adam lui est pardonnée avant qu'ordre lui soit donné de quitter le jardin d'Eden ! Il serait donc inadapté de parler de "Chute" dans la vision islamique, puisque le lien entre la faute d'Adam et sa "descente du paradis" semble rompu ?
   On peut cependant s'interroger lorsque l'on compare ce récit avec celui fait dans la deuxième sourate : Et Nous dîmes : "Ô Adam, habite le Paradis toi et ton épouse, et nourrissez-vous-en de partout à votre guise ; mais n'approchez pas de l'arbre que voici : sinon vous seriez du nombre des injustes" Peu de temps après, Satan les fit glisser de là et les fit sortir du lieu où ils étaient. Et Nous dîmes : "Descendez, ennemis les uns des autres. Et pour vous il y aura une demeure sur la terre, et un usufruit pour un temps" (Coran II, 35-36). L'impression donnée ici est bien que le départ du paradis est dû au diable qui
"les fit glisser de là et les fit sortir du lieu où ils étaient"
   Alors, Adam pardonné ? Adam sanctionné ? Un troisième récit coranique nous montre bel et bien Adam et Eve implorant le pardon, mais semble donner à cette demande une réponse tranchante : Tous deux dirent : "Ô notre Seigneur, nous avons fait du tort à nous-mêmes. Et si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous fais pas miséricorde, nous serons très certainement du nombre des perdants" "Descendez, dit-Il, vous serez ennemis les uns des autres. Et il y aura pour vous sur terre séjour et jouissance, pour un temps. Là, dit-Il, vous vivrez, là vous mourrez, et de là on vous fera sortir" Ô enfants d'Adam ! Nous avons fait descendre sur vous un vêtement pour cacher vos nudités, ainsi que des parures -mais le vêtement de la piété voilà qui est meilleur- c'est un des signes de Dieu, afin qu'ils se rappellent. Ô enfants d'Adam ! Que Satan ne vous tente point, comme il a fait sortir du Paradis vos père et mère, leur arrachant leur vêtement pour leur rendre visibles leurs nudités. Il vous voit, lui et ses suppôts, d'où vous ne les voyez pas (Coran VII, 23-27)
   Ce passage affirme clairement la responsabilité du diable dans ce départ du paradis (notons au passage que nous retrouvons également ici le thème du vêtement donné par Dieu, légèrement développé). Il y aurait donc bien dans le Coran l'idée d'une perversion originelle de l'homme par Satan, malgré le pardon évoqué dans la vingtième sourate. Ce que le christianisme appelle, en d'autres termes, le "péché originel"...
Par Ren' - Publié dans : Légendes des Anciens
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