Mercredi 9 juillet 2008
   Invitons à nouveau un auteur musulman contemporain dans notre anachronie confrontant St Augustin à l'islam. Il s'agira aujourd'hui d'un extrait d'“Apostasie par Ignorance” de Maître Ahmad Simozrag (nous aurons l'occasion de revenir également sur cet écrit). Voici ce qu'on peut y lire : “La religion qui prône la soumission à Dieu est la seule religion révélée. En effet, pour les gens du Livre, il y a une seule religion, celle d’Abraham, basée sur la croyance en un Dieu Unique et désignant Satan comme le seul ennemi de l’Homme. Cette religion a malheureusement été accaparée ou privatisée par les Juifs et déformée par les Chrétiens. Il a fallu donc un dernier message pour rétablir la vérité de cette religion. D’où la révélation du Coran et sa transmission par le prophète Muhammad”

   Nous voyons ici que la défense de la véracité de l'Islam passe chez cet avocat par une accusation d'infidélité lancée, entre autre, aux chrétiens qui auraient déformé la religion voulue par Dieu. Accusation déjà contenue dans le Coran : Et de ceux qui disent : "Nous sommes chrétiens" ...Nous avons pris leur engagement. Mais ils ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé... (Coran V, 14). Et, de fait, le christianisme n'observe pas, par exemple, les rites du judaïsme.


   Laissons St Augustin, dans son Contre Faust, nous éclairer sur le lien existant entre ces deux religions. Ainsi, au Livre IV, nous pouvons lire : "Nous savons tous que l'Ancien Testament renferme les promesses des biens temporels, et que c'est pour ce motif qu'il est ainsi appelé; nous savons que la promesse de la vie éternelle et du royaume des cieux fait partie du Nouveau. Mais ces biens temporels étaient la figure des biens futurs qui devaient nous être donnés, à nous qui vivons à la fin des temps. C'est là, non pas ma pensée, mais l'enseignement même des Apôtres ; car saint Paul dit à ce sujet : "Toutes ces choses ont été pour nous autant de figures", et un peu plus loin : "Toutes ces choses qui leur arrivaient étaient des figures ; elles ont été écrites pour nous qui vivons à la fin des temps" (1 Co X, 6)
    Si nous recevons l'Ancien Testament, ce n'est donc pas pour recueillir l'effet des promesses qu'il renferme, mais pour y trouver l'intelligence de celles du Nouveau. Les témoignages du premier établissent la foi au second. Ainsi quand, après sa résurrection, le Seigneur se fut montré aux yeux de ses disciples, et se fut fait toucher de leurs mains ; dans la crainte qu'ils ne s'arrêtassent à la pensée que leurs sens charnels et infirmes étaient le jouet d'impressions trompeuses, il les affermit dans leur foi par les témoignages des anciennes Ecritures : "Il fallait, leur dit-il, que tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes, s'accomplît" (Lc XXIV, 44)

    Notre espérance ne repose donc pas sur la promesse des biens temporels, de ces biens auxquels nous ne croyons même pas que les hommes saints et spirituels de cette époque, les patriarches et les prophètes, bornaient leurs désirs. Eclairés par l’Esprit de Dieu, ils savaient comprendre ce qui convenait à leur temps, et comment, par la disposition de la Providence, les événements et les témoignages de l'ancienne loi devenaient autant de figures et d'annonces des choses futures ; leur désir se portait principalement vers le Testament Nouveau ; seulement les anciennes promesses, pour mieux signifier les mystères futurs de la loi nouvelle, recevaient une application actuelle et sensible. C'est ainsi que ces grands hommes prophétisèrent, non seulement par la parole, mais par leur vie tout entière. Quant au peuple charnel, il ne s'attachait qu'aux promesses de la vie présente ; et néanmoins il fut encore une image des choses à venir"


   Complétons son explication en allant au Livre VI (le passage entre crochet a été ajouté)  : "[Les Musulmans] n'ont pas compris que toutes les prescriptions cérémonielles imposées par Dieu à son peuple étaient la figure des choses à venir, et parce qu'elles ont cessé d'être observées, ils (...) critiquent (...) ce qui s'observe de nos jours, sans penser qu'elles étaient convenables pour ces temps primitifs, alors qu'elles étaient autant de figures prophétiques des mystères qui sont maintenant dévoilés. Mais qu'ont-ils à opposer à ce témoignage de l'Apôtre : "Toutes ces choses qui leur arrivaient étaient des figures ; elles ont été écrites pour nous qui vivons à la fin des temps" (1 Co X, 6) ? Par ces paroles, l'Apôtre révèle d'un côté le motif qui nous fait admettre ces Ecritures, et de l'autre, la raison qui a fait cesser pour nous l'obligation d'observer ces rites symboliques. En disant que "ces choses ont été écrites pour nous", il enseigne clairement avec quelle sollicitude nous devons nous attacher à les lire et à les comprendre, et quelle autorité nous devons leur reconnaître, puisqu'elles ont été écrites pour nous. Et quand il ajoute que "ces choses étaient pour nous autant de figures", (...) c'est déclarer qu'une fois en possession de la réalité dévoilée, il n'est plus nécessaire que nous soyons astreints à l'observation des figures prophétiques. C'est ce qui lui fait dire dans un autre endroit : "Que personne donc ne vous condamne pour le boire et pour le manger, ou au sujet des jours de fêtes, des nouvelles lunes et des jours de sabbat, puisque toutes ces choses n'ont été que l'ombre de celles qui devaient arriver" (Col II, 16-17). Par ces paroles : "Que personne ne vous condamne au sujet de ces pratiques", l'Apôtre nous apprend qu'elles ont cessé d'être désormais obligatoires ; et par ces autres : "Elles étaient l'ombre des choses à venir", il montre que c'était un devoir indispensable de les observer à cette époque, où les mystères qui nous ont été depuis révélés, étaient annoncés sous le voile de ces diverses figures"
Par Ren' - Publié dans : Regard de St Augustin
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