Mardi 12 août 2008

   Réfléchissant sur les préjugés récurrents chez de très nombreux musulmans, nous avons commencé à présenter les "preuves" avancées pour démontrer la véracité de l'islam. Après la "preuve par le nombre", voici un autre argument récurrent : l’opposition entre l’unité affichée de l’Islam et les divisions des chrétiens :

  • “Assumons que Jésus (p) reviendrait chez les chrétiens. Alors, il faut aussi se demander : dans quelle Eglise ? Car telle Eglise dit que telle autre n’est pas chrétienne. Les protestants considèrent plusieurs livres “canoniques” des Catholiques comme apocryphes (non-authentiques ou faux). Mêmes choses pour les Orthodoxes. Toutes les sectes chrétiennes, tout en se disqualifiant les unes les autres, revendiquent le retour de Jésus (p) chez elle” (M. A. Alibhaye, Islam et Christianisme : logique de rapprochement, Chap. V)
  • “Je me demandais si je possédais la bonne Bible, le véritable message de Dieu, et si aussi j'étais dans la bonne secte !” (Cheminement d’un Kabyle, Chap. III)

   L’un de nos auteurs va même encore plus loin dans l’accusation de sectarisme :

  • “Il est faux de considérer comme religions le Judaïsme et le Christianisme. Ce ne sont que des sectes au sein d’une grande religion appelée : 'Soumission à Dieu'. Ces sectes se caractérisent par la confession, non pas de toute la religion, mais d’une partie de la religion ; elles croient, non pas à tous les messages, mais à quelques messages représentant des épisodes dans la longue histoire de cette religion... (Ahmad Simozrag, Apostasie par ignorance, discours préliminaire)

   Là encore, tournons-nous vers le Coran. Voici par exemple ce que nous pouvons y lire sur l’unicité de la religion originelle et sur les dérives humaines qui s’en écartent : Dirige tout ton être vers la religion exclusivement [pour Allah], telle est la nature qu'Allah a originellement donnée aux hommes ; pas de changement à la création d'Allah. Voilà la religion de droiture ; mais la plupart des gens ne savent pas (...) Ne soyez pas (...) parmi ceux qui ont divisé leur religion et sont devenus des sectes, chaque parti exultant de ce qu'il détenait (Coran XXX, 30-32)
   Le schisme est présenté dans le Coran comme une preuve d’égarement ; la division des chrétiens est donc, pour nos auteurs musulmans, la démonstration de leurs erreurs. Le corollaire d’une telle attitude est cependant redoutable ; et ce n’est pas un hasard si la citation coranique qui précède sonne comme une mise en garde. En voici un autre exemple : Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdit le blâmable. Car ce seront eux qui réussiront. Et ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et se sont mis à disputer, après que les preuves leur furent venues, et ceux-là auront un énorme châtiment (Coran III, 104-105)
   Lorsque l’on est persuadé -statistiques à l’appui- d’être la communauté qui réussi, admettre les divisions internes devient impossible, puisque l’unité est liée ici à cette réussite.

   Cet impensable est particulièrement flagrant dans l’usage omniprésent du singulier pour parler de “l’Islam”. Cette réalité complexe et protéiforme est perçue comme un phénomène unique et englobant... Il est vrai, cependant, que le Coran peut être mis à contribution afin d’étayer cette certitude : Vous êtes la meilleure communauté, qu'on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah... (Coran III, 110)
    Et pourtant... Loin de cette lecture rassurante, et en ne se fiant qu’à la seule tradition islamique, un observateur extérieur ne peut que constater que les divisions sont présentes dès les premiers temps, alors que les rivalités et querelles intestines vont peu à peu dégénérer en assassinats politiques (Omar, Othman, Ali et ses descendants...) et guerres civiles. Ainsi, une division toujours actuelle va naître entre les “légitimistes” du parti -Chi’a- d’Ali, gendre du prophète de l’Islam, et la tendance dite “sunnite” (par référence à la tradition -Sunna- du prophète de l’Islam) qui triompha lors de ces conflits militaires, assurant le pouvoir de la tribu de Muhammad.
    Ces dissensions sont-elles simplement politiques ? Là encore, la tradition islamique elle-même rapporte que le Coran est compilé durant cette période, et que cela ne se fait pas sans heurts. Par deux fois, une recension officielle aurait été présentée par le pouvoir sunnite qui, dans le même temps, aurait détruit toute mise par écrit antérieure. Leurs opposants ne manqueront pas de dénoncer la manipulation de ce texte ; encore aujourd’hui, des chiites soutiennent que les passages du Coran légitimant Ali ont été volontairement supprimés, et que le véritable Coran ne sera dévoilé qu’à la fin des temps...
    A cette division originelle viendront s’ajouter des divisions ultérieures entre courants littéralistes, mystiques... Niées ou minimisées lorsque l’on s’adresse à un non-musulman, elles sont souvent assumées dans le débat interne, où apparaît fréquemment le hadith suivant : Ma communauté se séparera en soixante-treize factions ; toutes sont au feu, sauf une d’entre elles : ce que moi-même et mes compagnons suivons (rapporté par at-Tirmidhi)

   Vouloir disqualifier les autres en leur jetant au visage leurs divisions, tout en refusant de voir celles de l'islam n'a donc rien d'une argumentation probante...

Par Ren' - Publié dans : Préjugés
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