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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 13:03

    null   Compte tenu de l''importance donnée aux juristes en islam, le choix est fait ici de se pencher sur des cas précis de jugements prononcés au nom de cette religion. Ce premier article va donc se pencher sur la question de la peine de mort pour apostasie en islam, autour du cas d'Abdul Rahman.

Chronologie des faits :

- 1990 : Abdul Rahman, travaillant au Pakistan pour une ONG chrétienne, abandonne l'islam pour le christianisme.
- 2004 : la nouvelle constitution afghane établi "qu'aucune loi ne peut être contraire aux principes de la religion sacrée de l'islam"
- 2005 : Après avoir vécu en Allemagne, Abdul Rahman revient en Afghanistan
- 2006 : arrestation d'Abdul Rahman sur dénonciation de sa famille (qui avait la garde de ses deux filles de 13 et 14 ans) ; selon les propos du juge Ansarullah Mawlavizada : "S'il ne revient pas à l'islam, il recevra la peine de mort, comme le prévoit la loi. S'il revient à l'islam, le tribunal a deux options : lui pardonner, ou lui infliger des châtiments mineurs"
   En 15 jours, les pressions internationales vont amener le porte-parole de la Cour suprême afghane, Walik Omari, à déclarer qu'Abdul Rahman (qui reconnaît être chrétien et affirme n'avoir aucun regret) avait peut-être "un problème psychologique" ; le procureur, Sarinwal Zamari, va relayer cette position : "Nous pensons qu'il pourrait être fou. Ce n'est pas un homme normal, il ne parle pas comme un homme normal"
   Des centaines d'Afghans vont se rassembler aux cris de "Mort à Bush", au lendemain de l'annonce par le tribunal de l'abandon pour absence de preuves des poursuites pesant sur Abdul Rahman. Il sera discrètement exfiltré vers l'Italie, qui lui accorde l'asile politique.

Commentaire :

   Nous voyons la justice afghane tiraillée entre l'attente populaire -mise à mort du traître- et l'attente de la communauté internationale -respect de l'article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme : "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion : ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction"
   Remercions tout d'abord Dieu d'avoir permis que la pression internationale sauve une vie.
   Apprécions ensuite à sa juste valeur l'artifice juridique utilisé pour satisfaire les deux partis : passons sur son hypocrisie manifeste -qui n'a trompé personne- et constatons que ce qui est décrété ici, c'est qu'affirmer "ne pas avoir de regret" lorsque l'on abandonne l'islam pour le christianisme relève de la folie.
   Voilà un jugement qui exprime un grand respect pour la foi d'autrui... Mais que tout chrétien blessé par ce mépris manifeste garde en mémoire ces propos de Paul : Que personne ne s'abuse : si quelqu'un parmi vous se croit sage à la manière de ce monde, qu'il devienne fou pour être sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu... (1 Co III, 18-19)

Prolongements :

   La question posée ici est donc celle de la peine de mort pour apostasie de l'islam. L'argumentation traditionnelle s'appuie en général sur l'interprétation faite du fragment coranique suivant : ...Ne prenez donc pas d'alliés parmi eux, jusqu'à ce qu'ils émigrent dans le sentier d'Allah. Mais s'ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez (Coran IV, 89)

   La peine de mort pour apostasie est également défendue au nom de ce hadith célèbre : Il n'est permis de verser légalement le sang d'un musulman que dans trois cas : celui de l'homme marié qui commet l'adultère, celui de l'assassin qui, légalement, mérite la mort et celui de l'homme qui renie sa religion et se sépare de la communauté

