Samedi 11 avril 2009
   Certains sujets déplaisants sont pourtant inévitables lorsqu'il est question de l'islam ; c'est le cas du problème sur lequel nous nos penchons aujourd'hui. Mais la courageuse fillette yéménite dont il est question ici va également nous apporter une lueur d'espoir...

Chronologie des faits :
- février 2008 : Le père de Nojoud Ali donne sa fille de 9 ans en mariage à un homme de 31 an, Faez Ali Thamer, qui promet de ne pas la toucher tant qu'elle n'aura pas eu ses règles ; cette promesse était un mensonge.
- 2 avril 2008 : Suivant le conseil d'une tante, Nojoud parvient à prendre la fuite et à se réfugier au tribunal de Sanaa ; le juge Mohammed al-Ghadhi la remarque. L'avocate Chadha Nasser va la défendre gratuitement, et obtenir le soutien d'associations féministes et du Yemen Times.
- 15 avril 2008 : Le divorce est prononcé, Faez recevant 250 $ pour "rupture de contrat"
- février 2009 : Le parlement yéménite fixe l'âge minimum légal du mariage à 17 ans

Commentaire :
   Comme pour
Mokarrameh Ebrahimi, réjouissons-nous de voir que Nojoud Ali a été avant tout défendue par des yéménites, et non par des pressions étrangères. Certes, le chemin reste long pour toutes les fillettes condamnées à vivre ce qu'elle a vécu, mais les choses bougent, ainsi que le prouve l'évolution de la législation du Yémen suite à cette affaire.
   Remercions Dieu qui a tendu la main à cette fillette en lui faisant rencontrer, à chaque fois, les bonnes personnes au bon moment ; sans cet enchaînement de circonstance, l'issue aurait pu être bien différente. Il suffit pour s'en rendre compte de regarder ce jugement rendu en décembre dernier en Arabie Saoudite : la mère d'une fillette de 8 ans tentait de faire annuler le mariage arrangé par le père avec un homme de 58 ans, mais le juge de Unayzaha a finalement
"refusé de se prononcer sur la plainte, estimant qu'elle n'avait pas le droit d'effectuer une telle démarche et qu'une plainte éventuelle devait être déposée par la fillette elle-même, une fois pubère"

Prolongements :
   Le problème posé ici est donc celui des mariages de fillettes auxquels on donne une caution islamique. La source de cette caution est un hadith rapporté par Boukhârî et Mouslim : `A'icha a dit : "J'avais six ans lorsque le Prophète m'épousa et neuf ans lorsqu'il eut effectivement des relations conjugales avec moi. Quand nous nous rendîmes à Médine, j'avais eu de la fièvre un mois durant et mes cheveux avaient poussé jusqu'à mes épaules. Ma mère, 'Umm Rûmân, vint me trouver alors que j'étais sur une balançoire, entourée de mes camarades. Quand elle m'eut appelé, je me rendis auprès d'elle sans savoir ce qu'elle voulait de moi. Elle me prit par la main, me fit rester à la porte de la maison jusqu'à ce que j'eusse pris mon souffle. Elle me fit ensuite entrer dans une maison où se trouvaient des femmes des 'Ansâr qui me dirent : "A toi le bien, la bénédiction et la meilleure fortune !" Ma mère m'ayant livrée à ces femmes, celles-ci me lavèrent la tête et se mirent à me parer. Or, rien ne m'effraya et quand l'Envoyé d'Allah vint dans la matinée, elles me remirent à lui"

   Le prophète de l'islam étant présenté par le Coran comme un modèle à suivre, son mariage avec `A'icha est alors devenu exemplaire pour nombre de juristes musulmans.

   Et pourtant... Les failles de ce raisonnement ne manquent pas. Nombreux sont ceux qui, par exemple, rappellent tout simplement que le Coran donne au prophète de l'islam et à ses femmes un statut à part : Ô femmes du Prophète ! Vous n'êtes comparables à aucune autre femme (...) Ô Prophète ! Nous t'avons rendue licites tes épouses (...) c'est là un privilège pour toi, à l'exclusion des autres croyants (Coran XXXIII, 32.50)

   Cette explication suffit à bien des musulmans, même s'il soulève alors des questions épineuses quant à la moralité de leur "excellent modèle" (Coran XXXIII, 21)... Aussi d'autres musulmans remettent-ils en cause le hadith à l'origine de ce débat. Et leurs arguments ne manquent pas. Le premier étant que Boukhârî et Mouslim ont certes validé ce hadith en considérant sa chaîne de transmission comme authentique, mais que cette tradition n'a été rapportée que par une seule source : c'est un hadith singulier (âhâd), ce qui autoriserait le doute. De plus, ce récit a été rapporté par Hichâm Ibn 'Ourwa, un individu au sujet duquel l’imam Mâlik -fondateur de l'une des 4 grandes écoles de jurisprudence sunnite- a émis quelques réserves.

   L'argument le plus marquant reste cependant... La confrontation de ce récit avec les autres traditions admises. Une comparaison qui peut amener à bien des surprises pour qui s'attarde à effectuer quelques calculs ! Car, au final, il semble bel et bien mathématiquement impossible que `A'icha ait pu avoir l'âge mentionné dans ce hadith lors de son mariage. Une conclusion née de recoupements trop longs pour être mentionnés ici, mais qui mériterait d'être davantage connue. Certes, elle passe par une remise en question importante de la vision qu'ont les musulmans des détails de la vie de leur prophète, mais n'est-ce pas un faible prix à payer, alors que tant de vies sont en jeu ?
Par Ren' - Publié dans : Justice
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