Nouvel épisode de notre confrontation entre St Augustin et l'Islam. Nous avons vu précédemment un auteur musulman
accuser les chrétiens d'avoir déformé la religion voulue par Dieu. Restons sur ce sujet, et ouvrons aujourd'hui un troisième livre
islamique s'adressant aux chrétiens : "Les chrétiens essayent-ils de suivre l’exemple de leur seigneur Jésus ? (...) Jésus Christ ne mangeait surtout pas de porc, et
vous ? (...) Nul besoin d’être islamologue pour savoir que les musulmans, eux, font tout cela" (M. A. Alibhaye, Islam et Christianisme : Logique de
rapprochement)
Les chrétiens se voient donc reprocher de ne plus respecter l'interdit du porc. Voyons à ce propos ce que nous donne à lire le Coran : Mangez
donc de ce que Dieu vous a attribué de licite et de bon. Et soyez reconnaissants pour les bienfaits de Dieu, si c'est Lui que vous adorez. Il vous a, en effet, interdit la bête morte, le sang, la
chair de porc, et la bête sur laquelle un autre nom que celui de Dieu a été invoqué. Mais quiconque en mange sous contrainte, et n'est ni rebelle ni transgresseur, alors Dieu est Pardonneur et
Miséricordieux. Et ne dites pas, conformément aux mensonges proférés par vos langues : "Ceci est licite, et cela est illicite", pour forger le mensonge contre Dieu. Certes, ceux qui forgent le
mensonge contre Dieu ne réussiront pas (Coran XVI, 114-116)
Reprenons maintenant le Livre VI du Contre Faust de St Augustin : "Mais comment n'y
a-t-il aucune contradiction entre l'Ancien Testament, qui défend l'usage de la chair de certains animaux, et ces paroles de l'Apôtre : "Tout est pur
pour ceux qui sont purs" (Tt I, 15) et "Toute créature de Dieu est bonne" (1 Tm IV, 4) ? Que nos adversaires comprennent,
si leur intelligence peut aller jusque-là, que l'Apôtre entendait parler des natures mêmes, et que les Livres saints n'ont déclaré impurs certains animaux que quant à leur signification, et non
quant à leur nature, pour en tirer quelques figures propres à ces temps primitifs. Prenons, par exemple, le pourceau et l'agneau : par nature l'un et l'autre sont purs, parce que toute
créature de Dieu est bonne ; mais par signification on dira que l'agneau est pur, et le pourceau immonde. De même, quand vous prononcez ces mots, fou et sage, sous le rapport des
lettres, des syllabes et du son qui les constituent, les deux mots sont purs ; mais on dira que le mot fou est impur, non dans sa nature, mais dans sa signification, parce qu'il représente
quelque chose d'impur. Ne pourrait-on pas voir dans l'homme fou la réalité de la figure attachée au pourceau, en sorte que cet animal et les trois lettres du mot fou désigneraient un
seul et même objet ? La loi a déclaré le pourceau impur, parce qu'il ne rumine pas : ce n'est point sa faute, c'est la nature qui l'a fait ainsi. Or, il est des hommes
représentés par cet animal, impurs par vice, et non par nature ; je veux dire ces hommes qui écoutent volontiers les paroles de la sagesse, et ensuite n'y pensent plus jamais.
Ramener par le charme du souvenir, pour ainsi dire, des entrailles de la mémoire à la bouche de la réflexion, ce que l'on a entendu d'utile, n'est-ce pas en quelque sorte ruminer
spirituellement ? Ceux qui ne le font pas, sont désignés par ce genre d'animaux. En nous prescrivant de nous abstenir de leur chair, l'Ecriture voulait nous prémunir contre un
pareil défaut. Comme la sagesse est un trésor précieux, c'est ainsi que dans un autre endroit elle fait ressortir la pureté attachée à cette action de ruminer, et l'impureté de la
condition contraire : "Un trésor précieux réside toujours dans la bouche du sage ; mais l'homme insensé l'engloutit" (Pr XXI, 20). Ces
sortes de rapprochements qui se trouvent dans les locutions et les observances figuratives, procurent aux esprits sérieux un exercice utile et agréable, en les forçant à chercher les rapports et
à établir la comparaison. Sous l'Ancien Testament un grand nombre de prescriptions semblables furent non seulement données au peuple pour son instruction, mais imposées comme pratiques
obligatoires. C'était alors le temps où il fallait annoncer, aussi bien par des faits que par la parole, les mystères qui devaient être dévoilés dans les siècles postérieurs.
Maintenant qu'ils ont été révélés par la bouche et dans la personne du Christ, les prescriptions onéreuses de la loi n'ont pas été imposées à la foi des nations, mais cette foi doit conserver
le respect dû à l'autorité des prophéties. Voilà comment nous ne sommes pas en contradiction avec l'Ancien Testament, qui déclare impure la chair de certains animaux, tout en ne
regardant aucune chair comme impure, conformément au témoignage du Seigneur et de l'Apôtre : à vous maintenant de nous dire pourquoi vous réputez toute chair impure"
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