   Ce châtiment est accepté par toutes les écoles du droit sunnite, comme nous le rappelle par exemple Averroes : "Si on saisit l’apostat avant qu’il ne soit entré en guerre contre les Musulmans, alors les juristes sont communément d’avis pour dire qu’il doit être tué, conformément au hadith du Prophète : Quiconque change sa religion, tuez-le (rapporté par l’ensemble des compilateurs de hadiths sauf Muslim). Les juristes ont néanmoins divergé sur l’exécution de la femme et sur le fait de savoir si on doit lui demander la repentance ou non. La majorité de ces juristes sont d’avis que la femme doit être tuée, comme l’homme. Abû Hanîfah est cependant d’avis qu’elle n’a pas à être tuée, et qu’elle est à considérer au même titre que la mécréante d’origine" (citation tirée de Bidâyat Al-Mujtahid wa Nihâyat Al-Muqtasid)

   Certains pays musulmans ont donc inscrit cette peine de mort dans leur code pénal.

  •   Ainsi, en Mauritanie, l'article 306 qui stipule : "Tout musulman coupable du crime d'apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours. S'il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu'apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor"
  •   Au Soudan, l’article 126 du code pénal de 1991 déclare : “Quiconque se rend coupable d’apostasie pourra exprimer son repentir pendant une période fixée par le tribunal. Toute personne qui maintient son reniement de la foi est passible, sauf s’il s’agit d’une personne convertie récemment à l’Islam, de la peine de mort. La peine infligée pour apostasie est remise si l’apostat abjure avant l’exécution”
  •   Le 25 février 2008, l'Union Européenne s'est inquiétée officiellement du projet iranien de réforme du code pénal : "L’inquiétude de l’UE porte en particulier sur le chapitre 5, consacré à l’apostasie, à l’hérésie et à la sorcellerie. Il importe d’observer que, si cette loi est adoptée, la République islamique d’Iran introduira pour la première fois dans son code pénal une disposition législative rendant l’apostasie passible de la peine de mort. Par le passé, la peine de mort a été prononcée et exécutée dans des cas d’apostasie, mais elle n’a jamais été inscrite dans la loi"

   Cette déclaration de l'Union Européenne nous rappelle que la peine de mort pour apostasie existe également dans des pays où elle n'a pas forcément été inscrite dans la loi. Ainsi, l'Arabie Saoudite -qui n'a pas de code pénal- condamne bien souvent à la décapitation...

   Des voix s'élèvent au sein de l'islam contre ces pratiques. Certains font remarquer que le verset 89 de la sourate IV parle de ceux qui "émigrent dans le sentier d'Allah". Il s'agit donc d'un verset rattaché à une période bien définie de l'histoire musulmane, l'Hégire. Une période de conflit, aujourd'hui révolue : ...On ne peut comparer cependant celui d'entre vous qui a donné ses biens et combattu avant la conquête... Ces derniers sont plus hauts en hiérarchie que ceux qui ont dépensé et ont combattu après (Coran LVII, 10).

   Quand à la question des hadiths... Voici ce que déclarait l'intellectuel tunisien Mohamed Talbi dans un entretien pour le Nouvel Observateur : "Le critère que je propose pour une réforme, c’est le Coran : tout hadith en contradiction avec le Coran, avec sa lettre ou avec son esprit, est à écarter sans appel. Seul le Coran oblige. Il en est de même pour la peine de mort pour apostasie en vertu du principe "Qui change de religion doit être tué". Or rien de tel n’existe dans le Coran. Au temps du Prophète, on changeait de religion plusieurs fois par jour, des versets nous le disent : des gens étaient musulmans le matin lorsqu’ils étaient avec des musulmans et polythéistes le soir avec des polythéistes (...) Alors ce hadith qui coupe les têtes est en contradiction totale avec le Coran. Je n’entends pas le réformer, je le rejette"

   A l'appui de cette déclaration de Mohamed Talbi, citons pour finir ce verset : Ceux qui ont cru, puis sont devenus mécréants, puis ont cru de nouveau, ensuite sont redevenus mécréants, et n'ont fait que croître en mécréance, Allah ne leur pardonnera pas, ni les guidera... (Coran IV, 137)

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Published by Ren' - dans Justice
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